fermer... recherche
DOMINIQUE GUILLEMET
Terres marines
«
ominique Guillemet était un historien de terrain au sens large et au sens noble du terme.» «C’est à partir des réalités concrètes, patrimoniales, paysagères, de la mémoire de l’histoire vécue encore aujourd’hui dans le quotidien, des réalités de la géopolitique contemporaine que Dominique Guillemet s’est construit son territoire de recherche et ses concepts en essayant toujours de lier passé et présent.» Ces mots de Jac-
D
ques Péret ouvrent Terres marines, livre d’hommage à l’historien décédé brutalement en mars 2005 à l’âge de 53 ans (L’Actualité n° 68, avril 2005). Rappelons que ce professeur d’histoire moderne de l’Université de Poitiers fut un membre fondateur du Groupe d’études et de recherches historiques du CentreOuest atlantique (Gerhico). Depuis plusieurs années, il travaillait sur l’histoire de l’Amérique française et sur les lieux de mémoire communs de la Nouvelle-France, ce qui avait donné, entre autres, le superbe livre Champlain ou les portes du Nouveau Monde. Cinq siècles d’échanges entre le Centre-Ouest français et l’Amérique du Nord (Geste éditions, 2004), conçu avec Mickaël Augeron, de l’Université de La Rochelle. Dans Terres marines, Frédéric Chauvaud et Jacques Péret ont rassemblé quarante études organisées autour de trois grands thèmes explorés par Dominique Guillemet : histoire et représentations du littoral ; paysages et territoires ; voyages, mobilité, nouveaux mondes. Une approche plurielle qui lui sied parfaitement, où l’on retrouve des historiens – aussi bien des médiévistes que des modernistes et contemporanéistes –, des géographes, des historiens d’art… J.-L. T.
Presses universitaires de Rennes, 368 p., 24 €
La citadelle de Brouage (CharenteMaritime), où est né Champlain.
MÉMOIRES DE NOUVELLE-FRANCE
A l’initiative de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs et avec le soutien de nombreux partenaires scientifiques et institutionnels, les premières Rencontres francoquébécoises, tenues en 2001 à Poitiers et La Rochelle, ont ouvert un champ de recherche interdisciplinaire de part et d’autre de l’Atlantique (dossiers de L’Actualité n° 55, janvier 2002, n° 65, juillet 2004). Le champ est vaste puisque le territoire de la Nouvelle-France comprend une partie du Canada, la baie d’Hudson, l’Acadie et la Louisiane. En soulignant la «légitimité historique» des deux villes, Didier Poton, professeur à l’Université de La Rochelle et membre de Gerhico, affirme qu’il y a là «un devoir : raviver la mémoire française de l’Amérique». Ce dessein devrait connaître un point d’orgue en 2008 lors du 4e centenaire de la fondation de Québec, la première ville d’Amérique du Nord. Les actes de ces rencontres, Mémoires de Nouvelle-France, réunissent une trentaine d’articles organisés en trois parties, «Partir», «S’établir», «Introduire», plus cinq ateliers et deux tables rondes. L’ouvrage est dirigé par Philippe Joutard et Thomas Wien avec la collaboration de Didier Poton. Presses universitaires de Rennes, 390 p., 22 €
Marc Deneyer
e-Fish D
epuis quelques mois, la criée de La Rochelle expérimente le prototype e-Fish. Cet appareil, dont le nom signifie «évaluation de la fraîcheur par instrumentation des sens humains», a été élaboré au laboratoire Informatique, image, interaction à l’Université de La Rochelle (L3I) sous la direction de Pierre Loonis, maître de conférences. Le projet, qui répond à une demande des ports de pêche de Charente-Maritime (La Cotinière, La Rochelle et Royan) a été développé en étroite collaboration avec les profession-
nels de la filière. L’e-Fish est constitué d’un nez électronique associé à une caméra numérique. La caméra analyse la couleur et le brillant de la robe, de l’œil ou des branchies du poisson tandis que le nez électronique détecte les molécules chimiques (amines, ammoniacs, alcools…) issues de la dégradation des chairs et dont la concentration évolue avec le temps. Le critère de fraîcheur définit, avec la taille, la mise à prix du produit. Cette évaluation est effectuée pour l’instant de façon visuelle et tactile par les
employés des criées. Le procédé e-Fish constituera un outil d’aide à la décision, surtout dans le contexte actuel de développement des achats à distance. Il a déjà fait l’objet du dépôt de plusieurs brevets et le L3I a été récompensé en 2002 par un trophée INPI (Institut national de la propriété industrielle) de l’innovation. L’e-Fish est également lauréat du concours Tremplin-Recherche 2006 organisé par le Sénat pour promouvoir le transfert de la recherche dans la société.
