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ULYSSE, SYLVIE ET ALAIN SOULAT
Un tandem au long cours E
lle poursuit seule le voyage. Elle en préserve le souvenir et les images, elle raconte, fait des conférences. Pour son fils d’abord, pour elle, et parce que le périple fut incroyable : pendant six ans, de 1997 à 2003, Sylvie et Alain Soulat – désormais séparés – ont roulé à tandem autour de la Terre entraînant dans l’aventure le bien nommé Ulysse, âgé de deux ans au moment du départ. Ils sont partis, plutôt sportifs, complices, curieux d’entendre la voix du monde. «On avait envie d’aventure, se souvient Sylvie Soulat, envie de connaître d’autres cultures, on est allés au contact des hommes et de la nature, humblement.» En Charente, d’où le couple est originaire, l’infirmière et le pompier d’alors ont peu à peu construit cette envie de grand départ. Ils aimaient l’effort et la balade, le tandem et les séjours lointains. Après l’Europe, il y eut des échappées de plus en plus longues vers l’Afrique et l’Amérique du Sud. En 1997, après une préparation minutieuse – technique, financière – et une remorque ajoutée pour embarquer Ulysse, Alain et Sylvie ont franchi la ligne de l’inoubliable. Australie, Indonésie, Asie, Afrique, les Amériques du Sud et du Nord, en tout quelque 38 pays visités et 65 000 km parcourus à la force des mollets... avec plus
Autour du monde avec Ulysse, une odyssée familiale à tandem, Sylvie et Alain Soulat, éditions Stanké, Outremont, 2003.
de 180 kilos tractés par monts et par altiplano. Le décompte, pourtant, semble dérisoire au regard des apprentissages : des rencontres vraies avec les gens de partout, attirés par la simplicité et l’audace de l’équipage. «On allait tout de suite à l’essentiel, souligne la voyageuse. On a appris à sentir les pays, à ne pas tout prévoir... Le propre du voyage, c’est de laisser faire les choses. On a acquis une autre philosophie du temps.» Tente spartiate ou palaces... offerts, églises ou écoles, les hébergements, la durée des haltes, ont varié autant que les décors ou les langues. Au fil des ans, les voyageurs ont écrit, vendu des images, témoigné au jour le jour dans les médias locaux, des plaisirs et des douleurs de la longue route, de la fatigue qui parfois les harassait. Froid,
vent, altitude furent des freins à la course du tandem autant que les contextes violents, pakistanais ou péruvien. Mais les êtres et les paysages valaient toutes les expéditions. Les animaux d’Afrique aussi qui surprenaient l’enfant... devenu écolier nomade. Avec le temps, les bagages familiaux se sont alourdis de cours pour Ulysse, collectés d’ambassade en ambassade. Un jour enfin, après six ans d’un quotidien hors du commun, la famille Soulat a renoué avec la Charente. Et s’est dénouée. «Cela fait partie du voyage, de notre vie.» Sylvie Soulat dit encore la difficile réadaptation à l’ordinaire des jours, et l’énergie, intacte, qui l’entraînera vers de nouvelles odyssées.
Astrid Deroost
GODEFROY CHICARD, «CHEVALIER APÔTRE»
Né en 1834 à Paizay-le-Sec (Vienne), Pierre-Célestin Chicard, qui se rebaptisa précocement Godefroy, en hommage au Moyen Age et à Godefroy de Bouillon, hésitait en ses jeunes années entre les nobles carrières de moine, de bandit d’honneur ou de chevalier errant. Il fut finalement missionnaire au Yunnan. Il y resta de 1860 à sa mort, survenue en 1887 à Tchao-Tong. Il n’a laissé aucun ouvrage
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relatant son long séjour dans cette province lointaine de l’empire chinois, à une époque où les étrangers, et tout particulièrement les missionnaires, n’étaient pas les bienvenus. En revanche, ses proches et ses supérieurs ont rassemblé, sous la plume du R.P. Drochon (Un chevalier apôtre, Célestin-Godefroy Chicard, Paris, 1889) de nombreux extraits de sa correspondance. Au-delà du personnage pittoresque que fut le père Chicard (il se rêvait en gentilhomme poitevin
administrant outre-mer une seigneurie médiévale entourée d’infidèles) et du style convenu de son biographe, on y découvre un excellent homme, poète d’habitude (dans la manière d’Hugo et d’Augustin Thierry réunis), fumeur invétéré, pas toujours facile, aux prises avec les réalités de la vie quotidienne dans une province frontalière, traversée par des raids de peuplades allogènes, tels les Lolos et les Miao-Tsé. C’est souvent passionnant. Jean-Paul Bouchon
