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CLAUDE ARPI
L’aurore d’une vie
ctobre 1974. Claude Arpi pourrait ouvrir son cabinet de chirurgie dentaire à Angoulême, sa ville natale, ou à Bordeaux où il vient de suivre ses études. Mais comme nombre de jeunes européens à cette époque son regard se tourne vers l’Orient. Aussitôt son diplôme en poche, il rejoint donc une caravane qui s’est constituée à Paris pour relier l’Inde. Un voyage sensé le conduire à Daramsala au Tibet, où la sœur du Dalaï Lama lui a demandé de venir soigner les dents des enfants d’une école dont elle s’occupe. Claude entretient des relations
O
Claude Arpi a publié : The Fate of Tibet (Har-Anand Publications, 1999), Tibet, le pays sacrifié (Calmann-Lévy, 2000), La politique française de Nehru : 1947-1954 (Pavilions Series, Auroville, 2001), Cachemire, le paradis perdu (Philippe Picquier, 2004), Born in Sin : The Panchsheel Agreement (Mittal Publications, New Delhi, 2004), India and Her Neighbourhood (Har-Anand Publications, 2005).
avec le Tibet et le Dalaï Lama depuis plusieurs années déjà. Daramsala, il n’y retournera en fait que beaucoup plus tard. Déviation de trajectoire à bord du convoi parti traverser le monde, Auroville sera sa destination finale. Aujourd’hui Claude a 56 ans, il n’en est jamais reparti. Auroville, «Ville de l’Aurore». A quelques kilomètres poussiéreux de Pondichéry. Auroville, terre d’un monde nouveau, toujours en construction près de quarante ans plus tard. Fondée sur la philosophie de Sri Aurobindo, maître spirituel indien de la première moitié du XXe siècle, «matérialisée» par sa confidente Mira Alfassa, une franco-égyptienne arrivée en Inde en 1914, cette cité fait partie de ces expériences de sociétés en rupture qui ont fleuri dans les années 1960. «Auroville n’app a r t i e n t à personne en particulier, Auroville appartient à toute l’humanité dans son ensemble. […] Auroville sera le lieu de l’éducation perpétuelle. […] Le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète», stipule la charte du lieu. Lorsque Claude débarque, six ans après que la première pierre de la cité
a été posée, l’endroit n’est encore qu’un plateau désertique du sud-est de l’Inde duquel on aperçoit les eaux du golfe du Bengale, et quelques centaines d’âmes travaillent sous les cieux tropicaux pour donner corps à cet endroit. Aujourd’hui les Auroviliens sont environ 1 800, venus de 35 pays et du reste de l’Inde. Trois millions d’arbres ont été plantés et, dans les 25 km2 de forêt, la vie se cherche une nouvelle voie. Bien plus qu’une «cité idéale» Auroville est un laboratoire. Education, économie, gestion énergétique, organisation politique de la cité… Dans tous les domaines, la recherche d’une société fonctionnant au-delà des impasses dans lesquelles se sont engouffrées les sociétés occidentales s’éprouve à fleur de peau, avec ses avancées, ses immobilismes, ses tâtonnements. Et avec le soutien de plusieurs institutions et organismes, notamment l’Etat indien et l’Unesco. Claude habite à Dana, une des 75 communautés de la cité. Il y vit avec sa femme Abha, une Indienne, et leur fille Smiti. Après s’être occupé les premières années de la mise en place du réseau de télécommunication, il gère désormais le pavillon tibétain d’Auroville, inauguré en son temps par le Dalaï Lama. Parallèlement il publie des articles et des essais sur ce petit pays himalayen annexé par la Chine, sur le Cachemire et le sous-continent indien. Sans jamais oublier sa raison d’être dans cette cité : construire comme une sorte de Tour de Babel à l’envers, où tout le monde pourrait vivre ensemble, au-delà de tout dogme et de toute nationalité.
Hélène Bannier
CLAUDE PAUQUET
était en Inde en 1998 pour une mission photographique sur le sanskrit à Melkote, dans un village de Karnakata, avec le sanskritiste Michel Angot, enseignant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre du centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud. Voir son site
Olivier Barbin
www.claudepauquet.info Page de droite : S. N. Srinivasan, brahmane et pandit en formation à Melkote.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
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