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Les coteaux calcaires

Les coteaux calcaires : jardins sauvages à sauvegarder. Plus d’un tiers des espèces végétales protégées dans la région trouvent refuge sur ces sols pauvres. Par Alain Persuy, photo : Bruno Veysset.

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    à venir
    sites naturels
    Par Alain Persuy Photo Bruno Veysset
    Les coteaux calcaires jardins sauvages à sauvegarder ergers d’odeurs et de couleurs, symphonies de senteurs et de bruissements d’insectes, jardins de rocailles se mariant avec les courbes de niveaux, grandes étendues sauvages d’apparence désertique, les coteaux calcaires et leurs pelouses sèches comptent au nombre des milieux naturels les plus beaux, les plus remarquables, mais aussi les plus en danger de notre patrimoine biologique et paysager régional. S’ils sont présents un peu partout (avec une nette représentation en Bourgogne, en région Centre, en Normandie, dans le Bassin méditerranéen, en LanguedocRoussillon, sans oublier le Jura), ils représentent près de 20 % des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) en Poitou-Charentes. La Vienne et la Charente, surtout, en sont très riches encore, plus de 600 coteaux étant par exemple recensés dans ce dernier département… Plus du tiers des espèces végétales (56) protégées y trouvent refuge. Certains des sites connus comprennent plus de 25 e s p è c e s d’orchidées : orchis pyramidal, pourpre, aceras homme-pendu, ophrys abeille, mouche, araignée… ces dernières imitant à merveille les insectes, dont on peut se demander par quel mystère elles en ont connaissance !
    V
    UN PEU D’ÉCOLOGIE Ci-dessus :
    Ophrys scolopax (Ophrys bécasse) et
    Dactylorhiza elata. Photos A. Persuy Page de droite : le coteau des Epinettes à Montamisé (Vienne).
    Les pelouses de coteau sont des formations végétales, composées de plantes herbacées basses (20 cm en moyenne), vivaces, poussant sur des sols calcaires peu épais, caractérisés par une assez grande pauvreté en éléments minéraux nutritifs, subissant des gradients thermiques importants : sécheresses estivales
    avec fortes températures, engorgements partiels possibles en hiver lorsque la marne recouvre le substrat rocheux. Le vent est un des facteurs importants d’évol u t i o n du milieu, en accentuant les mécanismes d’évapotranspiration (phénomène constitué par la transpiration des végétaux et l’évaporation du sol). L’érosion joue un rôle qui peut être non négligeable dans le maintien de sols pauvres en situations pentues. Les pelouses primaires, c’est-à-dire naturelles, peuvent se maintenir sans interventions humaines, grâce aux contraintes climatiques et de sol qui empêchent le retour vers des formations boisées ; on les trouve donc surtout dans la région méditerranéenne. Les pelouses secondaires, d’origine anthropique (humaine), tendent au contraire beaucoup plus facilement vers la fermeture par boisement : c’est le cas en Poitou-Charentes. Les conditions de vie difficiles induisent des ports végétaux particuliers : peu de plantes sont élevées, la plupart sont de faible dimension, poussent en rosette, les exceptions n’infirmant pas la règle générale. La flore comporte de nombreuses espèces originaires des régions subméditerranéennes, ainsi que des régions steppiques de l’Europe centrale ; son actuelle distribution provient des modifications climatiques, avec l’alternance de périodes glaciaires et chaudes, tout autant que de l’activité humaine qui a engendré des modes de gestion particuliers des coteaux qui les abritent. Le dernier grand réchauffement ayant commencé il y a près de 10 000 ans, les espèces ont migré depuis le sud, en empruntant essentiellement les vallées, pour les espèces méditerranéennes, mais aussi d’est en ouest, pour ce qui concerne les espèces steppiques (L.-M. Delescaille, 1995).
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    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 69 ■
    Les montagnes, les coteaux ont servi de refuges tant pour les plantes que pour les animaux, durant les périodes froides, parce qu’ils représentent, par leur exposition et leur topographie, des microclimats favorables ; en ce sens, les pelouses représentent parfois des témoignages reliques d’épisodes climatiques passés. Mémoire des pierres, mémoires des herbes ! La faune n’est bien sûr pas en reste, avec les insectes, les oiseaux et les reptiles… et des espèces souvent rares et belles, comme le lézard ocellé. Il ne faut pas oublier les gastéropodes, hôtes méconnus de ces milieux si particuliers : le petit-gris (Helix aspersa) y est fréquent et arrive à trouver l’humidité nécessaire au niveau des coussinets de mousses qui retiennent la rosée du matin. Si le paysage est un livre ouvert, quelques-unes de ses plus belles pages sont assurément écrites par les coteaux calcaires. Une grande palette de couleurs (ocre clair à grisâtre des roches, verts des genévriers, couleurs vives des floraisons…) s’allie aux étagements de la végétation et imprime à l’espace constitué des ambiances particulières : certains lieux se distinguent par une intimité remarquable, d’autres sont très ouverts. Cette diversité associée aux spécificités du parcellaire permet de révéler, ou de laisser imaginer, l’histoire des abandons et des reconquêtes successifs de l’homme. Sous le foisonnement des plantes, ou crûment sculptés par la clarté dure des étés, apparaissent quelquefois la géométrie des blocs délaissés par les carriers, les cicatrices de pierre laissées par le passage des charrettes.
    GÉRER POUR CONSERVER
    La fauche par secteurs dite «en mosaïque», le pâturage extensif avec des chèvres ou des moutons, principalement de races rustiques, sont les deux modes principaux de gestion des pelouses sèches ; quelquefois après une restauration par débroussaillement et exportation des végétaux coupés. Le brachypode penné pose de redoutables problèmes aux naturalistes, avec une tendance à étouffer la flore précieuse et plus fragile que lui. Parmi les autres menaces, la pratique de la moto prétendue verte, du 4 x 4, les décharges sauvages, quelquefois l’urbanisation, la transformation en boisements ou en vignes, ont fait disparaître de très nombreux sites, ou les abîment encore. A l’heure où la Région privilégie une action en faveur des paysages, la sauvegarde de nos coteaux calcaires, plus que jamais, est d’intérêt général et relève de notre libre responsabilité. Çà et là se sont créés, pour votre simple plaisir, des sentiers de découverte biologique de certains sites parmi les plus remarquables de la région : soyez-y discrets et attentifs, la nature vous le rendra très largement. Peuvent ainsi être cités les meulières de Claix, au sud d’Angoulême, sur les communes de Roullet-Saint-Estèphe et de Claix, en Charente ; la côte Belet sur la commune de Pamproux, en DeuxSèvres ; les carrières d’Ensoulesse sur la commune de Montamisé, en Vienne ; sites protéges et gérés par le Conservatoire régional d’espaces naturels ■
    Alain Persuy a publié Le Coteau calcaire, jardin d’oublis et de couleurs, Belin/ Eveil nature, 2004, et Guide de la forêt en Poitou-Charentes Vendée, Geste éditions, 2003.
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