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JEAN-PIERRE PAUTREAU
La découverte des esprits D
epuis 1985, Jean-Pierre Pautreau part chaque année en Asie du SudEst pour y fouiller le sol. Directeur de recherche au CNRS (UMR 6566), le préhistorien poitevin dirige actuellement la mission archéologique française au Myanmar (Birmanie), associée au musée Guimet et financée par le ministère français des Affaires étrangères. C’est lors d’un mission en Thaïlande initiée par l’anthropologue B. Vandermeesch et l’archéologue M. Santoni qu’il eut la révélation de l’Asie. «Le coup de foudre fut immédiat pour ce pays, dit-il, mais aussi pour le Laos, le Cambodge, le Vietnam, le sud de la Chine. J’y ai trouvé un monde rural où les gens semblent vivre hors du temps.» D’un point de vue strictement archéologique, la tâche à accomplir est considérable puisque la préhistoire de certains de ces pays (Myanmar, Laos, Combodge) est peu étudiée donc peu connue : «C’est comme si nous étions à l’époque de Napoléon III en train de chercher les vestiges de nos ancêtres les Gaulois. C’est très excitant. Nous posons les bases pour les chercheurs des générations à venir, parmi lesquels les jeunes archéologues asiatiques qui participent à nos c a m p a g n e s . » Ainsi, au Myanmar, l’équipe travaille sur le passage du Néolithique aux âges des métaux, et jusqu’à la fin de la préhistoire. Cela devrait permettre de mieux cerner l’évolution des premières civilisations agricoles et métallurgiques, l’influence de l’hindouisme et du bouddhisme, les échanges avec l’Inde et la Chine. Les archéologues fouillent principalement des sépultures, ce qui n’est pas toujours acceptable pour les populations locales, même si les squelettes mis au jour ont 2 000 ans. Par exemple en Thaïlande, où l’on pratique la crémation, Jean-Pierre Pautreau eut à régler des situations délicates qui lui ont permis de réviser son jugement sur l’animisme – il affirme en effet que, dans le nord de la Thaïlande, le bouddhisme n’a pas réduit le fond animiste des gens. «On fait appel aux moines mais aussi aux chamans parce que les esprits sont omniprésents. J’ai appréhendé très tôt cette dimension spirituelle et j’ai constaté que cet animisme-là était une chose beaucoup plus complexe – et fascinante – que je l’imaginais. L’ancrage très fort de l’animisme m’est apparu en 1996. Avec Patricia Mornais, nous venions de mettre au jour une tombe d’enfant. Le bloc contenant le squelette a été transporté à la maison de fouilles où l’on travaillait mais les propriétaires ont vivement protesté. Des gens cultivés : la femme était proviseur d’un grand lycée de Chiang Mai, son mari avait un poste équivalent à nos sous-préfets et le fils était médecin. Ils étaient très mécontents parce que, le squelette n’étant pas brûlé, les esprits de l’enfant allaient hanter la maison et la rendre invendable à jamais. Après avoir fait intervenir des amis thaïlandais, j’ai finalement payé une cérémonie d’exorcisme afin que les esprits quittent la maison. Et nous avons pu continuer notre travail. Par la suite, dès qu’il était question de fouiller une sépulture, nous avons sollicité les services de bonzes qui organisaient une cérémonie avec les gens du village pour chasser les esprits.»
Jean-Luc Terradillos
Chantier de fouilles à Htan Ta Pin (Myanmar), février 2006.
Jean-Pierre Pautreau
ETIENNE PATTE
Archéologue de l’Indochine F
ils de notaire, né à Pontoise en 1891, Etienne Patte entre à Polytechnique en 1912. Il se destine à une carrière militaire. En 1914, il est mobilisé en Macédoine et cette expérience de la guerre lui prouve que sa vocation n’est pas dans les armes. Passionné par les sciences, en particulier la géologie et la préhistoire, l’officier d’artillerie coloniale demande à être détaché en Indochine. De 1921 à 1927, il travaille pour le service géologique de l’est du Tonkin et accomplit une œuvre de pionnier en ce domaine qui lui
fournit le matériau de sa thèse (1927). Ensuite, il est nommé professeur à la faculté des sciences de l’Université de Poitiers, dont il deviendra le doyen. Avant sa mort, en 1987, il fait don d’une partie de ses collections archéologiques à la ville et, en 2003, Genevière Patte donne les archives de son père aux musées de Poitiers. Notons qu’Etienne Patte a publié en 1929 un livre intitulé : Renseignements pratiques sur l’Indochine, spécialement le Tonkin, à l’usage du voyageur naturaliste et de l’explorateur.
THIERRY GIRARD
a photographié le Japon, le Maroc, longé le cours du Danube, traversé la France de la Méditerranée à la mer d’Iroise, parcouru les frontières du Poitou-Charentes. De 2003 à 2006, il a suivi l’itinéraire de Victor Segalen en Chine («La Grande Diagonale», L’Actualité n° 64). Ci-contre : Zhou Bima, village de Wa Kua au bord du lac Lugu en pays Mosso, Sichuan. 25 février 2006.
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