// vous lisez...

Archive - auteurs : -

Lectures des signes du corps

Michel Foucault – Lectures des signes du corps. Vincent Estellon critique les perspectives moralistes des thérapies comportementales et cognitives.

Entretien réalisé par Elisa Artigue-Cazcarra, photo : Sébastien Laval.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    Michel Foucault
    Vincent Estellon critique les perspectives moralistes des thérapies comportementales et cognitives Entretien Elisa Artigue-Cazcarra Photo Sébastien Laval
    Lecture des signes du corps P sychologue clinicien, Vincent Estellon est maître de conférences en psychopathologie clinique à l’Université de Poitiers. Il est également praticien en centre médico-psychologique pour adultes d a n s le Val-de-Marne. Spécialiste des sexualités addictives – toxicomanies à l’acte sexuel – il a publié plusieurs articles sur ce thème, notamment «Transgressions, folies du vivre» dans la revue Champs psychosomatiques (2005, éd. L’Esprit du temps) et, dans la revue Cliniques méditerranéennes, «Sexualité précaire et précarité sexuelle» (2005, éd. Erès), «La trans-sexualité, aire transitionnelle du sexuel ?» (mai 2006). L’Actualité. – Dans La Volonté de savoir, Michel Foucault montre comment le pouvoir s’empare de la sexualité qui devient à partir du XVIII e
    tels que Le Livre noir de la psychanalyse, combien le refoulement de la sexualité infantile et même celui de l’idée même de l’inconscient est toujours à l’œuvre. Cela devient encore plus problématique lorsque le politique s’en mêle. Je pense notamment au rapport de l’Inserm sur le «trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent» pour lequel le gouvernement s’est déclaré très intéressé. Ce type de rapport a tendance à invalider l’efficacité de la psychanalyse et prône les t h é r a p i e s comportementales et cognitives (TCC) comme soin valable garanti par l’Etat. S’il faut rééduquer l’humain de ses déviances, je me demande ce que Foucault pourrait écrire aujourd’hui de ces dérives. L a psychanalyse subit actuellement de nombreuses attaques, sur sa scientificité, ses résultats, etc. Quelle place occupe Foucault dans ce débat entre psychanalyse et thérapies comportementales et cognitives ?
    siè-
    cle un enjeu politique. Cette conception est-elle toujours d’actualité ?
    La Volonté de savoir traite de l’énigme de l’origine et la fin de la vie. Un grand nombre d’inhibitions ont un rapport très étroit avec un refoulement familial de la culture de l’énigme du sexuel. Oui, la sexualité est un enjeu politique, c’est encore plus frappant aujourd’hui autour des modalités juridiques qui entourent les nouvelles donnes de ce que l’on appelle «la famille». Or ce qui nous intéresse avec Foucault, mais aussi d’une certaine manière avec Freud, c’est que la sexualité n’intéresse le psychanalyste non pas du côté des comportements, mais du côté de ce qui se dégage du dire de la parole, de l’émanation d’une présence, d’un style où se fait entendre la sexualité infantile. Lorsque Freud, en 1905 (dans Trois essais sur la théorie sexuelle) provoquait des émois dans la bourgeoisie moraliste en parlant de l’enfant comme d’un pervers polymorphe, très intéressé par ce qui touche à la sexualité, le scandale de la psychanalyse avait commencé. On voit bien aujourd’hui, au travers d’ouvrages Vincent Estellon. – 34
    Chez Foucault, il y a un projet d’une nouvelle psychiatrie. Dans Naissance de la clinique, il met en évidence comment la lecture des signes du corps a constitué une extraordinaire expérience de lecture des maladies. Il invite à fonder une psychiatrie où l’anthropologie aurait toute son importance. Pour lui, une psychiatrie qui se calquerait uniquement sur la sémiologie médicale perdrait toute la richesse de ce que l’on désigne sous le terme de «symptomatologie» (avec cette énigme de la double face du symptôme, véritable «formation de compromis» pour Freud). C’est pourquoi ce qui est actuellement en train de se produire du côté de la psychiatrie contemporaine s’inscrit dans une actualité foucaldienne : nous assistons à la fin de la psychiatrie clinique au profit d’un retour à une psychiatrie sémiologique, médicale et répressive, où la parole du malade ne doit être entendue que du côté de ce qu’elle veut dire et où il faudrait pouvoir
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
