fermer... Michel Foucault
Rue de la prison et de la «séquestrée» A
u 10 de la rue Arthur-Ranc, à Poitiers, une plaque apposée près de l’entrée indique : «Maison natale de Michel Foucault (1926-1984). Historien et philosophe. Professeur au Collège de France.» Cette plaque a été dévoilée le 23 mai 2003 par le maire de Poitiers, Jacques Santrot, qui notait à cette occasion : «L’histoire commune de Michel Foucault et de Poitiers a pu, par le passé, s’apparenter à un concours d’actes manqués.» La ville a longtemps semblé ignorer qu’elle avait vu naître un intellectuel hors du commun mais il est vrai que celui-ci parlait très peu de sa ville natale. Il faut bien chercher dans Dits et écrits pour trouver quelques lignes sur son enfance et son adolescence. Pourtant, Michel Foucault a vécu dans cette maison jusqu’à l’âge de 18
ans, avant d’aller à Paris, au lycée HenriIV, pour préparer le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure. Ce silence nous autorise à signaler des coïncidences pouvant paraître anecdotiques mais qui collent parfaitement aux problématiques «foucaldiennes». En effet, ce fils de chirurgien qui écrit de grands livres comme Naissance de la clinique, Histoire de la folie à l’âge classique , Surveiller et Punir, vivait dans la rue de la «séquestrée de Poitiers» – l’affaire qui éclata en 1901 est restée célèbre grâce au livre d’André Gide (1930). En outre, cette rue abritait le couvent des Visitandines qui, en 1793, fut transformé en prison départementale, puis démoli en 1904 pour y c o n s t r u i r e la nouvelle poste (19101913). Et, depuis 2002, la maison natale accueille deux services du ministère de la Justice : la Protection judiciaire de la jeunesse et le Service pénitentiaire d’insertion et de probation. Une nouvelle rue de Poitiers porte le nom de Michel Foucault depuis 2002. Elle est située dans le quartier du Pâtis, face au CHU. Son nom a également été donné à la cité internationale du Crous, inaugurée en septembre 2005. Où se trouve-t-elle ? Au bord du Clain, dans l’enceinte de l’hôpital Pasteur… dans l’ancien pavillon des «incurables». J.-L. T.
COLLOQUE, SPECTACLE, PUBLICATION
Sous l’impulsion de Jean-Michel Passerault, directeur de l’UFR sciences humaines et arts de l’Université de Poitiers, le colloque consacré aux usages et enjeux contemporains de l’œuvre de Michel Foucault est pluridisciplinaire et organisé par quatre laboratoires de recherche (Centre de recherche sur Hegel et l’idéalisme allemand, Groupe d’études et de recherche historiques du Centre-Ouest atlantique, Savoirs, cognition et rapports sociaux, Recherche en psychopathologie clinique). Du 31 mai au 2 juin, les sessions se tiendront à l’Hôtel Fumé et à l’Espace Mendès France. Secrétariat du colloque : marie.laure.lochin@univ-poitiers.fr Le 1er juin à 20h30 au Théâtre, spectacle mis en scène par Jacques David : «Enfance, piège à adultes, questions à Michel Foucault», suivi d’un débat animé par Jean-Paul Géhin. Les actes seront publiés début 2007 par les Presses universitaires de Rennes, sous la direction de Frédéric Chauvaud.
DOSSIER DE L’ACTUALITÉ
Dans le précédent dossier consacré à Michel Foucault, L’Actualité Poitou-Charentes (n° 51, janvier 2001) a publié les témoignages de Denys Foucault (son frère), Louis Girard, Jacques D’Hondt, Jean Demélier et de Poitevins pour lesquels la lecture de ses livres fut déterminante.
Maison natale
Marc Deneyer
de Michel Foucault située à l’angle de la rue Arthur-Ranc et du boulevard de Verdun à Poitiers.
« Autre chose qu’un immeuble» D
ans la maison natale de Michel Foucault travaillent 14 personnes du Service pénitentiaire d’insertion et de probation et 6 personnes de la Protection judiciaire de la jeunesse. Marc Poupart était alors directeur du Spip – il prépare actuellement une thèse de doctorat sur le thème «Eduquer en prison et/ou sanctionner dans la communauté» sous la direction de Michel Massé. «Quand nous avons appris qui était né ici, dit-il, cela nous a donné un élan. C’était autre chose qu’un immeuble et nous avons tenu à conserver le cachet des lieux. En effet, Michel Foucault est une référence majeure pour tous ceux qui s’interrogent sur l’enfermement. Dans Surveiller et Punir, mais aussi dans Histoire de la folie à l’âge classique, il offre une grille de lecture de l’enfermement.» Blandine Pottier, actuelle directrice, confirme en soulignant que Michel Foucault est désormais au programme de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire : «Notre administration a beaucoup évolué depuis trente ans mais la problématique de l’enfermement reste la même. Et dans ce domaine, personne n’a remplacé Michel Foucault pour ce qui est de la réflexion philosophique.»
