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Bande dessinée : Wolinski

Bande dessinée – Wolinski, « On a en commun une telle aventure ». Entretien avec Georges Wolinski, dessinateur de presse et d’humour, auteur-acteur de bande dessinée, et président de la 33e édition du Festival International de la Bande Dessinée. Réalisé par Astrid Deroost, photo : Claude Pauquet. Dessins de Wolinski en illustration.

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    bande dessinée
    Wolinski «On a en commun une telle aventure» Entretien Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
    G
    eorges Wolinski, dessinateur de presse et d’humour, auteur-acteur de bande dessinée, préside le jury de la 33e édition du Festival international de la bande dessinée (FIBD). Et se retrouve, à ce titre, au cœur d’une exposition rétrospective, chronologique et thématique. «Ma vie, c’est dessiner», résume, délicieusement résigné, cet observateur attentif de la société française. L’Actualité. – Vos biographies parlent d’une form a t i o n en architecture. Comment avez-vous glissé vers le dessin d’art ? de presse ?
    Vous dessiniez donc depuis...
    Depuis que je suis tout gosse. J’ai dessiné sur le papier qui enveloppait les pâtisseries de mon grandpère, à Tunis. Je lisais Mickey, Robinson, Hop-Là, Gédéon, Bibi-Fricotin, Les Pieds-Nickelés... J’ai vu arriver Coq-Hardi, les comics américains, tout cela a nourri ma culture de la bande dessinée, du dessin. J’ai acheté mon premier livre de Dubout à l’âge de 11 ans. A Tunis, j’allais à la bibliothèque qui se trouvait dans la médina voir les dessins de Daumier... Votre travail de dessinateur a traduit les combats des années 1960-1970, pour l’abolition de la peine de mort, pour la contraception. Qu’y a t-il de subversif aujourd’hui ?
    Ma formation en architecture est... très sommaire mais j’ai fait deux ans d’atelier aux Beaux-Arts de Paris, avec les fêtes et rituels de l’époque. Et il y a eu les hasards de la vie. Il a fallu que je constate que j’étais nul en tout, que la seule chose que j’aimais faire, c’était dessiner. Le hasard est venu de Hara-Kiri, en 1960, alors que j’étais soldat en Algérie. J’ai vu un dessin de Topor, cela m’a tellement frappé... Il fallait que j’aille voir ce journal. Je travaillais sur «Après la bataille» de Victor Hugo, j’en faisais une parodie. Je l’ai envoyée à Cavanna qui l’a acceptée. Ensuite, je dessinais le soir pour Hara-Kiri et je travaillais le jour... Après en avoir parlé avec ma femme, j’ai donné ma démission. C’était risqué, mais dans la vie, une ou deux chances se présentent. C’était en 1963-1964. Depuis je travaille avec les mêmes – ceux qui ne sont pas morts –, ce sont mes seuls vrais amis. On a en commun une telle aventure, Hara-Kiri, Charlie-Hebdo, CharlieMensuel. Sans prétention, nous sommes à l’origine de l’humour français actuel, celui de Canal +, de l’audace dans la publicité... Georges Wolinski. – 14
    On m’a souvent accusé d’être un macho mais les femmes ne s’y sont pas trompées, j’ai toujours été avec elles... Il y a eu une évolution des mentalités. Ce qui était choquant dans les années 1960 ne l’est plus. Ce qui le devient, c’est l’aspect bien-pensant, le racisme, l’insouciance du capitalisme, la méchanceté froide... ce n’est plus le sexe. Actuellement, le véritable courage, c’est de lutter pour conserver les libertés acquises. Puisque la justice n’existe pas, il faut se battre, toujours, pour la liberté... notre liberté de journalistes, serrer des fesses à l’approche des élections. Les riches ont toujours aimé posséder des journaux, c’est leur joujou, ça les amuse. Que vous inspire avec le recul le titre de Hara-
    Kiri annonçant la mort du Général de Gaulle «Bal tragique à Colombey : un mort» ?
