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L’odyssée de Madame Langlet-Dufresnoy E
n 1836, il y avait à Melle un huissier, du nom d’Alexandre Dufresnoy, et cet huissier s’ennuyait. S’ennuyer à Melle ! Sa jeune épouse de 16 ans, Mlle L a n g l e t , originaire de Saint-Jeand’Angély, ne comprenait pas cette dépression jusqu’au jour où son mari finit par lui en révéler l’origine. Il avait beaucoup lu, souhaitait partir au Brésil et y devenir chercheur d’or et de diamants. «Au Brésil ? Chercheur d’or et de diamants ? Mais vous êtes fou, Alexandre», répondit à peu près son épouse… reviendrons en France où nous vivrons paisiblement de nos rentes.» A cette époque lointaine, une femme devait suivre son mari, quoi qu’elle puisse en penser. En pleurant, Madame LangletDufresnoy quitta donc Melle pour le Brésil. Les époux Dufresnoy débarquèrent à Rio de Janeiro, fin août 1837. Le voyage avait été pénible, en raison du mal de mer, qui ne les avait pratiquement pas quitté. L’arrivée le fut également. M. Dufresnoy tomba aussitôt gravement malade. Quatre mois plus tard, les époux purent n é a n m o i n s vendre les marchandises qu’ils avaient apportés de France, pour assurer leur installation. Il y avait peu de marchandises de qualité à cette époque. Leur bénéfice fut donc substantiel. En attendant le moment du départ pour la Diamantine, ils le réinvestirent en achetant, à quelques lieues de Rio, une plantation de café négligée depuis quelques années. Pour la remettre en état, M. Dufresnoy qui, en sa qualité d’ancien huissier à Melle, se connaissait en hommes, confia sa bourse à un compatriote. Il avait pour mission d’aller à Rio acheter une vingtaine d’esclaves. Huit jours plus tard, il n’était pas rentré. M. Dufresnoy décida d’aller à Rio voir ce qui se passait. Nul ne l’y avait vu, sauf le chancelier du consulat de France, qui lui avait donné quatre jours auparavant son passeport pour la France sur un navire parti l’avant-veille… «Pour tout dire, dit-il, j’ai été soulagé qu’il reparte et qu’aucun compatriote ne se soit fait connaître avant son départ pour se plaindre de lui ! Car cette canaille est bien connue ici pour ses escroqueries et abus de confiance.» Que faire ? Au bout de quelque temps de réflexion, M. Dufresnoy trouva la solution de ses déboires. Ils laisseraient leur propriété à la garde d’un esclave, en attendant des jours meilleurs. Ils vivraient de ses talents de chasseur. Il savait qu’il y avait un marché pour les bêtes exotiques, à destination de l’Europe. Chasseur spécialisé, il tua donc oiseaux et bêtes exotiques, insectes, que sa femme empaillait ou conservait pour les vendre une fois par mois à des intermédiaires en relation avec les musées étrangers. La fortune revenait quand M. Dufresnoy tomba à nouveau malade, pour avoir trop
En Amérique du Sud :
Le Tour du monde en famille. Voyage de la famille Brassey ,
Mame, 1885.