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
Concordia
JEAN-FRANÇOIS JURVILLIER
Plombier en Antarctique
«
herche plombier-chauffagiste pour le pôle sud.» Jean-François Jurvillier se rappelle, dans un sourire, l’annonce publiée par Le Bien Public. Elle lui a valu douze mois d’un premier exil blanc et volontaire : «Depuis l’enfance, j’étais attiré par les pôles. Pour être choisi, il fallait juste être fort dans sa tête, en bonne santé.» C’était courant 2004. Quatre mois après l’entretien d’embauche et quelques tests notamment psychologiques, le plombier de Soyaux, coutumier des ouvrages atypiques, volait en compagnie de cinq autres personnes vers Hong Kong et l’Australie. Puis, après six jours de mer hurlante et rugissante à bord de l’Astrolabe, bateau de l’Institut polaire Paul-Emile-Victor, et un ultime vol, l’équipe rejoignait enfin Dôme C (comme) Concordia, la station scientifique franco-italienne nouvellement érigée en Antarctique. Comme ses camarades de route, JeanFrançois Jurvillier venait participer à la fin d’un chantier lancé en 1996. Son rôle : travailler à l’installation du chauffage, à l’alimentation en eau d’une base destinée à accueillir des chercheurs en astronomie, glaciologie, chimie de l’atmosphère, etc. Une station perchée à plus de 3 200 m d’altitude sur la calotte polaire, éloignée des côtes de plus de mille kilomètres, sans
C
flore, ni le moindre manchot à contempler. Le premier séjour du Charentais a duré de décembre 2004 à décembre 2005. Il repart en novembre prochain pour cinq ou six mois afin de mettre en place le système de ventilation. «Là-bas, explique-t-il, les problèmes sont décuplés en raison des températures qui peuvent aller jusqu’à - 78 °c. Si on ne dispose pas du matériel pour réparer, l’arrêt, même court, d’une chaudière peut créer une vraie catastrophe.» La glace que l’on transforme en eau potable (recyclée après usage), des tuyaux isolés dans des caissons chauffants, le caractère sportif de toute intervention extérieure... Jean-François Jurvillier a aimé se colleter avec les défis techniques et quotidiens. Et surtout, il a touché du doigt son rêve de «grand désert blanc», inaccessible au commun des voyageurs. Il a fait des balades-découvertes, forcément courtes et accompagnées, pris des centaines d’images de l’infiniment grand, de la nuit totale, des aurores australes. Il a guetté, comme tous ses camarades «hivernants» – et après neuf mois d’isolement complet –, le rare convoi de ravitaillement en provenance de Dumontd’Urville. Il usé sa demi-heure téléphonique hebdomadaire, surfé sur Internet...
Enfin, le plombier a profité de ce temps à part, gelé, différent, pour apprendre sur le monde, sur lui et sur les autres. «Aujourd’hui, explique-t-il, je me sens plus calme, plus humble. Là-bas les scientifiques et les techniciens sont au même niveau. On a tous besoin les uns des autres, on apprend à accepter chaque personne comme elle est.» Concordia la juste nommée... Jean-François Jurvillier y retourne avant tout pour cet «esprit polaire» cher à son aventure humaine.
A. D.
CONCORDIA, STATION PERMANENTE
Concordia, troisième station scientifique permanente au cœur de l’Antarctique avec celles d’Amundsen-Scott (Etats-Unis) et de Vostok (Russie), est une base franco-italienne située à quelque 17 000 kilomètres de Paris. Fruit d’une collaboration entre l’Institut polaire Paul-Emile-Victor (IPEV) et le programme national de recherche en Antarctique (PNRAItalie), elle est entrée en premier hivernage en février 2005 avec à son bord douze hommes et une femme. L’équipe franco-italienne était alors composée de scientifiques, de techniciens (plombierchauffagiste, mécanicien, radio), d’un médecin et d’un cuisinier. La mission scientifique a pour but de lancer des programmes de recherche en astronomie, glaciologie, chimie de l’atmosphère, sciences de la terre, microbiologie, et en médecine. Concordia, station de 1 500 m2 habitables, est précisément située à 75°06’S et à 123°21’E. Dumontd’Urville (France) et Casey (Australie) se trouvent à environ 1 100 km au nord. Conditions météo : faibles vitesses de vent, très faibles précipitations neigeuses, températures moyennes de – 30°C en été et de– 80°C en hiver. Sources : www.ifremer.fr www.recherche.gouv.fr
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