    A l’époque, en 1970, c’était assez gonflé, c’était avant Giscard qui a supprimé la censure, on peut lui reconnaître cela. C’était le début d’une liberté, la naissance d’une télévision moins aux ordres. Ils ont
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 71 ■
    cherché des prétextes (pour interdire Hara-Kiri, ndlr), ils ont trouvé quelques vagues dessins «dangereux pour la jeunesse». Nous avons été défendus par tous les patrons de presse. Il est courant de lire que le sexe est votre sujet de prédilection…
    Cela me surprend toujours. Le sexe n’est-il pas omniprésent dans toute la littérature ? Est-ce qu’on peut
    chel intitulé Wolinski, les carnets de voyage, qui rassemble des croquis et des reportages. Cabu avait lancé les reportages dessinés et j’ai énormément voyagé pour Charlie-Hebdo : Pologne, Russie, Italie, Croatie, Cuba dans les années 1970 ou, beaucoup plus récemment, le Chiapas (Mexique) où j’ai rencontré le sous-commandant Marcos. Et je contin ue à dessiner pour Charlie-Hebdo, Paris-Match, le Journal du Dimanche. L’hommage d’Angoulême, le fait d’être grand prix vous touchent ?
    Je plaisante beaucoup là dessus, sur ma longue attente. Je suis touché parce que c’est un cadeau de mes amis : Fred, Druillet, Pétillon, Cestac, Bilal... ils ont dit : «Il faut que Georges l’ait.» Et c’est pas n’importe qui, ces gens-là ! ■
    me considérer comme un obsédé sexuel ? D’ailleurs je ne fréquente que des obsédés si cela veut dire aimer sa femme. Je trouve les femmes superbes, je les ai toujours regardées : mes jolies tantes, mes charmantes cousines... Je ne saurais pas vivre sans les femmes. Je n’en parle pas si mal et j’adore les dessiner. Vous avez été un découvreur, quelle bande dessinée retient actuellement votre attention ?
    Mes vieilles admirations vont à Moebius, dessinateur extraordinaire, aux Américains. J’ai été membre du jury du Point, je suis assez au courant de l’actualité. Il y a des merveilles qui parlent de choses d’aujourd’hui et qui ont abandonné le héros – genre XIII de Van Hamme, j’ai horreur de ça. Tout cela rejoint la littérature : Le Blog de Frantico, Les Mauvaises gens de Davodeau, Notes pour une histoire de guerre de Gipi, Ripple de Dave Cooper, Le petit bleu de la Côte ouest de Tardi, Munoz et Sampayo... des trucs formidables. Vous avez signé des scénarios pour Georges Pichard, vous êtes l’auteur complet de Une vie
    c o m p l i q u é e, album sorti en 2005. Avez-vous d’autres projets de bande dessinée ?
    Non, mais je sors un livre superbe chez Albin-Mi-
    Au Centre national de la bande dessinée et de l’image (CNBDI), le Festival d’Angoulême montre tout de Georges Wolinski, dessinateur né en 1934 en Tunisie. «L’art, ditil, c’est avant tout le dessin.» Dessins de jeunesse au trait extrêmement fouillé, détaillé, dessins rapides, politiques, t r a v a u x autobiographiques, érotiques, de scénariste pour la pulpeuse Paulette de Pichard et d’auteur complet, croquis pour la presse... C’est évidemment une œuvre de dessinateur foisonnante – près de 80 albums depuis l’adaptation remarquée, dans les années 1960, de La Reine des pommes de Chester Himes – qui est évoquée
    au travers de quelque 200 pièces, dessins originaux et exemplaires de magazines. Sous l’impulsion de Wolinski, Charlie-Mensuel a publié des classiques américains et de jeunes créateurs contemporains dont les noms sont aujourd’hui fameux : Crépax, Munoz, Autheman, Pétillon, Manara… L’exposition présente encore des petits films, des grand tableauxportraits de Jean-Marc Reiser (1941-1983), l’ami chaque jour absent. En tout, près d’un demisiècle de création. Exposition Wolinski, commissariat Jean-Pierre Mercier, s c é n o g r a p h i e Dominique Clergerie. Au CNBDI, 121, route de Bordeaux, jusqu’au 28 mai. 15
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