Axelle Parteix
6
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
recherche
MICHEL VALIÈRE
Le conte populaire, approche socio-anthropologique A
près s’être penché sur l’ethnographie, dans un ouvrage paru en 2002, l’ethnographe Michel Valière s’est plus spécialement intéressé au conte populaire dans son dernier livre, Le Conte populaire, approche socio-anthropologique, qu’il inscrit d’emblée dans une anthropologie des pratiques de l’oralité. Il a voulu faire de son ouvrage une «invite à jauger le degré de vivacité d’un genre particulièrement riche et ouvert sur le monde et l’actualité». Remontant au Moyen Age en Europe, Michel Valière retrace le long parcours mené par le conte, ce genre si souvent déprécié, pour parvenir jusqu’à nos jours. Bien que sa disparition avait été prédite par les plus grands à la fin du XIXe siècle, conteurs, collecteurs et bien d’autres encore lui ont permis d’être plus que jamais présent dans notre société. Le point de départ de ce voyage est donc le Moyen Age, époque durant laquelle le conte s’est enraciné en Europe. Bien qu’il n’y était pas encore défini en tant que genre, le conte a très souvent servi de base à des créations littéraires médiévales. Le Romantisme redécouvrit le conte et lui permit enfin d’entrer dans la «littérature». C’est à cette époque encore que, sous l’impulsion des frères Grimm, des collecteurs de nombreux pays se mirent à réunir «pieusement» les richesses de la littérature orale. Le conte connaît depuis l’après-guerre un phénomène de renouveau qui a vu apparaître les conteurs contemporains que l’on appelle plus sou-
En 1984, l’ethnologue Michel Valière enquête sur les jours d’Angles chez Marie-Claire Rabeau, à Anglessur-l’Anglin.
vent les nouveaux conteurs et qui depuis plus de trente ans occupent «le paysage hexagonal». Nombreuses sont les initiatives de promotion des contes et plus largement des arts de la parole. Ce voyage à travers le temps permet à Michel Valière de conclure que le temps des contes n’est pas révolu, bien au contraire : «le temps des contes c’est aujourd’hui». Publié dans la collection Cursus des éditions Armand Colin destinée en priorité aux étudiants et aux classes préparatoires, ce «manuel» se révèle être un formidable outil qui intéressera non seulement les néophytes mais également les spécialistes.
Au-delà de cette présentation diachronique du parcours chaotique du conte, l’ouvrage offre, en effet, la plus large description possible du monde du conte et des pratiques de l’oralité, le contexte (lieu, temps, gestes et voix du conteur, le public, etc.) étant un élément essentiel du genre. Michel Valière s’attarde aussi sur l’évolution des fonctions du conte dans la culture d’aujourd’hui où ses usages peuvent être «festifs, ludiques, pédagogiques, sociaux, thérapeutiques». Il souligne les problèmes liés à l’édition des contes. Si leur publication a joué grandement dans leur survie, elle a soulevé et soulève encore de nombreux problèmes dont le principal est le passage de l’oral – Michel Valière utilise le terme d’orature – à l’écrit d’un genre qui doit tout à l’oralité. Tous les points traités sont amplement illustrés par des exemples français mais é g a l e m e n t du monde entier, Michel Valière concédant une large place au Poitou-Charentes.
Paola da Cunha Ethnographie de la France, ArmandColin, coll. «Cursus», 2002. Le Conte populaire, approche socioanthropologique, Armand-Colin, coll. «Cursus», 2006.
Eric Dessert
Poitevin-saintongeais, images et dynamiques de la langue
L
ROSE VALLAND LA RÉSISTANCE AU MUSÉE
L’historienne Corinne Bouchoux retrace l’itinéraire d’une résistante méconnue qui, en 1940, travaillait au musée du Jeu de Paume à Paris, où les nazis entreposaient les œuvres pillées. Son action a permis d’en sauvegarder. Elle a aussi participé à l’évacuation d’une partie du patrimoine artistique vers des cachettes situées dans l’Ouest de la France. Geste éditions, coll. «Archives de vie», 142 p., 17 €
iliane Jagueneau, spécialiste des langues régionales à l’Université de Poitiers, a coordonné Images et dynamiques de la langue. Poitevin-saintongeais, français et autres langues en situation de contact, ouvrage qui résulte d’une journée d’étude et d’un colloque organisés en 2003 et 2004 par l’Université de Poitiers et l’association Parlanjhe vivant. Les lecteurs de L’Actualité qui suivent la chronique «saveurs» de Denis Montebello pourront poursuivre leur rêverie gourmande et étymologique en lisant l’article de Liliane Jagueneau intitulé «Au-delà des images d’Epinal : le poitevinsaintongeais dans les livres de Denis
Montebello». Citation : «L’écriture fait craquer la langue principale de l’œuvre, le français, sous l’effet d’une autre langue, le poitevin-saintongeais, dont les mots, les expressions, les énoncés s o n t plus cités qu’employés. […] Denis Montebello n’est pas le premier “ n o n - n a t i f ” à adopter le poitevinsaintongeais, mais la nouveauté de ses t e x t e s , discours plus que “récits”, souvent discours sur les mots, rajeunit l’image du parlanjhe, qu’il cultive, torse et détrvire pr lli faere dire daus afaeres que prsoune avét jhamae sunjhai de lli demandàe.» J.-L. T.
L’Harmattan, 258 p., 22 €
7
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
fermer...
Discussion
Aucun commentaire pour “Recherche”
Poster un commentaire