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Raymond Hains l’hypertexte

Raymond Hains l’hypertexte. L’été dernier, Raymond Hains est venu à Melle pour écouter François Bon et Denis Montebello.

Par Jean-Luc Terradillos, photos : Nora Donatien et Christian Vignaud.

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    Raymond Hains l’hypertexte L ’été dernier, Raymond Hains est venu à Melle pour écouter François Bon et Denis Montebello, dont il ne manquait aucune des chroniques savoureuses publiées dans L’Actualité. Il avait déjà apprécié la ville en 2003, invité alors par la biennale d’art contemporain. Un pâtissier avait réalisé ses «Deniers du rêve», sorte de monnaies ou de méreaux en chocolat. Cette fois, il a emporté une fouace de La Mothe-Saint-Héray et poursuivi sa route jusqu’à La Rochelle et Rochefort, pour voir le chantier de l’Hermione. Comment aurait-il intégré ce périple dans son œuvre ? Nulle réponse. Il n’a pas eu le temps. Raymond Hains, artiste majeur de notre temps, le plus insaisissable des Nouveaux Réalistes, est mort le 28 octobre 2005, chez lui à Paris, à l’âge de 78 ans. S e s premiers voyages en PoitouCharentes remontent à 1988. Il préparait ses expositions au musée Sainte-Croix de Poitiers et au Frac, à Angoulême, visibles l’année suivante. Pour ce digne héritier de Marcel Duchamp, ce qui est à voir est déjà sous nos yeux, dans la rue et dans les livres. Tout, absolument tout, pouvait entrer dans son œuvre. En outre, sachant que Raymond Hains était un expert en glissements de sens, un créateur de jeux de mots et de chaussestrappes du langage, et cela produisait des chocs vertigineux. A Poitiers, il s’est littéralement approprié la ville en créant une trame où l’on retrouvait aussi bien saint Jacques, le chemin de Compostelle, l’enseigne Shell et le mollusque marin que Guillaume le Troubadour et le gai savoir, Pantagruel, Rabelais et les épices, Radegonde et Fortunat, le Clain et Yves Klein le monochrome. Ainsi, ce que des Poitevins pouvaient considérer comme des lieux communs venait à constituer la trame d’un nouveau récit, tenant parfois du rébus ou du hiéroglyphe. Avant la généralisation du micro-ordinateur, Raymond Hains pratiquait déjà une forme d’hypertexte, très aléatoire certes, en créant des rapprochements inédits et de façon ininterrompue. Car il parlait beaucoup. Pas rare de commencer une discussion – ou plutôt de tenter de suivre son monologue – lors d’un déjeuner au restaurant, de se retrouver toujours au même endroit pour le dîner et de continuer ailleurs jusque tard dans la nuit. Son œuvre s’est construite ainsi, à la table des restaurants et à la terrasse des cafés. Sa vie est son œuvre.
    Raymond Hains à Melle le 29 juillet 2005 entre Dominique Truco et Michel Jeannès. Saint-Jacques et coquille Shell, 1989.
    Palissade Sainte Radegonde, 1974-1988 (musée SainteCroix de Poitiers, coll. Frac PoitouCharentes). Nora Donatien
    Christian Vignaud - Musées de Poitiers
    Christian Vignaud - Musées de Poitiers
    Performer à temps plein. Tous ceux qui l’ont côtoyé détiennent une part de ce récit infini mais, comme chez les Aborigènes, aucun ne détient le Rêve en entier. Il faut partager pour le reconstituer. Des historiens d’art sont à l’œuvre, il faudrait surtout des écrivains et des anthropologues. Jean-Luc Terradillos ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 71 ■ 47


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