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STÉPHANIE JENOUVRIER
Le devenir de l’empereur E
tudier l’impact des changements climatiques sur la démographie de trois espèces d’oiseaux en Antarctique, tel est le sujet sur lequel a travaillé Stéphanie Jenouvrier au cours de sa thèse au Centre d’études biologiques de C h i z é (CNRS-UPR 1934) dans les Deux-Sèvres. Un travail qui lui a valu d’être distinguée à l’échelle internationale. Elle est en effet la première française à recevoir l’une des quinze bourses d’une valeur de 40 000 dollars décernées conjointement depuis 2000 par l’Unesco et L’Oréal. Ces bourses permettent chaque année à de jeunes chercheuses de poursuivre leurs travaux dans un laboratoire d’accueil à l’étranger. Dans ce cadre, Stéphanie Jenouvrier rejoindra pour deux ans la Woods Hole O c e a n o g r a p h i c Institution (WHOI, Massachussetts, USA). Elle associera sa connaissance du système antarctique et des méthodes d’analyses démographiques à l’expertise du WHOI en matière de modélisation de la dynamique des populations. But de ces recherches : développer de nouveaux outils méthodologiques (leur déficit actuel représente un handicap majeur pour les recherches sur la biodiversité et sa dynamique) afin d’établir des scénarios prédictifs. La connaissance de l’impact du réchauffement sur les espèces se révèle en effet indispensable pour appréhender leur devenir. En seulement quelques décennies, le climat s’est réchauffé à une vitesse plus importante qu’au cours des derniers millénaires et ces fortes anomalies, en partie reliées aux activités humaines, ont profondément affecté l’écosystème antarctique. Ainsi, la fonte des pôles s’accélérant, les ressources ne cessent de diminuer et, par là même, la taille de la population des espèces étudiées (fulmar antarctique, pétrel des neiges et manchot empereur). La prise de conscience des conséquences sur les communautés animales et leur écosystème est malheureusement trop lente par rapport à la rapidité de ces changements. Si «chaque espèce possède ses particularités qui la rendent attachante», le manchot empereur est devenu, grâce au film La Marche de l’empereur, une espèce charismatique, ce qui pourrait aider à sensibiliser un public plus large à ces problèmes.
Axelle Parteix
Katell Pierre
Blocus des universités : le «modèle poitevin»
Le mouvement anti-CPE qui secoue toujours la France au moment où nous bouclons cette édition focalise l’attention des médias nationaux sur Poitiers, de manière inattendue et positive. Ainsi, le 23 mars 2006, le journal Le Monde titrait une double page : «Le modèle poitevin». En fait, les actions ont débuté dès le 9 janvier avec les étudiants en sciences et techniques du sport
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qui protestent contre la réduction du nombre de postes ouverts au Capeps. Et depuis le 13 février, les étudiants mobilisés contre le CPE votent le blocus de l’université. Ce qui étonne les observateurs, c’est la maturité avec laquelle ils gèrent ce mouvement de grande ampleur, leur souci de respecter les règles démocratiques élémentaires, mais aussi leur imagination – presque chaque jour
une nouvelle action originale – et leur humour potache. Par exemple, dans les manifestations les membres du service d’ordre ont le nez peint en rouge tandis que d’autres lancent des slogans complètement décalés et détournent des classiques de la chanson française… Ce qui fait dire à Libération (11 mars) : «La ville semble être tombée sous le charme des étudiants.» J.-L. T.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
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JEAN-PAUL SALLES
Une histoire de la Ligue
oici un livre qui remuera des souvenirs chez beaucoup. Jean Paul Salles, qui enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de La Rochelle, vient de publier aux Presses universitaires de Rennes La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981), instrument du grand soir ou lieu d’apprentissage ?, ouvrage adapté de sa thèse de doctorat soutenue en 2004 à la Sorbonne sous la direction de Michel Dreyfus, elle-même issue d’un mémoire de DEA à l’Université de Poitiers. C’est le premier véritable travail historique de fond consacré au mouvement trotskiste. «Il y a eu des articles, des mémoires, jamais de thèses. Mais la réelle originalité de mon livre réside ailleurs : j’ai travaillé essentiellement sur des documents.» Jean-Paul Salles connaît bien son sujet : avant 1968,
