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GROTTE DE VILHONNEUR
Peintures de préhistoire U
ne main négative réalisée selon la technique du pochoir, des ponctuations (projections, empreintes de doigts), des couleurs et, peut-être, une tête animale ou un visage figuré au moyen de quatre traits noirs. Et, si oui, un semblant de chevelure ocrée... En novembre 2005, les sous-sols karstiques de Vilhonneur en Charente ont révélé une grotte aux parois ornées de peintures. Avec, entre autres vestiges exhumés, un squelette possiblement humain. Pour le ministère de la Culture, ces représentations dateraient du Paléolithique supérieur, plus précisément du Gravettien entre - 28 000 et - 25 000 ans avant notre ère. Les premières spéculations scientifiques osent l’hypothèse d’une sépulture dans le cas où les ossements humains seraient contemporains des représentations peintes. La période et la fonction feraient alors de la grotte ornée de Vilhonneur un lieu exceptionnel à rapprocher de rares exemples dont celui de Cussac, en Dordogne, soulignait Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Poitou-Charentes, peu après l’annonce de la découverte. Les longues études et expertises à venir, notamment
Ci-dessous : l’entrée de l’aven du Charnier à Vilhonneur en 2003. Ci-contre : A. Debénath et J.-M. Rainaud, spéléologue, dans la grotte de l’aven du Charnier en 2003.
l’analyse de la faune préhistorique retrouvée sur place ainsi que la datation, au radiocarbone, des restes humains, pourraient apporter un début de réponse. Les premières images du lieu, propriété privée, sont restées confidentielles. Connues presque exclusivement des spéléologues charentais qui, depuis plusieurs années, exploraient le dédale de calcaire en pays d’Horte et Tardoire. Un trou traversé de courants d’air avait attiré leur œil. L’ouverture étroite recevait jadis les cadavres d’animaux. «En Charente, on a une grande richesse de sites préhistoriques : qui dit région calcaire dit grottes, abris et donc des sites propices à l’occupation humaine, explique André Debénath, professeur émérite de préhistoire à l’Université de Perpignan, installé à Montbron, spécialisé dans le Paléolithique moyen et dans l’étude du bassin de la Charente. Depuis au moins 450 000 ans, la Charente a toujours été habitée.»
Pour les scientifiques locaux, en contact étroit avec le groupe de spéléos qui a mené à la découverte, le site, voisin de la grotte du Placard ou de celle de la Cave, devait un jour où l’autre livrer son passé millénaire. La découverte de points rouges, symbolique généralement suivie – dans des grottes comparables – de peintures leur a donné raison... «La chose la plus importante est que l’on ait enfin découvert une grotte ornée (de peintures) en Charente, la plus proche est celle de Villars, en Dordogne», constate André Debénath, à peine étonné de ce continuum. Il reste prudent quant à la datation dont il élargit l’amplitude de l’Aurignacien au Magdalénien. Et quant à l’interprétation d’un site sanctuaire. Il faudra, dit-il, approfondir les recherches, identifier la nature des traits noirs – charbon ou manganèse ? –, savoir si les vestiges humains témoignent d’une mort naturelle ou d’une inhumation, trouver l’entrée des artistes préhistoriques, l’actuelle étant trop inaccessible pour être couramment usitée... L’étude du gisement, menée par le service de l’archéologie de la Drac, porte sur deux salles dont une de 60 m2, partie, semblet-il, d’un plus vaste réseau. Dans la première, des restes fauniques, dont quatre hyènes, ont été relevés. Les peintures et le squelette se situent dans la seconde, des dessins répartis en trois grandes catégories : des ponctuations, la main négative et cette figure que d’aucuns, déjà, rêvent humaine.
