fermer... cinéma
en automne quand les eaux bouillonnent, que la distillation est en cours. Le paysage n’est quand même qu’un décor, il vient insidieusement appuyer mon propos, comme le feraient des sons...
Parmi tant de possibles, comment choisir un paysage ?
SERGE ROULLET
Une si douce lumière S
erge Roullet a tourné son dernier film, Claudia Disparue, dans sa région natale. Regard de photographecinéaste sur les paysages charentais.
L’Actualité. – Quel regard porte un cinéaste sur le paysage ? Serge Roullet. –
Un paysage, c’est une lumière. Sans elle, un paysage est neutre, il n’est pas remarquable, dans les deux sens du mot. Une lumière n’est belle qu’à certains moments du jour, de l’année, et à certaines conditions climatiques. La Charente est intéressante. J’ai filmé de l’Atlantique au Limousin, on voit les nuages qui se disloquent sur la Charente puis s’accumulent à partir d’Angoulême jusqu’à Limoges, le soleil donne du relief... Cette lumière qui vient éclairer le paysage est un peu humide et donne une sensibilité qui enchante. A certains moments, l’air est tellement chargé d’humidité qu’il se produit un effet de lentille, cela grossit, rapproche le pay-
Claudia disparue, 52 mn, scénario, réalisation, photographie de Serge Roullet. Après une avant-première à Angoulême, le film est projeté les 4, 6 et 9 juillet au Festival international du film de La Rochelle et à Saintes, le 2 octobre (salle Saintonge) dans le cadre de l’Académie de Saintonge.
Dans Claudia disparue, le paysage est personnage ou décor ?
J’ai voulu un contraste été-hiver. Le drame se déroule en plein été lorsque la nature est belle et que la Charente est calme. Par contre, l’enquête – le temps réel – se passe
Serge Roullet - Espace et mouvement
sage... Les lumières des îles de Ré ou d’Oléron sont très intéressantes mais nettement plus violentes. Ici, une lumière exceptionnelle se crée entre l’océan et le Limousin, une lumière douce qui fait la douceur et la beauté des paysages charentais. Ce qui fait le paysage, ce sont aussi les plans successifs. Avec le remembrement, on a supprimé les arbres isolés et les paysages sont beaucoup moins beaux qu’avant. Les arbres et les mouvements du terrain sont la base du paysage or l’agriculture a éliminé les arbres alors qu’autrefois on les respectait, on en était fier. Et sans arbres, il n’y a pas de cadrage possible. Il y avait, aussi, davantage de vallonnements. On traçait les rangs de vigne en fonction de la distance que le porteur de hotte avait à parcourir pour vider sa hotte. Puis on traçait les rangs suivants dans l’autre sens... Le paysage charentais est encore beau parce que la lumière na pas changé mais au sol, c’est plus compliqué. Les plantations modernes n’autorisent plus le désordre, le hasard.
Pour Claudia, j’ai fait des milliers de kilomètres en Charente à la recherche de lieux, de fermes, de portails... Je cherchais des endroits vallonnés avec la fumée de la distillerie. Je suis sensible à une lumière – et lorsque j’en voyais une belle, je la prenais avec ma caméra numérique et je l’incorporais au film d’une manière ou d’une autre – et au volume. Des toits de tuiles, une patine, de la mousse sur un tronc, des roses trémières au pied d’un mur de pierres... un beau paysage est fait de plein de choses qui m’arrêtent et me tentent. J’en choisis un lorsque j’ai différents plans, un relief donné par une lumière de troisquarts face et qu’il y a, dans la nature, des éléments pour la réfléchir : de l’eau, un mur blanc, des éléments qui débouchent les ombres et gardent néanmoins le relief. Les beaux paysages sont extrêmement éphémères. Ils se créent et se défont, ce sont des instants... C’est comme le bonheur.
Astrid Deroost
POITOU-CHARENTES TOURNAGES
Poitou-Charentes tournages, commission régionale du film, effectue un prérepérage de décors. Sa base de données, accessible sur internet, compte environ 200 lieux de tournages possibles, de l’étang au manoir, du bord de mer au café de campagne. L’objectif est de montrer à la profession que la région offre une grande diversité de paysages urbains et naturels. Une quarantaine de films de fiction sont tournés chaque année en Poitou-Charentes, avec le soutien de collectivités (Région, Charente, Charente-Maritime). Tél. 05 49 88 82 62 crpc.asso.fr
76
Serge Roullet - Espace et mouvement
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 69 ■
ANTOINE JAMONNEAU
Paysage d’hiver « L
Une partie de la première promotion de l’Iffcam, de gauche à droite debout : Patrick Robin, Robert Luquès (cinéaste animalier), Fabien Mazzocco, Paul Combre, Philippe Jarno ; accroupis : Antoine Jamonneau, Samuel Ruffier, Marie Daniel.
