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Guyane

Guyane – Pierre Ignace Pelleprat chez les Galibis. Par Julie Carpentier, étudiant en master 2 à Poitiers. Photo : Sébastien Laval ;

Emile Arthur Thouar, un Rétais à la découverte du Gran Chaco bolivien. Par Mireille Tabare, photo : Benjamin Caillaud.

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    Guyane
    Photographie de la mission Crevaux, 1880-1881. Coll. Société de géographie de Rochefort.
    PIERRE IGNACE PELLEPRAT
    Chez les Galibis P
    ierre Ignace Pelleprat (1606-1667) commence, à l’âge de 17 ans, son noviciat chez les jésuites de Bordeaux. Il y prononce ses vœux en 1625, puis accède à la prêtrise en 1633, avant d’exercer à Périgueux. En 1637, il devient aumônier de la marine et s’installe à Fontenay-le-Comte. Cette proximité de la mer lui permet de mesurer les besoins missionnaires aux Antilles. Pelleprat entend parler d’horizons lointains, de peuples païens et «sauvages» à christianiser. En 1638, il prononce ses vœux de coadjuteur spirituel à La Rochelle et devient exorciste à Loudun. C’est à ce moment que François Fouquet, l’un des principaux actionnaires de la Compagnie des îles d’Amérique, intervient en 1639 pour faciliter l’envoi des premiers jésui-
    La réédition de l’ouvrage de Pierre Pelleprat est à paraître en 2006-2007, avec une introduction de Réal Ouellet. Bernard David, Dictionnaire biographique de la Martinique: le clergé, t 1, 1635- 1715, Société d’histoire de la Martinique, 1984. 52
    tes français en Amérique. Prédicateur à M a r e n n e s (1641-1642), puis à Pau, Pelleprat finit, après maintes requêtes, par quitter La Rochelle pour les Antilles en 1651 : il est chargé d’établir, aux côtés du père Denys Mesland, une mission continentale dans la région des Guyanes. Les jésuites sont installés à la Martinique depuis six ans. Il s’agit de jeunes gens, généralement issus d’un milieu aisé et bien formés, qui témoignent d’une ouverture indéniable aux pratiques linguistiques, d’une capacité d’adaptation aux milieux rencontrés, d’une grande aptitude à connaître de nouveaux pays, à observer les mœurs et les croyances de leurs habitants, afin de les guider plus aisément vers la foi chrétienne. Ils prêchent, éduquent, catéchisent en douceur, par la persuasion et l’exemple, en prenant tout le temps nécessaire, afin que la conversion soit durable et profonde, à l’opposé d’anciennes pratiques de christianisation fondées surtout sur la force et la violence. Arrivé en Terre Ferme (Guyanes et Venezuela), Pelleprat apprend la langue des Galibis et enseigne le catéchisme à l’aide d’illustrations. Se faire entendre et transmettre la doctrine chrétienne sont pour lui essentiels. La maîtrise de la langue peut également être vue comme un moyen de «vaincre» par la parole. C’est ainsi que Pelleprat commence à rédiger sa relation en y ajoutant un dictionnaire thématique, dans lequel on trouve «les termes dont on a le plus besoin dans la conversion des Galibis». Les Galibis, issus du groupe linguistique Caraïbe, vivaient sur le littoral, essentiellement entre l’Approuague (fleuve de Guyane) et le Surinam. Pelleprat a de grands desseins pour convertir les Indiens. Il veut organiser une c o l o n i e française dans la région de l’Ouarabiche (Guyane), y installer des collèges pour les garçons, des pensionnats pour les filles et encourager l’étude des langues indigènes par les missionnaires. Son supérieur et ses confrères combattent ses projets qu’ils jugent irréalisables et voués à l’échec en raison du mauvais choix de l’emplacement. Au cours d’un bref retour à Paris, en 1655, Pelleprat publie sa Relation des missions des PP. de la Compagnie de Jésus
    dans les isles et dans la terre ferme de l’Amérique méridionale divisée en deux parties, avec une introduction à la langue des Galibis sauvages de la terre de l’Amérique et la dédicace au surintendant des finances afin d’obtenir un appui solide pour sa prochaine mission. Il en profite pour exposer son plan au général Nickel et lui demande son soutien. Une compagnie pour la colonisation de la Terre Ferme se forme. De retour en Amérique, ne trouvant pas l’embouchure de l’Ouarabiche, Pelleprat s’établit plus loin, sur la rivière Ouanantigo, auprès des Indiens Arotes et Arouages, et y construit un fort, baptisé Sainte-Anne. Un succès de courte durée. Après une attaque des Espagnols, les colons, ne voyant arriver aucun secours, quittent le fort et rentrent en Martinique. Mais leur bateau fait naufrage sur la côte jamaïcaine, d’où Pelleprat passe à Cuba, n’osant pas revenir aux îles après la faillite de l’entreprise. Il s’exile au Mexique en 1658, auprès des Amérindiens Taraumeras. La vie de Pelleprat est donc marquée d’un nomadisme permanent. Accusé d’espionnage au profit du roi de France, emprisonné à plusieurs reprises, on lui refuse son retour en Europe. D’échec en échec, de désillusion en désillusion, il finit sa vie à Puebla de Los Angeles, en 1667. Julie Carpentier
    Julie Carpentier va soutenir un master 2 à l’Université de Poitiers intitulé «Préjugé racial et projet colonial : regards sur l’indien Caraïbe» (dir. Sébastien Jahan).