Astrid Deroost
Jean-François Tournepiche
NÉANDERTALIENS ET CRO-MAGNONS
Dans son nouvel ouvrage intitulé Néandertaliens et Cro-Magnons, les temps glaciaires dans le bassin de la Charente, préfacé par Yves Coppens, André Debénath propose une présentation – illustrée et accessible à tous – des «connaissances acquises en plus d’un siècle et demi de fouilles». Des fouilles auxquelles il a largement participé en exhumant notamment, dès les années 1960, une mandibule néandertalienne à Vouthon. «La Charente est certainement la région de France qui a livré le plus de restes néandertaliens», explique André Debénath pour qui «l’entier bassin fluvial de la Charente fait partie des références scientifiques les plus autorisées au plan mondial, en matière de Paléolithique». Ed. Le Croît vif, 356 p., 30 €
Jean-François Tournepiche
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
paléoclimat
SAHARA
Désert depuis 7 millions d’années L
e désert du Sahara est âgé d’au moins sept millions d’années. Une affirmation désormais possible par l’analyse d e s découvertes de la Mission paléoanthropologique franco-tchadienne (MPFT) lancée en 1994, collaboration scientifique entre l’Université de Poitiers, le CNRS, l’Université de N’Djamena au Tchad et le Centre national d’appui à la recherche de N’Djamena. «Depuis une dizaine d’années, nous savions que toutes les conditions étaient réunies pour que le Sahara soit un désert depuis des millions d’années : position des continents, niveau des mers, circulations atmosphériques… mais nous n’avions a u c u n e preuve», explique Patrick Vignaud, enseignant-chercheur et membre de la MPFT. L’analyse de sédiments
Désert du Djourab (Tchad). Dune fossile (7 Ma) au premier plan et dunes actuelles au second plan. La direction du vent n’a pas changé : les dunes ont la même orientation.
ALCIDE D’ORBIGNY
En 2002, l’Université de La Rochelle commémorait le bicentenaire de la naissance d’Alcide d’Orbigny (18021857) en organisant un colloque sur ce grand voyageur naturaliste, pionnier des géosciences. Sous la direction de Christian Moreau et de Daniel Dory, les actes sont publiés sous le titre Alcide d’Orbigny. Entre Europe et Amérique (Presses universitaires de Rennes, 230 p., 18 €). Les onze auteurs s’attachent aux contextes européens et américains de l’œuvre ainsi qu’aux parentés et héritages d’Alcide d’Orbigny, notamment au milieu scientifique rochelais du XIXe siècle.
trouvés au sud de la Tunisie à la fin des années 1990 permettait seulement de le dater d’au moins 86 000 ans. La MPFT, équipe pluridisciplinaire d’une s o i x a n t a i n e de chercheurs, apporte aujourd’hui un repère chronologique plus ancien. Une nouvelle donnée intimement liée à son approche. «Notre principale problématique, l’origine et l’évolution des hominidés, s’inscrit dans le cadre plus large de l’étude de leur environnement. Dans cet esprit, nous étudions la faune, la flore mais également les sédiments.» En découvrant Toumaï dans le désert du Djourab au Tchad en 2001, un fossile de 7 millions d’années, trace du plus ancien hominidé connu à ce jour, les paléontologues réalisent un constat. «Les couches du sol contenant les fossiles surplombaient d’autres couches de sédiments au faciès particulier et sans fossile, et donc plus anciennes que sept millions d’années.» Depuis, l’examen de ces couches de sédiments permet d’avancer qu’il s’agit de formations de dunes fossiles, et plus précisément de dunes éoliennes, typiques des milieux désertiques. Une analyse possible grâce à la méthode de l’actualisme dont le principe vise à comparer un phénomène ancien et actuel. «Une dune de sept millions d’années s’est formée avec les mêmes contraintes physiques et chimiques qu’une dune actuelle.» Deux paramètres confirment l’hypothèse de dunes éoliennes : la structure arrondie et matifiée des grains de sable
Détail d’une dune fossile. Tous les éléments caractéristiques d’un désert sont présents : sable clair, propre et peu cimenté, absence de trace de vie, grains de quartz bien triés, parfaitement arrondis et à surface mate, dépôts sédimentaires obliques.
induite par le choc des grains les uns sur les autres ; l’organisation géométrique de ces derniers – les plus lourds sous les plus légers – qui s’opère lors de la formation de la dune. Par ailleurs, l’absence de fossile, élément inexistant dans ce type de milieu, étaye cette analyse. Une telle découverte concourt à préciser l’histoire paléoclimatique du désert du Sahara et prouve qu’il a connu des conditions arides intermittentes au cours des dix derniers millions d’années. «Nous étions donc en période humide il y a sept millions d’années, et en période sèche avant.» Ce pas dans la connaissance de l’environnement aide à mieux saisir la vie et l’évolution des hominidés. «L’évolution de l’homme est essentiellement contrainte par des événements extrinsèques. Si nous connaissons dans quel milieu cette évolution s’est faite, nous comprenons mieux comment ces contraintes s’appliquent sur l’homme.»
Isabelle Hingand
Photos P. Duringer – MPFT/CNRS-ULPS
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