fermer... Mammouths du Poitou-Charentes
Quand on évoque le mammouth,
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Mammuthus primigenius,
on l’imagine plus naturellement évoluant dans la steppe de Sibérie que dans les vallées du Clain ou de la Tardoire. Quant à l’éléphant antique, qui sait qu’il a peuplé notre région jusqu’à il y a 100 000 ans ?
Par Anh-Gaëlle Truong
Relevé du mammouth gravé dans le réseau Guy-Martin à Lussac-les-Châteaux (Vienne) par Jean Airvaux (Direction régionale de l’archéologie), auteur de L’Art préhistorique du Poitou-Charentes, éd. La maison des roches, 2001.
es terres d’élection du mammouth étaient plutôt l’Eurasie et le nord de l’Europe mais pendant les périodes glaciaires, ils sont allés jusqu’en Europe du Sud», précise JeanFrançois Tournepiche, conservateur du patrimoine au musée d’Angoulême. Quant à l’éléphant antique (Elephas Antiquus), il préférait l’Europe tempérée du Sud. Cependant, quand le climat s’y prêtait, il s’aventurait jusqu’en Allemagne et en Angleterre. «Le mammouth laineux apparaît en Europe de l’Ouest il y a 200 000 ans, à la suite de son ancêtre Mammuthus trogontherii. L’éléphant antique, lui, apparaît voici un million d’années environ et disparaît il y a 100 000 ans.». De fait, ils se sont partagé le territoire régional pendant près de 100 000 ans. Ils ont côtoyé les prén é a n d e r t a l i e n s ainsi que Néandertal tandis que l’Homme moderne n’a connu que le mammouth. L’un et l’autre appartiennent à deux groupes dist i n c t s : Palaeloxodon et Mammuthus. L’éléphant
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archéologie
Relevé du panneau gravé des vulves et du nouveau-né dans le réseau Guy-Martin à Lussacles-Châteaux (Vienne) par Jean Airvaux. Cet ensemble illustre la succession des états physiologiques de la grossesse. Il est situé à droite du mammouth (page précédente), animal qui semble jouer un rôle privilégié par rapport à la naissance et à l’enfance comme l’indique aussi une plaquette gravée du la grotte de la Marche à Lussacles-Châteaux.
antique pouvait mesurer jusqu’à 4,5 mètres au garrot et possédait des défenses relativement droites pouvant atteindre 3 mètres de long. Le mammouth laineux est plus petit, «du même format qu’un éléphant d’Asie». Ses défenses ont une forme caractéristique à double courbure, d’abord vers le haut, p u i s vers l’intérieur, «une forme probablement adaptée pour gratter la neige recouvrant l’herbe dont il se nourrissait». En Poitou-Charentes, les vestiges de mammouths ou d’éléphants antiques ne sont donc pas rares. Jean-François Tournepiche nous livre une typologie des lieux où ces mastodontes peuvent avoir laissé des traces. En premier lieu, les berges. «On trouve des restes de mammouths et d’éléphants dans les alluvions au bord des rivières où ces derniers vivaient et mouraient.» Dispersés par la rivière, les squelettes sont rarement complets. C’est donc exceptionnellement que les ossements d’un éléphant quasiment entier
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ont été mis au jour au Châtelard, près de Mansle, au début des années 1960. En juin 2004 dans les carrières de Saint-Amand-de-Graves en Charente, seuls un morceau de crâne et une défense étaient retrouvés. «Ces éléphants antiques sont morts naturellement et aucune trace de dépeçage par l’homme n’a é t é retrouvée dans ces restes en alluvions de la Vienne, du Clain et de la Tardoire, que ce soit sur l’éléphant ou le mammouth.» Second lieu de trouvaille : les avens pièges. Ces trous dans le karst ont été fatals à toutes sortes d’animaux. Antilopes, bisons, mégacéros, chevaux et mammouths pris au piège y ont agonisé les uns après les autres pour fournir, quelques dizaines de milliers d’années plus tard, une source documentaire extraordinaire aux archéologues. Près de La Rochefoucauld, un aven a livré la défense d’un jeune mammouth de 15 ans. Troisième lieu de découverte : les tanières de carnivores qui rapportaient des ossements pour les ron-