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
    Sébastien Laval
    Paraguay
    EMILE ARTHUR THOUAR
    Un Rétais à la découverte du Gran Chaco bolivien I l connut, en son temps, une certaine notoriété pour ses expéditions dans les immenses étendues inconnues et sauvages du Gran Chaco, à la croisée de la Bolivie, du Paraguay et de l’Argentine. Personnage énigmatique, critiqué par certains sur la portée réelle de ses exp l o i t s , Emile Arthur Thouar est aujourd’hui oublié. On sait qu’il est né en 1853 à Saint-Martinde-Ré, dans une famille plutôt modeste – son père était bourrelier –, qu’il a fréquenté le lycée de La Rochelle, puis entamé des études de médecine. On le retrouve en 1879 en Amérique où il va effectuer un périple de trois ans (Antilles, Mexique, Venezuela, Colombie, Equateur) et devenir correspondant des Sociétés de géographie de Paris et Rochefort. «Au travers de ses actes et de ses écrits, Emile Arthur Thouar apparaît comme un homme ambitieux et curieux, mû par un goût certain pour l’aventure, explique Ernesto Paredes. En cette fin du XIXe siècle, où tant de terres restent encore à découvrir, il est assez
    Thouar, Novis et Valverde, «Voyage dans le Chaco boréal», Le Tour
    du monde LIX, 1890.
    intelligent pour comprendre que les Sociétés de géographie représentent des lieux du possible, un tremplin pour son ambition, et il entretiendra avec celles-ci des relations suivies.» L’occasion lui est offerte en 1883 de donner pleinement sa mesure lorsque le gouvernement français le charge de rechercher les traces de l’expédition Crevaux, disparue corps et biens dans le Chaco en 1882. Depuis La Paz, Emile Arthur se met en route, en juin 1883, pour Sucre puis Tarija. En compagnie de 150 militaires boliviens, il traverse le Chaco en suivant le cours du Pilcomayo. Après avoir retrouvé les vestiges de la mission Crevaux et affronté mille périls – dont l’attaque de la colonne par des Indiens Toba –, Thouar et ses compagnons rejoignent en novembre Asunción, au confluent avec le fleuve Paraguay. «C’est la première fois qu’une expédition réussit à descendre de bout en bout le Pilcomayo. En même temps, Thouar vient de démontrer la connexion directe, jusque-là inconnue, du Pilcomayo avec le Paraguay. Ces exploits lui valent de recevoir, à son retour en France en 1884, la médaille d’or de la Société de géographie. Auréolé de cette réussite, il repart pour l’Amérique du Sud où il va devenir un agent de prospection du Gran Chaco au service du gouvernement bolivien.» Zone marécageuse par endroits, semidésertique en d’autres, soumise en hiver à de fortes précipitations et sans ressources minières, le Chaco est encore à cette époque une terre vierge, peuplée seulement de tribus indiennes rebelles à tout pouvoir, et où ne se risquent que des militaires, des missionnaires et quelques aventuriers. Avec la perte par la Bolivie et le Paraguay d’une partie de leur territoire à la fin du XIXe siècle, le Chaco va devenir l’enjeu d’une reconquête entre les deux pays. De plus, la Bolivie, ayant été amputée de toute sa façade maritime, doit impérativement retrouver un débouché sur la mer vers le Rio de la Plata, par le fleuve Paraguay. La démonstration faite par Thouar de la possibilité de rejoindre ce fleuve en descendant le Pilcomayo ravive les prétentions territoriales de l’Argentine et du Paraguay sur la région du Chaco. Le Français propose alors aux Boliviens de chercher à
    Benjamin Caillaud
    Ernesto Paredes est doctorant à l’Université de La Rochelle. Il effectue sa thèse de géographie sur les Mémonnites du Chaco paraguayen (D’un front pionnier ethnoreligieux à l’émergence d’un territoire), sous la direction de Michel Pouyllau.
    ouvrir une route terrestre directe au travers du Chaco Nord – le plus déshérité et le plus sauvage – jusqu’au fleuve Paraguay. Après plusieurs tentatives, en 1886 et 1887, et autant d’échecs, Thouar renoncera à son projet. Il regagnera définitivement la France en 1890. On sait qu’il se marie à Paris en 1898. La date de son décès demeure inconnue. «Même s’il n’a pas réussi dans toutes ses entreprises, on ne peut dénier à Arthur Emile Thouar d’avoir pénétré et exploré, avec courage et persévérance, des zones très peu fréquentées à l’époque par les Européens, et d’avoir contribué à affirmer la souveraineté de la Bolivie sur le Chaco. En dépit de la rudesse de ce territoire, il en avait perçu, bien avant les autres, l’énorme potentiel. Le Chaco représentait, à ses yeux, une terre d’avenir. Il rêva même un temps d’y faire fortune en construisant une ligne de chemin de fer reliant le Sud bolivien à la province de Formosa en Argentine. L’actualité semble avoir donné raison à cet esprit visionnaire. Les Mémonnites – une secte protestante implantée au cœur du Chaco en 1927 – ont fait aujourd’hui de ce territoire un pôle d’activités agricoles et industrielles, en y développant l’élevage intensif et la production de lait (70 % du marché paraguayen) et de viande, exportée jusqu’aux Etats-Unis et en Europe.» Mireille Tabare 53
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■


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