«Non. Pourquoi donc serais-je fou ? Je suis tout ce qu’il y a de plus sérieux.» Et Maître Dufresnoy expliqua que certaines provinces du Brésil étaient gorgées d’or et de pierres précieuses. Et que dans l’une d’elles, se trouvait une ville, précisément appelée la Diamantine, en raison de l’abondance de ses mines de pierres précieuses. Et il conclut en disant quelque chose comme : «Quand nous aurons amassé suffisamment d’or, et cela ne devrait pas être très long, compte tenu des informations qui me sont parvenues, nous
travaillé. Le médecin qui le soignait lui déconseilla la poursuite de son activité. «Mais qu’allons-nous faire ?» s’exclama M. Dufresnoy. «Changer d’air. Et trouver une activité sédentaire», dit le médecin. M. Dufresnoy trouva cette activité sédentaire à Ubatuba, un minuscule port situé à cent lieues de Rio de Janeiro. L’exhuissier y devint cafetier tandis que sa femme ouvrait un magasin de modes. Les époux Dufresnoy prospéraient à Ubatuba, quand, remonté à bloc, M. Dufresnoy se souvint qu’il était venu de Melle au Brésil pour faire fortune. C’était le moment ou jamais d’aller à la conquête de l’or et des pierres précieuses de la Diamantine. Au bout de quelque temps, pour ne pas mettre en danger sa vie conjugale, parce qu’elle aimait son mari, et que de toute manière, à cette époque, une femme devait suivre son mari, quoi qu’il lui en coûtât, Madame Langlet-Dufresnoy céda. Ils prirent donc la direction de Sao Paulo, pour rejoindre la Diamantine. Ils y arrivèrent le 6 décembre 1843, après deux ans de déboires. Ils n’étaient pas seuls. Leurs fonds étaient si bas et les difficultés prévisibles si importantes qu’ils avaient du s’associer avec d’autres Français. Ils étaient épuisés physiquement et moralement, mais M. Dufresnoy était enfin arrivé là où le conduisaient ses rêves mellois. Cinq mois plus tard, après avoir effectivement trouvé quelques diamants, il mourait des fièvres. En fait, comme beaucoup, il avait passionnément cherché son cimetière… Quand elle reprit ses sens quelque temps après, car elle avait été également entre la vie et la mort, Madame Langlet apprit tout
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1777, Pierre Durousseau découvre l’Amérique
à la fois le décès de son mari, celui de la plupart de leurs associés et le départ des survivants. Elle était seule, dans une province lointaine et sauvage du Brésil. Après une forte dépression, elle décida de revenir à Rio de Janeiro par Couyaba, puis de là de prendre la route de SaintJean-d’Angély, d’où elle était partie, plus de sept ans auparavant, pour Melle. Tel celui d’Ulysse, son retour fut épique et plein de remords comme d’incertitudes. En effet ce n’est qu’en septembre 1852 qu’elle revit sa ville natale. Entre temps, elle s’était arrêtée un an et six mois à Couyaba, où elle était devenue couturière, chapelière et empailleuse, sept mois au Parra où elle avait exercé les mêmes activités et exploité un petit magasin de modes, trois ans à Fernambouc. Elle avait fait de bonnes affaires et presque décidé en définitive d’y rester quand, le 2 février 1849, la révolution éclata. De là elle partit pour Bahia. Elle y avait contracté la fièvre jaune puis, à peine rétablie, le choléra. Du coup elle s’était embarquée le 22 juin 1852 pour Le Havre. Cependant à Saint-Jean-d’Angély, à la différence d’Ulysse, nul ne l’attendait. Et pour cause. Son père, sa mère, un frère et une sœur étaient morts. Après quinze ans de voyage, Madame Langlet-Dufresnoy revenait plus pauvre qu’elle n’était partie et après avoir perdu tous ceux qui lui étaient chers. « A m e r savoir celui qu’on tire du voyage», dit Baudelaire. C’est bien ce qui transparaît de l’ouvrage que Mad a m e Langlet-Dufresnoy publia à compte d’auteur à Bordeaux en 1861, en l’intitulant Quinze ans au Brésil ou Excursion à la Diamantine. D’autant qu’elle n’a pas le talent d’Homère et que son Odyssée, telle qu’elle la raconte est confuse, incomplète (volontairement sûrement pour certains épisodes de sa vie où des tritons inconnus ont dû la retenir) et paraît avoir été imprimé sans la moindre relecture. Mais on y sent bien en creux l’amour de Melle que nul, j’en conviens, n’a jamais quitté qu’à regret…