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il fut sympathisant de la Jeunesse communiste révolutionnaire alors qu’il était étudiant à Toulouse, puis adhérent de la Ligue de 1969 à 1978, au Havre et ensuite à La Rochelle. «J’ai utilisé d’abord mes archives privées. J’ai tout gardé ! D’abord la collection de Rouge, l’organe de la LCR, que j’ai étudiée de manière exhaustive, ainsi que les bulletins internes, les circulaires du bureau politique et du comité central, les comptes rendus des commissions (femmes, jeunes, SNCF, etc.) qui organisaient le travail militant. Et j’ai rencontré d’autres anciens militants dans tous les coins de France, comme Gérard Filoche, devenu inspecteur du travail et membre de la direction du PS, qui lui aussi a tout gardé.» Jean Paul Salles a aussi recouru à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Nanterre, qui détient un fonds important d’archives de mouvements révolutionnaires. «J’ai consulté bon nombre de documents comme les bulletins internes pour les congrès locaux qui non seulement n’étaient pas destinés à être rendus publics, mais dont le tirage était limité et numéroté et qui devaient en principe retourner à l’organisation.» La LCR avait en effet un aspect d’organisation clandestine, dû en partie aux conditions de sa création, après la dissolution de la Ligue communiste le 21 juin 1973, suite à des incidents violents lors d’un meeting de l’organisation d’extrême droite Ordre nouveau. Les militants utilisaient des pseudonymes, protection vis-à-vis des autorités mais aussi du Parti communiste, ennemi historique. «Nos militants ouvriers devaient affronter l’hostilité du Parti à
L’ouvrage de Jean-Paul Salles a reçu un bon accueil chez ses anciens camarades : «Contrairement à d’autres organisations, la Ligue ne considère pas comme des renégats ceux qui la quittent. L’organisation n’est pas une fin en soi, on continue à vous dire bonjour dans la rue. La LCR a toujours eu le souci du débat et de l’expression d’avis différents. Il s’agissait de se différencier du stalinisme, et de montrer que
l’organisation d’un parti communiste est compatible avec le débat.» Un reproche récurrent entendu par Jean-Paul Salles est de réduire la Ligue à avoir été l’école de formation du PS, dont bon nombre de dirigeants et de cadres actuels sont d’anciens liguards. «Ils ne sont pas tous partis chez les socialistes, on trouve d’anciens militants de la Ligue un peu partout. J’en ai même rencontré un qui a abouti au Front national.»
égalité avec celle du patronat. Quand un patron repérait un sympathisant ou un militant de la Ligue son souci était de le virer le plus tôt possible, et ceux qui étaient repérés par les “staliniens” étaient exclus de la CGT. J’ai vu ainsi une lettre poignante d’un ouvrier de Peugeot à Besançon, qui explique pourquoi il donne sa démission de la LCR. Etre connu comme liguard lui rendait la vie impossible, et il démissionnait tout simplement pour sauver sa peau !» Les témoignages de militants et d’anciens militants constituent l’autre particularité du travail de Jean-Paul Salles. «Je n’ai rencontré ni Alain Krivine, ni Henri Weber. Tous ceux qui ont écrit sur la Ligue ont été les voir et leur témoignage finissait par manquer de fraîcheur. J’ai privilégié les militants de base, je me suis intéressé à la “ligue d’en bas”, comme dirait Jean Pierre Raffarin.» La thèse qui sous-tend l’ouvrage de l’universitaire rochelais, c’est que la Ligue a été un lieu d’apprentissage. «Il y avait un souci de transmettre le legs intellectuel issu des œuvres de Marx, Lénine et Trotsky. Dans chaque grande ville, une école de formation de la Ligue organisait des réunions régulières et des stages, et chaque été la direction nationale organisait aussi des stages. Au programme, des leçons souvent répétitives, sur le capital, la société de classes, l’histoire du mouvement ouvrier, le stalinisme, et c’est seulement quand le stagiaire avait acquis ce patrimoine qu’il pouvait devenir militant à part entière. Il s’agissait bien d’un apprentissage intellectuel.» Jean-Paul Salles évoque l’activité éditoriale intense de l’organisation. «La Ligue a publié un nombre incalculable de brochures et de bulletins. Il s’agissait aussi d’ouvrir les militants à la culture, et dans Rouge la rubrique culturelle était copieuse et de qualité. Au bilan, la Ligue a été une école de formation qui a permis à nombre de jeunes, rétifs par rapport au système officiel, d’accéder à des connaissances. Ils préféraient écouter les camarades dans les stages d’été que de vieux profs.»
Jean Roquecave
Presses universitaires de Rennes, 432 p., 22 €
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Thierry Girard
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
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