’hiver, un temps où il ne se passe presque rien.» Ce rien, Antoine Jamonneau, originaire de Parthenay, l’a choisi comme angle de son documentaire animalier Temps Mort, réalisé pour valider son diplôme universitaire de l’Institut francophone de formation au cinéma animalier de Ménigoute (Iffcam) – après un diplôme des Beaux-Arts à Bordeaux et une formation journaliste reporter d’images à Montpellier. C’est par le ralentissement de l’activité animalière, mais également «un paysage dénudé et mélancolique où il existe toutefois des couleurs et une ambiance particulières» qu’il traite de l’hiver : cette période de l’année pendant laquelle il devait réaliser son documentaire, et dont il a utilisé la contrainte comme sujet. Pour filmer, il s’est tapi de longues heures sous le couvert végétal du Parc naturel régional de la Brenne. «Ce documentaire est un portrait croisé d’un lieu, d’une personne et d’une période», dit-il. Le lieu, c’est l’étang Massé au cœur du PNR de la Brenne où il a filmé la majorité des plans. On y fait la connaissance de Tony Williams, de la LPO, qui intervient à plusieurs reprises dans le documentaire pour parler de son activité plus limitée à cette saison «où on attend le retour du printemps». Dans ses plans, la recherche de l’esthétique est permanente. Le rendu très vrai de l’atmosphère de la Brenne constitue une qualité du film saluée par le jury de la soutenance de l’Iffcam.
Réaliser un documentaire animalier, c’est composer avec un acteur qui ne se commande pas : la nature. «Les oiseaux entendent le moindre bruit, y compris lorsqu’on tourne la caméra, et même si l’on est situé à quarante mètres. Il faut aussi beaucoup de patience.» Outre des rouges-gorges, grives, vanneaux huppés ou aigrettes dont Antoine a saisi la présence, hérons cendrés et canards occupent la deuxième partie du documentaire. En effet, sur les bords de l’étang, une héronnière s’étend sur plusieurs arbres : «On compte une quarantaine de nids et parfois plus d’une centaine de hérons à les fréquenter.» Nous
sommes en janvier : « Les températures chutent et l’activité des oiseaux est réduite à sa plus simple expression : survivre.» Ce froid et ce ralentissement, Antoine l’illustre par des bandes de colverts, regroupés pour mieux lutter contre le froid et les prédateurs sur un trou d’eau de l’étang gelé, ou encore p a r leur danse quasi immobile sur l’étang afin d’économiser les forces à une période où la nourriture s’avère plus difficile à trouver. Leur seule activité : nettoyer et gonfler le plumage pour se préserver du froid. Des images de fleurs de genêts, de feuille rouge, et d’une végétation sous un rayon de soleil montrent aussi les couleurs plus vivantes de l’hiver et, dans les dernières minutes, une chenille à la balade prématurée, de nouvelles pousses de végétation au fond de l’étang, des bourgeons, détails annonciateurs d’un printemps à venir.
Isabelle Hingand
Les premiers rushes de l’Iffcam C
’est au cinéma de Vasles, dans les Deux-Sèvres, que s’est déroulée au printemps la soutenance de la première promotion de l’Institut francophone de f o r m a t i o n au cinéma animalier de Ménigoute. Des documentaires de 8 à 25 minutes réalisés par douze jeunes auteurs qui ont expérimenté le diplôme universitaire «Techniques et méthodes de réalisation du film animalier», mis en place avec le soutien du Fond social européen et du Conseil régional. Cette nouvelle formation, à l’initiative de Dominique Brouard,
Iffcam
chargé de mission au Conseil général des Deux-Sèvres, résulte d’un partenariat entre l’Institut de la communication et des nouvelles technologies de l’Université de Poitiers (Icomtec) et l’association Mainate, organisatrice du Festival international du film ornithologique de Ménigoute. Universitaires et professionnels conduisent une pédagogie de projet : réaliser son film en tant qu’auteur. D’autre part, l’animal, son milieu et l’environnement sont respectés à chaque tournage. Plus largement, la sensi-
bilisation à la préservation de la nature constitue un des enjeux. «Le documentaire animalier est une manière d’amener le grand public à s’interroger sur l’environnement et ce qui s’y passe», souligne Dominique Brouard. Malgré l’utilisation d’un matériel semiprofessionnel, l’esthétique caractérise ces premiers projets d’étude. Forts de ce premier succès, les élèves pourront poursuivre leur formation en master, dès septembre 2005 à Coutières, avec une option «Documentaire animalier» ; il s’agira alors de passer de l’étape d’auteur à celle de réalisateur, avec une approche axée sur l’écriture.
77
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 69 ■
fermer...
Discussion
Aucun commentaire pour “Une si douce lumière”
Poster un commentaire