Jean-Paul Bouchon
M
ai 1776. Les Américains insurgés contre la tutelle anglaise cherchent en France une aide militaire, en hommes et matériels. Un certain Silas Deane, patronné par le comte de Brog l i e , marquis de Ruffec, se déclare chargé de cette mission. Par l’interméd i a i r e du comte de Broglie, Pierre Durousseau de Fayolle, capitaine d’infanterie, un petit noble originaire de Saint-Saviol (Vienne), entre en relation avec le recruteur. L’impression qu’il produit est favorable. Il obtient le grade de lieutenant-colonel de l’armée américaine. Il ne reste plus qu’à aller l’étrenner là-bas, en Amérique. A p r è s un faux départ au Havre, Durousseau prend, début 1777, la route de Royan et de l’estuaire de la Gironde. C’est à Bordeaux que se prépare en définitive le navire pour l’Amérique, baptisé la Victoire. Parti le 26 mars, il accoste le 12 juin dans le port de Georgetown. L’accueil est glacial. Les volontaires français doivent se débrouiller pour rejoindre Philadelphie où siègent le Congrès et l’état-major rebelle. La route à travers la Caroline du Sud s’avère exécrable. Mais le pire, ce sont les Américains. Sans rien connaître à la guerre, ils prétendent tous être en mesure de la gagner. Seuls. Etonnant pays, en vérité. Durousseau, qui ne tient plus en place et précède ses compagnons, arrive à Phila-
On peut retrouver le Journal d’une campagne en Amérique de Pierre Durousseau de Fayolle dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest (MSAO, série 2, 1901). L’aventure méconnue de cette première expédition a par ailleurs été examinée en détail par M. Bernard de Larquier dans La Fayette, usurpateur du vaisseau «la Victoire» (Surgères, 1987). L’ouvrage, très documenté, dont La Fayette ne sort pas grandi, est passionnant.
delphie le 6 août après avoir traversé sous la chaleur six cent milles de forêts. La capitale lui paraît d’emblée sinistre, avec ses rues larges et tristes, ses maisons basses. Impression confirmée par la réception du Congrès. Il refuse de valider les offres de Silas Deane ! Il aurait outrepassé ses pouvoirs en les recrutant. Tout ce qu’il accorde, c’est un billet de retour gratuit par Boston… Souhaitant ne pas s’attarder davantage, Durousseau prend la route de Boston le 14 septembre. L’humeur est désastreuse et sa vision du paradis démocratique s’en ressent. Des deux Jersey, du Connecticut et de la Nouvelle-Angleterre, il ne voit que les mauvais chemins qu’il emprunte. Arrivé à Boston le 6 octobre, Durousseau s’y trouve toujours dix mois plus tard, faute de navire, quand une occasion de s’insérer dans l’armée américaine se présente. En effet, le roi de France a finalement reconnu la République américaine et lui a envoyé une flotte commandée par l’amiral d’Estaing. Une opération combinée sur Newport, a été convenue avec l’armée du général Sullivan. Il la rejoint comme volontaire bénévole. M a l h e u r e u s e m e n t l’opération rate. Ecœuré par ce qu’il a vu («les généraux américains n’ont nulle idée, ni plan, ni ordre, note-t-il dans ses carnets. Ainsi tout va-t-il à la diable») et sûr désormais qu’il n’a pas d’avenir avec ces incapables prétentieux («ils n’ont nul égard pour les Français qui ont du talent e t des connaissances»), Durousseau revient à Boston, en se promettant de ne pas laisser passer la première occasion de départ. Le moment du retour sonne le 28 octobre suivant. Après un séjour à la Martinique et quelques déboires supplémentaires, il débarque enfin à Lorient vers la fin d’avril 1779, bien décidé à ne plus entendre parler de l’Amérique et des Américains. L’année 1780 l’y retrouve pourtant. La Fayette l’a persuadé de l’accompagner à nouveau en Amérique. Bien à tort. Sans que l’on en sache les causes, il meurt à Boston le 26 juin 1780.
J.P. B.
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