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Oiseaux et paysages sonores

Oiseaux et paysages sonores. Une centaine d’espèces d’oiseaux peuvent être observés et écoutés à Poitiers. Par Michel Granger, président de la LPO-Vienne, photos : Jean-Guy Couteau – LPO.

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    urbain
    Une centaine d’espèces d’oiseaux peuvent être observées et écoutées à Poitiers Par Michel Granger Photos Jean-Guy Couteau - LPO
    Oiseaux & paysages sonores P aysage : «Partie d’un pays que la nature présente à un observateur», précise le Robert. Si cette approche visuelle semble a priori restrictive, elle s’élargit aussitôt, à travers les exemples proposés. Ainsi découvre-t-on nombre de paysages : politique, culturel, social, littéraire, audiovisuel, etc., avant d’en arriver au paysage urbain et au paysage sonore, qui défie presque l’entendement, puisqu’en première lecture le paysage repose sur le «sens unique» de la vue ! Le paysage peut-il donc se faire urbain et artificiel, voire sonore et auditif ? Les pistes sont légion. Littéraires avec Stendhal : «Les paysages étaient comme un archet qui jouait sur mon âme.» Technico-acoustiques avec Murray Schafer qui a fondé une théorie des «paysages sonores» caractérisant des espaces urbains. L e x i c o l o g i q u e s avec les notions de «relief», d’«espace» ou de «rire» sonores. Le chant coloré du pic vert, hôte des grands parcs et des jardins poitevins a tout d’un «éclat de rire précipité et sonore», nous dit l ’ o r n i t h o l o g u e Paul Géroudet. Un retentissant : kiakiakiakiakiak ! De chant d’oiseau à musique il n’y a qu’un pas et nombre de musiciens l’ont sauté. L’un des plus anciens, Clément Janequin, est né à Châtellerault, vers 1485. Il a connu les prémices de la célébrité avec le Chant de l’Alouette. Il donna maintes fois dans ce genre ainsi avec Le chant des Oyseaulx où alternent descriptions et imitations : «Ti ti pity, chou thi thouy / Tu que dy tu, que dy tu / Le petit sansonnet de Paris.» Il existe donc des paysages sonores dont les traductions sont variées. S’ils peuvent avoir quelque rapport avec le bruit diffus ambiant, surtout en ville, ceux qui nous intéressent ici relèvent plus précisément des cris et chants de nos oiseaux. Il pourrait paraître paradoxal de poser leurs vocalises en rivales des pétarades de nos motocyclettes, automobiles, marteaux-piqueurs ou hautsparleurs… Mais il n’en est rien car les oiseaux sont omniprésents. On estime qu’à Poitiers, en secteur bâti strict, une bonne dizaine d’espèces se reproduisent, et que dans l’ensemble on atteint la cinquantaine. Certains éléments du paysage multiplient les opportunités pour les oiseaux, même au cœur du centre-ville. Au total, on considère qu’avec les oiseaux de passage plus d’une centaine d’espèces peuvent être observées à Poitiers. Une soixantaine toute l’année (merle noir, choucas des tours, rougegorge…), une vingtaine de migratrices durant le printemps et l’été (martinet noir, rougequeue noir, hirondelles…) et une trentaine l’hiver (mouette rieuse, pinson du nord, tichodrome échelette…). Toutes ces espèces crient, toute l’année (un cri est une émission vocale brève à structure acoustique simple), et chantent, au printemps (un chant est formé de phrases longues et structurées). Insistons sur le fait que les chants des oiseaux n’expriment pas des sentiments mais, apanage des mâles, ils véhiculent des messages d’ordre sexuel, territorial et identitaire. Chaque espèce possède son exclusivité vocale. Une caractéristique qui permet aux ornithologues de la LPO Vienne de réaliser des étu-
    Michel Granger est président de la Ligue pour la protection des oiseaux de la Vienne.