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ger ou nourrir leurs petits. La tanière que Jean-François Tournepiche a fouillée cet été a d’ailleurs fourni, outre un squelette entier de bison des steppes, les restes rongés d’un éléphant. Enfin, quatrième et dernier site : les habitats humains. «On retrouve toujours un peu d’os ou d’ivoire dans les sites paléolithiques. Et sans que nous en ayons encore trouvé la preuve, les hommes ont probablement mangé du mammouth en Poitou-Charentes.» Mais surtout, Cro-Magnon l’a peint et gravé. «Les représentations de mammouths apparaissent en Poitou-Charentes dès l’Aurignacien [35 000 à 30 000 ans]», rappelle Jean Airvaux, archéologue et auteur de L’Art préhistorique en Poitou-Charentes. En effet, la grotte du Bouil-Bleu en Charente-Maritime a livré un bloc gravé de 38 cm de long sur lequel figurent des profils emboîtés de mammouths, donnant à la fois une perspective et l’impression d’un troupeau en marche. «Une telle pratique existe dans la grotte Chauvet en Ardèche.»
A Lussac-les-Châteaux, dans le réseau Font-Serein, un mammouth représenté à moitié grandeur nature a été peint sur la paroi au début du Paléolithique supérieur. Les contours de l’animal ont été tracés d’un large trait de peinture tout en épousant les reliefs de la cavité. Puis viennent les représentations du Magdalénien, entre 17 000 et 10 000 ans avant le présent. «En PoitouCharentes, les manifestations artistiques de cette époque sont très spécifiques. Elles abordent des thèmes précis, représentations humaines et procréation, qu’on ne retrouve pas ailleurs. Et, fait original, le thème de la procréation est associé à deux ou trois reprises aux représentations de mammouths.» Une des plaquettes gravées de la grotte de la Marche, à Lussac-les-Châteaux, représente d’un côté une femme superposée à un nouveau-né et, sur l’autre face, un mammouth. Toujours à Lussac, dans le réseau Guy-Martin, un mammouth de 50 cm, «d’une très belle facture», est gravé dans la paroi à côté d’une fresque «obstétricale» comportant trois représentations de vulves et celle d’un nouveau-né. ■
Ci-dessous à gauche : défense de jeune mammouth provenant du site de la forêt de SaintProjet (Charente). A droite : découverte des restes d’éléphant antique dans la carrière de SaintAmand-de-Graves (Charente, 2004). Photos Jean-François Tournepiche.
Au temps des mammouths
Une exposition consacrée au mammouth est présentée jusqu’au 19 mars 2006 à l’Espace Mendès France. Y sont développés tous les angles de connaissance du mammouth : son environnement, ses caractéristiques physiques, son exploitation par l’homme, sa représentation artistique mais aussi les questions soulevées par leur disparition et leur éventuelle résurrection par le clonage. Tout est évoqué dans cette exposition itinérante réalisée par le Muséum national d’histoire naturelle et enrichie par quelques pièces, vestiges de mammouths, issues de la collection de l’Université de Poitiers. «Les collections de paléontologie, pétrographie et minéralogie, note Géraldine Garcia, chargée de leur valorisation, sont les seules qui évoluent encore, enrichies par les découvertes des chercheurs de l’Université. » Mais, durant le siècle dernier, seuls trois d’entre eux se sont penchés localement sur les mammouths et les éléphants : Jules Welsch, Etienne Patte et Michel Beden. Ce dernier a notamment écrit une monographie en 1969, Les Terrasses du Clain et leur faune, dans laquelle il recense les lieux de découverte de restes de mammouths et d’éléphants de Châtellerault à Poitiers. De fait, Géraldine Garcia n’a retrouvé dans les collections qu’une dizaine de vestiges de mammouths, des molaires, quelques restes de fémurs et un morceau de défense essentiellement.
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Dent d’éléphant antique, coll. Université de Poitiers. Photo Marc Deneyer.
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