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patrimoine industriel
Depuis 1994, Pascale Moisdon-Pouvreau a réalisé l’inventaire du patrimoine industriel
La force motrice de l’eau
E
ntrepris en 1986 par la Direction régionale des affaires culturelles du Poitou-Charentes, l’inventaire du patrimoine industriel de la région (jusqu’en 1950) a été achevé en 2004. Ce travail d’enquête sur le terrain et de recherche documentaire a été effectué au sein du service régional de l’Inventaire par Pascale Moisdon-Pouvreau, depuis 1994, et les photographes du service. Les données recueillies ont été publiées dans un volume pour chaque département, le dernier, consacré aux Deux-Sèvres, a été édité en 2005 par Geste éditions. Une introduction présente les principales caractéristiques économiques du territoire et les notices se succèdent dans l’ordre alphabétique des communes. En révélant un millier de sites, cet inventaire permet d’éclairer l’histoire économique, architecturale, sociale et technique de la région. C’est donc un outil à exploiter de multiples façons. En étudiant, par exemple, le rôle de l’énergie hydraulique.
L’Actualité. – Jusqu’à quelle époque la principale source d’énergie fut-elle hydraulique ?
Entretien Jean-Luc Terradillos
Patrimoine industriel des Deux-Sèvres, de Pascale MoisdonPouvreau, coll. «Indicateurs du patrimoine», Geste éditions, 288 p., 14 €
Un colloque sur le thème «Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes : connaître pour valoriser» est prévu en septembre 2006. Salle des machines de la centrale hydroélectrique de Jousseau, à Millac (86).
Inventaire général, Marc Deneyer, 1995 © ADAGP
Dans notre région, l’industrie eut recours presque exclusivement à l’énergie hydraulique jusque vers 1850. Dès le Moyen Age, les moulins à eau étaient utilisés pour moudre les céréales mais aussi pour actionner les soufflets des hauts fourneaux, marteler et étamer les métaux, fouler les draps et les peaux, scier le bois et la pierre… L’arbre à cames, qui transforme le mouvement circulaire en mouvement alternatif, fut une innovation capitale pour le développement de l’industrie. Et jusqu’au XIXe siècle, les progrès techniques ont permis d’optimiser l’énergie hydraulique. Cela exigeait toutefois des travaux très importants : creuser un bief ou un canal afin d’aménager une chute d’eau de hauteur suffisante pour actionner des roues verticales, construire une chaussée au milieu de la rivière. Des sites ont ainsi été complètement transformés. En outre, une rivière navigable pouvait aussi favoriser un essor industriel à grande échelle comme ce fut le cas pour la chamoiserie à Niort (depuis le XIIe siècle et jusque dans les années 1980). Cette activité consistait à tanner les peaux avec de l’huile de poisson dans le but de leur donner une souplesse égale à celle des étoffes. A partir des XVIe et XVIIe siècles, via la Sèvre niortaise, l’huile arrivait de Terre-Neuve et les peaux du Canada et de la Louisiane. D’autre part, le réseau hydrographique de la région étant assez dense, les usines ont été implantées un peu partout. Par exemple, l’une des premières filatures à laine a été créée à l’emplacement d’un ancien moulin, sur une dérivation de la Sèvre nantaise, à la Vialière, un hameau de Largeasse dans les Deux-Sèvres, en plein secteur d’élevage ovin.
Pascale Moisdon-Pouvreau. – L’implantation des usines au
XIXe
siècle est-elle
liée à la disponibilité de l’énergie hydraulique ?
L’eau fut un facteur déterminant de l’industrialisation, tant pour fournir de l’énergie que pour transporter les matières premières et les produits manufactu-
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rés. Néanmoins, les implantations étaient aussi liées à la présence des matières premières. Par exemple, les fours à chaux ont été construits dans les carrières de pierre, les tuileries et briqueteries près des gisements d’argile, les usines d’engrais chimiques à proximité des ports d’où l’on importait les phosphates, les pyrites et les nitrates de soude. D’autant qu’à partir de 1860, le développement concomitant de l’énergie thermique et du chemin de fer permettait de s’affranchir de la ressource hydraulique. Il faut noter cependant qu’un des traits singuliers de l’industrialisation de la région n’est pas lié à l’énergie mais à un problème d’une tout autre nature. En effet, durant les années 1870-1880, la crise du phylloxéra a ruiné les vignobles, ce qui a conduit à la reconversion d’une grande partie du territoire. C’est ainsi que les laiteries coopératives se sont développées. La première fut créée en 1888, à Chaillé, en Charente-Maritime. II est vrai que la plupart des laiteries ont été installées dans d’anciens moulins «modernisés» et qu’elles ont d’abord profité de l’énergie hydraulique avant de remplacer peu à peu celleci par l’énergie thermique. C’est aussi vrai pour les minoteries, installées dans des moulins, au cœur des régions de production. Grâce aux procédés des ingénieurs Poncelet, vers 1824, et Sagebien, vers 1860, de nouvelles roues à eau ont amélioré les rendements énergétiques. Parallèlement, l’invention de la turbine hydraulique qui utilise, contrairement aux roues hydrauliques, la pression de l’eau, fut un progrès considérable – les premières furent installées vers 1860 dans la région. Si quelques minoteries fonctionnent encore avec ces turbines, d’autres ont été reconverties en microcentrales hydroélectriques. Dans les années 1920, la Société des forces motrices de la Vienne a construit sur la Vienne trois centrales hydroélectriques, à L’Isle-Jourdain et à Millac, reprises par EDF en 1946 et toujours en fonctionnement.
La région n’est pas houillère mais elle eut sa mine.
Inventaire général, Marc Deneyer, 1995 © ADAGP
Inventaire général, Marc Deneyer, 1995 © ADAGP
Ci-dessus : Sireuil (16), tréfilerie bâtie en 1838 sur la Charente, transformée en aciérie par Martin en 1860, puis en mégisserie. Moulin à marée, à Mornac-sur-Seudre (17).
PANZANI PAR ROLAND BARTHES
Panzani est, à l’origine, une société familiale créée par Jean Panzani à Niort en 1940. Peu après, l’entreprise s’installe à Parthenay où elle emploie 400 ouvriers dans les années 1950, jusqu’à son transfert à Marseille en 1964. Panzani apparaît dans l’œuvre de Roland Barthes. Le célèbre sémiologue, professeur au Collège de France, analyse une publicité Panzani – où la mention «Parthenay France» est bien lisible – dans «Rhétorique de l’image» (Communication n° 4, 1964, repris dans L’obvie et
Le seul gisement de houille s’étend de Saint-Laurs, dans les Deux-Sèvres, à Cezay, en Vendée. Il a été exploité à partir de 1840. Du fait de l’absence de grandes voies de communication et de la médiocre qualité du gisement, ce charbon ne pouvait concurrencer celui qui provenait d’Angleterre. La société houillère a donc trouvé un débouché local en const r u i s a n t des fours à chaux qui nécessitaient une grande quantité de charbon pour la cuisson des pierres calcaires. La matière première était disponible sur place et la chaux servait à amender les sols acides de la Gâtine. L’exploitation a cessé en 1916 à Saint-Laurs et en 1958 en Vendée. ■
l’obtus, Points, 1982). Il souligne notamment
l’italianité du produit qui est signifée par les trois couleurs (jaune, vert, rouge) de l’affiche.
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