    éradiquer le symptôme. Les thérapies comportementales et cognitives imposent le modèle de la toutepuissance du thérapeute : un directeur de conscience focalisé sur le côté boiteux du symptôme à réparer, à redresser. Elles s’inscrivent dans une perspective moraliste où le clinicien sait ce qui est bon pour son patient. C’est une négation pure et simple de l’exploration de la langue à l’œuvre dans la psychanalyse. A s s i s t e r a i t - o n au retour d’une forme de puritanisme victorien tel q u e Foucault l’analyse dans les premières lignes de La Volonté de
    génitalité, alors que toutes les parties du corps peuvent devenir érogènes. La clinique de ce que l’on appelait jadis «les perversions» nous enseigne cette propension de certains organes à se révolter contre le primat du génital. Cette capacité subversive est également présente dans l’expérience analytique de l’écoute lorsque l’on commence à s’entendre au sens où l’on peut entendre autre chose dans le dire de ce qui était
    savoir ?
    Si l’humain est de plus en plus surveillé, contrôlé, évalué, rééduqué, la psychanalyse – véritable laboratoire pour apprendre à qui le souhaite de devenir sujet de son désir et non pas esclave de ses besoins – est en ce sens dangereuse lorsque l’Etat ne souhaite pas être confronté à l’opposition d’une pensée. D’une certaine manière, lorsqu’on assiste au projet de l’Inserm de détecter les délinquants à l’âge de trois ans pour les traiter avec des psychotropes, se situe-t-on dans un puritanisme victorien ou bien dans un nouvel eugénisme ? Comment expliqueriez-vous la dualité de la société actuelle où les principes moralisateurs côtoient des références omniprésentes au sexe ?
    «La sexualité n’est souvent pas là où l’on croit imaginer qu’elle se trouve.» dit pour convaincre, dominer ou séduire. L’écoute analytique, sur le mode poétique, amène celui qui s’y exerce à entendre autrement les manifestations du dire, la sexualité des mots. Si j’ai écrit récemment que l’analyste ausculte non pas le corps mais le corps des mots dans la parole, je crois que ce point de vue est très présent dans le style foucaldien. L’organe, c’est aussi la voix, l’instrument de parole. L’association libre est d’essence transgressive par rapport aux règles de fonctionnement (logiques) qui régissent ordinairement le langage. Il est utile – dans cette époque de plus en plus marquée par le triomphe du positivisme scientiste – de ne pas oublier que lorsque le sujet se consume dans une maladie physique ou bien dans une souffrance psychique, seul le transfert (le mouvement anachronique des affects) est potentiellement capable de remettre en circulation ce qui était resté noué. Comment interpréter un rêve si l’on n’est pas capable d’entendre les mots sonner autrement ? Cela implique une capacité de régression dans l’écoute flottante qui accorde aux mots un pouvoir de jeu, un pouvoir de transformation sur le corps. C’est en ce sens qu’il y a dans cette expérience particulière une révolte contre l’utilitarisme, l’obsession de la performance, contre la maîtrise et les répressions éducatives. Car je me suis toujours méfié des personnes qui au nom de «la relation d’aide» savent ce qui est bon pour l’autre. Ce qui est bon pour soi, c’est ce qui reste à découvrir dans un temps et un espace singulier où les rêves de la nuit – véritables énigmes à déchiffrer – peuvent nous donner des indications à ne pas négliger. ■ ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■ 35
    La banalisation du «sexuel» cache en vérité une grande pauvreté du sexuel. Les images qui mettent en avant certaines parties du corps figent la créativité du sexuel. C’est une négation de la création de l’activité fantasmatique. Consommer des images sexuelles participe d’un mauvais projet pornographique. La morale soutient l’obscénité ainsi que la mauvaise pornographie : les interrogatoires des censeurs ne sont là que pour obliger à l’aveu d’une scène sexuelle. A l’exception de certains films tels que Romance X ou Anatomie de l’enfer de Catherine Breillat, par exemple, il est très difficile d’approcher l’énigme du sexuel sans se laisser aveugler par des images qui écrasent la dynamique de l’énigme du désir. La sexualité n’est souvent pas là où l’on croit imaginer qu’elle se trouve. Le sexuel selon Maurice Blanchot ou Pierre Fédida serait plus volontiers repérable dans le fracas, dans quelque chose d’irreprésentable qui destitue l’humain de ses représentations. Votre présentation au colloque portera sur «La révolte des organes». Qu’entendez-vous par là ?
    Il s’agit d’un travail visant à montrer l’imposition d’une organisation partielle de la sexualité, centrée sur la


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (19 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu72avr2006_34-35

Discussion

Aucun commentaire pour “Lectures des signes du corps”

Poster un commentaire