36
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
hommage
RENÉ AIGRAIN
Fantastique érudit
«
on frère prenait des cours de latin et de grec chez le chanoine Aigrain, qui lui prêtait des volumes de sa bibliothèque très fournie», affirme Denys Foucault en évoquant l’adolescence de son frère Michel (L’Actualité n° 51). Quelques Poitevins se souviennent du chanoine, ce fils de tailleur de pierre né et mort à Poitiers (1886-1957). Le dévoilement d’une plaque commémorative sur sa maison a ravivé, en 2005, le souvenir de cet homme dont l’érudition a fasciné plusieurs générations de jeunes gens. Dans une conférence donnée à la médiathèque de Poitiers, le médiéviste Robert Favreau a retracé le «parcours hors de l’ordinaire» du chanoine qui lui fut d’un grand secours lorsqu’il préparait le concours d’entrée à l’Ecole des chartes. Il le décrit ainsi : «Des capacités intellectuelles exceptionnelles, prodigieuse mémoire et vive intelligence, avec de sévères limitations physiques, une culture largement autodidacte, une grande curiosité d’esprit qui l’a fait
M
Marc Deneyer
exceller dans les domaines de l’histoire, de la littérature, de la musique.» Robert Favreau cite aussi l’académicien Emile Faguet : «Allez à M. Aigrain, il a tout lu et tout retenu. C’est un homme de la Renaissance, un de ces philosophes prodigieusement informés, critiques et agiles, un Erasme, un Scaliger, un Budé, mais avec l’esprit ferme et l’âme chaude d’un prêtre catholique.» Maître de chapelle et organiste de SainteRadegonde, René Aigrain était passionné par la littérature et la musique. Ses maigres ressources ne lui permettant pas d’acheter tous les livres et disques qu’il souhaitait, il a tenu pendant une trentaine d’années la chronique littéraire et musicale du Journal du Centre et de l’Ouest, façon d’obtenir un service de presse intégral. Et de se faire deux noms dans le milieu, des pseudonymes : Jean-Jules Popinot pour la littérature, Sylvain Pons pour la musique, soit deux personnages balzaciens au physique ingrat. Robert Favreau note cependant : «Son œuvre n’a pas été tout à fait à la hauteur de ses dons exceptionnels, car il s’est beaucoup dispersé, tant sa curiosité était
Le 19 octobre 2005 à Poitiers, une plaque commémorative a été dévoilée au 33, rue Cornet, sur la maison du chanoine Aigrain. Son nom a été donné au square situé au chevet de l’église Sainte-Radegonde.
universelle. L’axe de son œuvre est très clair : c’est l’histoire de l’Eglise des premiers siècles, et la recherche, sans concession, de la vérité, à partir des meilleures sources.» René Aigrain travaillait donc en scientifique, ce qui n’avait rien d’évident à une époque où l’Eglise condamnait les modernistes – ce dont il a pâti. Rappel o n s que Mgr Olivier de Dufort de Civrac de Lorges, évêque de Poitiers entre 1918 et 1933, était favorable à l’Action française. C’est seulement en 1934 que René Aigrain devint chanoine de Sainte-Radegonde. Le 19 octobre 2005, Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, déclarait dans son hommage : «Le chanoine Aigrain, si connu à travers le monde entier comme chercheur et comme savant, n’a pas obtenu de l’Eglise la place que, normalement, il aurait pu attendre.» Il fournit deux raisons qui expliquent «l’interminable querelle du modernisme» : «Une science autonome par rapport à l’idéologie religieuse qui prétendait l’utiliser et par rapport à un pouvoir qui voulait la régenter de l’extérieur.» «La recherche a toujours fait peur et pas seulement dans l’Eglise», dit-il en exprimant une crainte pour notre époque, qui « s o n n e comme un avertissement» : «Nous vivons un moment où il nous faut garder, à tout prix, ce droit de la recherche, cette liberté critique, même dans l’Eglise. […] Il ne faudrait pas qu’un nouveau conservatisme intellectuel fortifie un conservatisme social.» J.-L. T.
37
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 72 ■
fermer...
Discussion
Aucun commentaire pour “Rue Arthur-Ranc, René Aigrain”
Poster un commentaire