// vous lisez...

Archive - auteurs :

Inventer avec l’espace public

Inventer avec l’espace public. Entretien avec René Marion, créateur de Coup de Chauffe, à Cognac, le grand festival des arts de la rue en Poitou-Charentes.

Entretien et photos : Jean-Luc Terradillos.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    arts de la rue
    RENÉ MARION
    Inventer avec l’espace public C ognac a vu affluer environ 50 000 personnes pendant deux jours lors du 11e Coup de Chauffe (2-3 septembre 2005), festival créé par René Marion, d i r e c t e u r de l’Avant-Scène Cognac, nommé Centre national de production des arts de la rue en 2005. Retour sur des notions de base et vision prospective. d’entrée, cela lui coûterait finalement plus cher. C’est pourquoi les arts de la rue sont une clé de la démocratisation de la culture, mais pas la seule. Quand on parle de démocratisation de la culture, n’y a-t-il pas souvent confusion entre création et animation ?
    L’Actualité. – La gratuité est-elle nécessaire pour les arts de la rue ? René Marion. – Pour les adolescents et les
    jeunes adultes, la gratuité est un élément essentiel qui détermine leur venue à un spectacle. De toute façon, je suis un adepte de la gratuité car dans une institution la part d’autofinancement est rarement supérieure à 15 %, le reste étant financé par de l’argent public. Dans ce cas, la gratuité devient nécessaire et c’est logique puisque la culture doit être considérée comme un bien public, de même que les routes ou tout autre service public. D’autre part, la gratuité garantit le droit fondamental à l’espace public. Faire payer l’entrée dans un centre-ville pour voir des spectacle de rue, cela revient à privatiser l’espace public. Et ce n’est pas forcément rentable. Un maire me disait récemment que s’il devait fermer toutes les routes et faire acquitter un droit
    Il ne suffit pas de produire un acte artistique dans la rue pour que la démocratisation s’installe. Le spectacle c’est de la pensée. Si l’on donne dans le festif sans voir plus loin, on n’avance pas. Notre devoir est d’amener un ensemble de propositions artistiques suffisamment ouvertes pour permettre à chacun à la fois d’y trouver un plaisir et de se retrouver dans un domaine «étrange», qui va le bouleverser et petit à petit le conduire vers les mots, vers le sens. Je me souviens du spectacle de Métalovoice, La presse,
    oratorio industriel…, donné à Cognac en 2001, très critiqué par les gens. Quinze jours après, c’était l’attentat du 11 septembre. Alors, ces personnes sont venues me dire qu’elles n’avaient plus du tout la même image du spectacle. Après l’attentat, elles se remémoraient ce que les artistes avaient montré et cela les a fait réfléchir à la fois sur cet événement et sur leur perception. Parfois, des événements dits festifs sont nécessaires… Qu’attendez-vous des arts de la rue ?
    Que les arts de la rue nous fassent rêver. Souvent, je regarde un spectacle dans le regard des spectateurs, je regarde comment ils vibrent, comment ils découvrent ce qui est là, comment ils y trouvent du sens. Les arts de la rue sont en voie de reconnaissance, pas d’institutionnalisation, et la Région Poitou-Charentes y contribue. Je suis pour la démocratisation de l’art mais il faut veiller à la qualité des propositions artistiques. Par exemple, le cracheur de feu est formidable dans l’espace public mais tout le monde ne sait pas manier le feu comme le font superbement la compagnie Carabosse ou la Salamandre. Travailler avec le feu est un acte poétique et politique, car je crois qu’on a besoin de créer dans l’espace public de nouveaux territoires sensibles. Il faut inventer avec l’espace public. Les murs ont une mémoire et le spectacle peut être le contrepoint de cette mémoire. Il y a quantité de champs de recherche. Par exemple, en quoi les formes géométriques induisent-elles des formes d’énergie et des formes d’émotion ? On le sait pour les spectacles créés en salle et pas suffisamment pour ceux s’exerçant dans l’espace public. Certains artistes travaillent actuellement sur le végétal, sur les sonorités du bois, d’autres avec les bruits de la ville, d’autres encore sur les processus de récupération, et certains s’aventurent même vers le chamanisme. Les arts de la rue ouvrent des perspectives tellement vastes et riches que j’ai envie d’y attirer des artistes «institutionnalisés». Mais inventer quelque chose «dehors», c’est prendre des risques : le public se manifeste ou peut déguerpir. Dans la rue, les artistes se mettent délibérément en péril. C’est une école de vie. 43
    Henri-Jean Berthelemy
    J.-L. T.
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 70 ■


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (31 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu70oct2005_43

Discussion

Aucun commentaire pour “Inventer avec l’espace public”

Poster un commentaire