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Lumière sur le Paléolithique

Archéologie – Lumière sur le Paléolithique. Des gisements archéologiques majeurs font l’objet de fouilles en Poitou-Charentes. Un éclairage inédit sur tout le Paléolithique. Avec Jean-François Baratin, Bruno Maureille, Jacques Jaubert, Jérôme Primault, Jean Airvaux.

Par Anh-Gaëlle Truong.

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    archéologie
    Lumière sur le Paléolithique Des gisements archéologiques majeurs font l’objet de fouilles en Poitou-Charentes. Un éclairage inédit sur tout le Paléolithique Par Anh-Gaëlle Truong
    le site n’a pas, a priori, conservé de traces de faune. De fait, il y a peu de chances qu’on y retrouve des restes humains», regrette Jean Airvaux. En revanche, ce dernier conserve l’espoir de retrouver des traces de foyers ou autre structure. NÉANDERTAL CANNIBALE AUX PRADELLES ?
    «
    a documentation archéologique qu’offre le Poitou-Charentes sur la préhistoire est primordiale, aussi importante que celle fournie par la Dordogne», rappelle le conservateur régional de l’archéologie, Jean-François Baratin. «De nouvelles découvertes rendent lisibles l’ensemble des problématiques actuelles de la recherche en préhistoire et notamment sur le Paléolithique.» Aussi, cette année, des sites d’importance majeure ont fait l’objet de fouilles menées par des équipes mixtes (université et CNRS) et internationales.
    L
    ATELIER DE TAILLE DE SILEX
    A Colombiers dans la Vienne, Jean Airvaux et Andoni Sàenz de Buruaga (Université du Pays Basque, Espagne) ont sondé un site daté de l’Acheuléen supérieur, entre -200 000 et -150 000 ans, où les ancêtres de Néandertal venaient récolter leurs silex et tailler leurs outils. Les niveaux les plus profonds paraissent peu remaniés. Une rareté dans une région où les autres sites de cette époque sont pour la plupart perturbés. «Nous disp o s o n s certainement ici des vestiges de toute la chaîne opératoire de traitement des silex par les prénéandertaliens. C’est d’un grand intérêt puisque la manière dont ils travaillent reflète leur développement cognitif.» La présence de silex brûlés permettra d’affiner la datation par thermoluminescence. «Mais 20
    Fouillé de 1967 à 1980 par Bernard Vandermeersch, Les Pradelles à Marillac-le-Franc en Charente fait l’objet depuis 2001 d’une nouvelle campagne menée par Bruno Maureille, du laboratoire d’anthropologie des populations du passé à Bordeaux I, et l’Université de Princeton. Le site a livré les vestiges de 6 individus de la lignée Néandertal et c’est «le seul en Europe de l’Ouest qui livre chaque année de nouveaux restes humains». Les Pradelles n’est pas un habitat, plutôt un lieu choisi p a r Néandertal pour dépouiller, désarticuler et décharner les meilleurs morceaux de sa chasse, du renne surtout. «Cette fonction autant spécialisée que dans des sites utilisés par les hommes modernes apporte un éclairage nouveau sur Néandertal, note Bruno Maureille. C’est le signe d’un développement cognitif important.» Outre cette spécialisation du lieu, le site apporte les preuves des capacités d’anticipation de Néandertal. En effet, il utilisait des outils en silex issus de gisements éloignés de 15 à 20 km, alors que Les Pradelles fournissaient aussi des silex, mais de mauvaise qualité. «Sachant cela, les hommes apportaient sur le site des outils préfabriqués et n’utilisaient le silex local que pour le tout venant.» Mais le plus frappant est la forte présomption de cannibalisme. Plus de 30 fragments humains ont été retrouvés. Surtout des éléments de crâne et quelques dents ainsi que les restes de la jambe et du pied. «La plupart des individus montrent des traces de découpe
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 70 ■
    indiscutable, d’autres permettent de suspecter une fracturation sur os frais. Ces critères semblent indiquer une exploitation de la viande humaine par Néandertal. C’est l’hypothèse actuelle, pas forcément celle qui sera retenue quand les informations sur le site seront plus exhaustives.» DERNIÈRES ANNÉES DE NÉANDERTAL
    CRO-MAGNON RÉINVENTÉ
    Fouillé de 1998 à 2003 par Jean Airvaux et Marie Soressi, le site de Chez Pinaud, à Jonzac, est un ancien abri sous roche en bord de Seugne proposant une séquence de 7 mètres sur la fin des peuplements de Néandertal (50 000 à 35 000 ans). «Ce site est le premier, par son ampleur, qu’on retrouve dans la région depuis Saint-Césaire en 1979», précise Jacques Jaubert, directeur de l’UMR Pacea (Bordeaux I) et responsable des fouilles en collaboration avec le Max Planck Institute de Leipzig. Complexe, le site est à la fois un lieu de vie, de consommation, de taille d’outils… dont les zones sont difficiles à fractionner. En 2005, le premier vestige humain a été mis au jour, une dent d’adulte très usée. «Le site présente l’intérêt majeur d’être contemporain des dernières années d’existence de Néandertal, période marquée par de nombreuses inconnues, dont les conditions de disparition de l’espèce mais a u s s i les modalités de cohabitation avec CroMagnon. Y a-t-il eu des échanges culturels ?»
    «En Poitou-Charentes, une multitude de sites nous renseignent sur les occupations magdaléniennes mais tous ont été fouillés avant les années 1960», note Jérôme Primault, archéologue responsable du chantier. Avec le Taillis des coteaux (Vienne), une grotte inédite fouillée depuis 2000, les archéologues disposent d’une séquence de plus de 6 mètres d’épaisseur (30 000 à 14 000 ans). Ces niveaux vont bénéficier des outils actuels d’investigation archéologique et certainement renouveler l’image que nous avons de l’homme moderne à cette époque. «Le Magdalénien est perçu comme une période de profusion artistique. Une analyse plus fine nous permet aujourd’hui d’attribuer le matériel trouvé à chaque niveau d’occupation et donc de relativiser cette impression.» Les archéologues ont atteint des niveaux datés de 17 000 ans et il reste 5 mètres à explorer. Au vu des outils, la grotte peut avoir servi de halte de chasse. Quatre carcasses de rennes ont aussi été pilées, «certainement pour en extraire la moelle et faire des bouillons gras». Quelques dents humaines et fémurs sont apparus, sans traces particulières. Un grand foyer a été mis au jour : une cuvette d’un mètre de diamètre plaquée de calcaire et de galets de quartz, idéale pour cuire la viande. «Les foyers de cette sorte étaient jusqu’alors connus au magdalénien moyen. Celui-ci repousse leur existence à 17 000 ans.» ■
    Page de gauche : vue rapprochée du décapage d’un niveau moustérien (50 000 ans), sur le site Chez Pinaud (Charente-Martime). Une accumulation de vestiges de faune, bison, renne, cheval, et d’outils en silex. Photo J. Jaubert, Pacea. A droite : foyer magdalénien du Taillis des coteaux (Vienne). Ci-dessous : vue générale de la coupe stratigraphique Est en cours de fouille par l’équipe d’étudiants de l’Université de Princeton, aux Pradelles (Charente). Photo B. Maureille.
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