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Réaumur : servir l’étude des insectes

Histoire – René-Antoine Ferchault de Réaumur, servir l’étude des insectes. Portrait d’un grand entomologiste né à La Rochelle en 1683. Par Denis Richard. En illustration : portrait de Réaumur par A.S. Belle.

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    histoire
    RENÉ-ANTOINE FERCHAULT DE RÉAUMUR
    Servir l’étude des insectes R ochelaise de naissance, l’une des plus illustres figures de l’entomologie du siècle des Lumières a pour nom René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) et tire origine d’une commune de Vendée. Au terme d’études à La Rochelle, à Poitiers puis à Bourges, Réaumur n’attachera pas son nom qu’à des découvertes relevant de la physique. Le père de la métallographie, qui a mis au point des procédés innovants pour produire de façon industrielle acier et ferblanc, l’inventeur du thermomètre à alcool fut également un véritable pionnier dans le vaste champ des sciences naturelles où l’insecte constitua à son regard l’objet d’une passion sans égale. C’est entre 1734 et 1742 que Réaumur réalisera un ouvrage monumental, non point tant par ses dimensions que par son propos, puisque les six in-quarto en furent entièrement dédiés à l’observation du peuple des insectes : chenilles, pucerons, galles, mouches et moustiques, abeilles, guêpes et bourdons. A la base de ces Mémoires pour servir à l’étude des insectes, esquissés dès 1728, une insatiable curiosité mais aussi, pragmatisme
    Extrait d’une planche de
    Mémoires pour servir à l’histoire des insectes. Ci-dessous : p ortrait de Réaumur par A. S. Belle.
    oblige, l’observation qu’«une infinité de ces petits animaux désolent nos plantes, nos arbres, nos fruits… attaquent dans nos maisons nos étoffes, nos meubles, nos habits, nos fourrures, rongent le blé de nos greniers, percent nos meubles de bois ; ils ne nous épargnent pas nousmêmes». Pas une once de frivolité dans le travail de Réaumur : il revendiqua avec constance une «utilité réelle». Réaumur eut l’immense mérite de révéler avant tout l’intérêt attaché à l’insecte œuvrant dans la nature. Il se distingua en cela de prédécesseurs cantonnés presque exclusivement au domaine de l’anat o m i e , Malpighi, Leuwenhoeck ou Swammerdam, et poursuivit une voie p l u t ô t esquissée par Goedart ou Vallisnieri : «J’ai déjà assez déclaré que la partie de l’histoire des insectes à laquelle j’ai été le plus sensible c’est celle qui regarde leur génie, leurs industries : aussi leurs industries décideront souvent de l’ordre dans lequel je traiterai.» Plus
    attentif au vivant que ses devanciers ou que ses contemporains, fort éloigné de la systématique chère à Carl von Linné, Réaumur déploya des trésors d’imagination pour découvrir «comment les insectes exécutent diverses opérations difficiles, comment ils viennent à bout de plusieurs ouvrages industrieux». Pour cela, il multiplia les élevages, modifia inlassablement les conditions expérimentales, créa des modèles de «volières» nouveaux pour, avant Jean-Henri Fabre, arracher à l’insecte ses plus mystérieux secrets. Réaumur fut donc avant toute autre chose un grand curieux de la nature : ce fut son souci constant plus que les discussions philosophiques et il instruisit son travail en ce domaine avec la même rigueur que dans les sciences physiques : «Les sciences dont les dehors sont les plus riants ont du sec et de l’aride lorsqu’on les approfondit ; qui n’y veut trouver que l’agréable doit se borner à les effleurer». Surtout, Réaumur publia avec ces Mémoires un ouvrage de vulgarisation, qui connut un succès presque populaire, pour autant qu’il ait pu l’être à une époque où la lecture demeurait un privilège pour quelques-uns. Il devait ainsi susciter de nombreuses vocations. Si les interprétations des observations de Réaumur peuvent sembler quelque peu désuètes aujourd’hui, elles demeurent toujours d’une finesse et d’une élégance rares, dans l’esprit d’une époque qui savait mêler avec bonheur sciences et littérature. Denis Richard
    POUR EN SAVOIR PLUS
    Histoire des insectes, de Réaumur, éd. Jérôme Millon, 2001, 413 p. Un choix de dix mémoires de Réaumur sélectionnés par Vincent Albouy puis mis en forme par Danièle Lorgere, Jean Méloche, Denis Richard et Vincent Albouy. Un esprit encyclopédique en dehors de l’«Encyclopédie» : Réaumur, de J. Torlais, éd. Albert Blanchard, 1961. «Les curiosités d’un physicien», de Jean-Marc Drouin, dans Aventures scientifiques, dir. Jean Dhombres, Atlantique, 1995.
    ESPACE RÉAUMUR À POITIERS Dans la vallée du Clain, l’Espace Réaumur permet de découvrir les insectes et autres vertébrés dans leur milieu naturel et d’apprendre à gérer un jardin en respectant la biodiversité. C’est un outil de sensibilisation à la richesse biologique des insectes et à leur rôle dans le fonctionnement équilibré des écosystèmes. Ouverture au public le 30 avril. 75, chemin de la grotte à Calvin 86000 Poitiers. Tél. 05 49 45 22 60 31
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 71 ■


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