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    des de présence-absence, de répartition ou de densité. Mais les oiseaux ont aussi leurs lieux et leurs heures favorites. De chaque espèce ou groupe d’espèces participe ainsi un paysage sonore particulier. Le Clain et ses berges sont le royaume du martin-pêcheur, des poules d’eau, de la bergeronnette des ruisseaux, de la fauvette à tête noire et du chevalier guignette. Le centre historique de Poitiers celui des moineaux domestiques, des choucas des tours, des martinets noirs, des hirondelles de fenêtres, des pigeons ramiers et du rougequeue noir. Dans les grands ensembles élisent domicile la tourterelle turque, la pie bavarde, l’étourneau sansonnet, le merle noir ou le cochevis huppé. Les zones industrielles sont investies par le faucon crécerelle, le traquet motteux, le petit Gravelot, la bergeronnette grise et le corbeau freux. Les secteurs périphériques et les grands parcs par la linotte mélodieuse, le chardonneret élégant, les mésanges bleues et charbonnières, le pinson des arbres, le pic vert, la chouette hulotte, le troglodyte mignon et la sittelle torchepot. Les falaises buissonneuses hébergent la grive musicienne, le verdier d’Europe, le serin cini, l’accenteur mouchet, le pouillot véloce et le rossignol philomèle. Les limites de répartition ne sont cependant pas trop strictes. Le paysage sonore qui s’offre au visiteur de nos églises est caractéristique. Le chant du choucas, pour qui nos édifices sont des parois rocheuses idéales pour nicher, est un pot-pourri de miaulements et d’imitations de chants et bruits divers. Ses cris de contact, secs et sonores, au timbre clair et à la tonalité haute, heurtés et répétés en série sont typiques des vieux quartiers. A partir de mai nous arrivent les martinets dont les volspoursuites, conduits à des allures folles à travers les reliefs des bâtiments, sont accompagnés de cris stridents et prolongés. Le rougequeue noir pousse un chant qui pour être plus discret lui est aussi tout à fait propre. Sa note finale, un grésillement, est souvent comparée au bruissement d’un papier que l’on froisse. Le paysage sonore lié aux oiseaux est aussi fluctuant que multicolore. Son expression change selon les milieux, les saisons et les heures du jour. Il est donc tout à fait comparable au «pays que la nature présente à un observateur», dont les couleurs et les volumes évoluent aux mêmes rythmes. Pour la LPO Vienne, les oiseaux participent pleinement à l’agrément de la vie en zone urbaine. Leur présence est le signe que toute nature n’a pas disparu. Par ailleurs certaines espèces sont inféodées à la ville où elles trouvent des milieux de substitution essentiels à leur survie. Si les oiseaux ont un rôle à jouer pour les citadins, ceux-ci, juste retour, leur doivent bien un peu d’attention et d’espace. C’est à ce double objectif que s’emploie la LPO à travers les programmes et campagnes qu’elle initie : «Oiseaux et patrimoine bâti», «Jardins/Refuges d’oiseaux», «Plan
    d’aménagement nature communaux», etc. Elle s’att a c h e ainsi à une meilleure prise en compte des oiseaux dans l’environnement urbain : conception d’édifices neufs, restauration du bâti ancien, gestion des espaces verts, pose de nichoirs, plantations, etc. Ses actions sont orientées en direction des scolaires, du public (propriétaires, jardiniers…), des professionnels (architectes, services techniques…), des élus et administratifs en charge de décision. Des opérations sont déjà engagées, et d’autres en passe de l’être, avec les communes de Vouneuil-sur-Vienne, Lusignan et Poitiers. Tout récemment – une première ! – un bâtiment moderne, aux normes «haute qualité environnementale», a été mis en chantier par la commune de Mignaloux-Beauvoir, la présence des oiseaux y a été prise en compte dès la conception, gage de «haute qualité avifaunistique». Les enjeux sont importants à l’heure où l’on se gargarise de biodiversité. Certains ont tendance à croire que ce combat d’avenir se mène uniquement dans des contrées reculées. Certes, mais c’est aussi un devoir et un challenge à notre portée car il commence là… dans nos quartiers, à notre porte. Une porte qui doit rester ouverte aux oiseaux qui sont un symbole fort et d’excellents indicateurs de cette biodiversité. ■ La LPO Vienne a édité une plaquette de sensibilisation intitulée «Oiseaux et patrimoine bâti» à destination des professionnels du bâtiment, des responsables des collectivités
    Page de gauche : en haut, chardonneret élégant, en bas, étourneau sansonnet. Ci-dessous, verdier d'Europe femelle.
    locales, administrations, municipalités… Elle est à votre disposition sur simple demande téléphonique au 05 49 88 55 22, fax 05 49 30 11 10, ou par e.mail : vienne@lpo.fr
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