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FRANÇOIS PORCHÉ
Ailleurs, et libre, errant
Un épisode de sa vie retiendra notre attention. Peu passionné par le barreau de Paris, François Porché décide de partir en 1907 pour la Russie où, quatre ans durant, il va enseigner le français comme précepteur dans une riche famille de Moscou. Au vrai, des peines de cœur semblent avoir motivé ce départ : «Donc, j’ai voulu quitter Paris, quitter la France, / Rompre tous les liens formés par la souffrance / Entre leur ciel et moi, tenter quelque avenir / Ailleurs, et libre, errant, perdre le souvenir / Je me disais : partir, partir»… «J’ai traversé l’Europe en droite ligne / Ignorant où j’allais. Il tonnait, et la grêle / Mêlait, il m’en souvient, son bruit au bruit des roues. / J’avais la fièvre […] A chaque secousse cruelle / Me répétant : Moscou, Moscou !» Il voyage alors à travers le pays : SaintPétersbourg, les îles de la mer Blanche, Arkhangel, Kazan, Kiev. Son recueil Au loin, peut-être… (Mercure de France, 1909) y fait écho : rien d’une poésie voyageuse, très rarement descriptive, mais plutôt les instants nomades qui nourrissent par éclairs une réflexion sur l’homme, rythmée par des vers sobres et point convenus. Un samovar, le couvert mis dans une hôtellerie, la neige «quand le fleuve n’est plus qu’un dur chemin de glace», des paysages de taïga, la fourmilière urbaine, le timbre des tramways. Seulement, comme ailleurs dans l’Europe industrialisée, chaque orgueilleuse cité s’entoure de faubourgs miséreux et boueux, a «pour ceinture une zone sordide, / Une sorte de plaie infecte, un mal honteux» ; «La rue a des retraits louches, des coins hagards / Où l’on a peur, la nuit, où l’ombre opprime, / Tant que l’on y sent que la misère est près du crime.» L’homme de la campagne qu’est Porché n’aime pas l’encombrement et la rumeur des villes, moins encore leurs banlieues, à Saint-Pétersbourg comme à Moscou : «Seulement les cités ont des couleurs, des sons / Que nos pères n’ont pas connus, de longs frissons / Qui traversent soudain l’atmosphère des rues, / Une fièvre qu’on sent, près des chantiers déserts, / S’élevant du fouillis des mâts, des ponts, des grues, / Et qu’on respire avec angoisse dans les airs.» Le second recueil Humus et poussière (Mercure de France, 1911), s’il chante encore la vitesse ferroviaire, s’évade et fête le retour avec des détours : les heures qui sonnent à l’horloge de Prague, un été dans le Tyrol, une arrivée à Vienne avec l’éternel perplexité du voyageur : «Aborder vers le soir une ville étrangère» sans pénétrer le mystère des passants, des visages. Les rives de la Baltique donnent la série de poèmes «Au pays des yeux graves» : les rennes qui broutent, l’hiver qui «consent à se détendre», une jolie blonde «aux cheveux de lin accoudée à l’écluse» ne suffisent pas à introduire la sérénité à Uppsala, à Trondheim, à Elseneur. Déjà, dans le premier volume, la Pologne est sombre, «âcre moment d’exil», et le poème «Une chambre d’hôtel, la nuit, à Varsovie» voit le poète vaciller, et la ville préfigurer quelque sinistre destin : «Un feu sombre est caché sous les pierres […] j’ai cru voir tournoyer / De la cendre audessus d’un immense foyer.» Si François Porché revient avec le mal du pays en cette année 1911, c’est accompagné de son épouse russe, Ekaterina (dont il ne tardera pas à se séparer, mais avec laquelle il a eu en 1910 un fils, Wladimir Porché, futur directeur de la Radio-Diffusion française). La Guerre 14-18 marque sa vie et son œuvre de ses poèmes de tranchées. En 1915, Porché épouse la comédienne et écrivain Madame Simone (qui avait été si éprise de l’auteur du Grand-Meaulnes ). Observateur attentif de l’état du monde, François Porché quittera le carcan des vers pour témoigner de ses voyages, ayant beaucoup arpenté le monde pour des conférences. Il représente par exemple L’Illustration au congrès de la presse latine à La Havane en mars 1928, stigmatisant l’américanisation de Cuba comme il dé-
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ramaturge joué sur les meilleures scènes dans les années trente, Grand Prix de littérature de l’Académie française en 1923, critique littéraire et fin analyste de Verlaine comme de Baudelaire, journaliste prolifique ayant maladroitement terminé ses jours «exilé» à Vichy, le 19 avril 1944, on aurait tort de seulement étiqueter François Porché écrivain charentais ou étroit «poète du terroir». Cet ancien élève du collège de Cognac, où il est né le 21 novembre 1877, puis du lycée d’Angoulême (de 1890 à 1895, où il a pour condisciple le futur écrivain Jérôme Tharaud), parti faire des études de droit à Paris, s’est vite lancé dans la littérature, dès 1902, puis autour des Cahiers de la quinzaine de Péguy et de son ami Alain-Fournier. Chardonne a reconnu en lui «un homme posé qui avait une douceur pleine de force, je ne sais quoi d’absolument original et incorruptible». MARIE AUGUSTIN
va régulièrement en Russie, pays dont elle parle la langue et qu’elle photographie depuis plusieurs années. Ci-dessus : Jeunes mariés à Iaroslav, décembre 2001. Page de droite : Office religieux à Kostoma, juin 2005.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
PHILIPPE-RENÉ GIRAULT
Un voyageur professionnel sous la Révolution et l’Empire
nonce le stalinisme, «vaste entreprise de vivisection. Aucune anesthésie préalable» (L’Illustration, 9 août 1930). Une question préoccupe notre chroniqueur : y a-t-il un esprit européen (L’Illustration, 4 juillet 1925) ? Face à cette généreuse utopie, héritière de l’humanisme, et saluant au passage Ibsen, Tolstoï, Romain Rolland ou Unamuno, il a le sentiment, d’une «carte biseautée entre les mains d’un tricheur». Militarisme, dictature, internationalisme lui font peur, et le concept d’esprit européen lui semble confus et contradictoire : «Ainsi sont arrimées, dans une cale, des marchandises hétéroclites, dont certaines sont des matières inflammables, explosives.» Quoi qu’il en soit, la Russie a laissé des traces indélébiles : une pièce intitulée Tsar Lénine (1931), un ouvrage sur Tolstoï, un essai Qu’est-ce que l’âme slave ? (1925). Parce que le regard charentais s’est peu porté vers le grand est européen, la Russie de François Porché constitue une exception intéressante.
Alain Quella-Villéger
Notice biographique dans Dictionnaire biographique des Charentais (Le Croît vif, 2005). La bibliothèque municipale d’Angoulême possède les titres ici cités.
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nfant de chœur du chapitre de SainteRadegonde à Poitiers, PhilippeRené Girault, fils d’un modeste tailleur de pierres, comptait bien mener une petite carrière musicale sous la douce protection de Notre Sainte Mère l’Eglise, quand survint, alors qu’il s’approchait de ses quinze ans, un événement inattendu : la Révolution. Les chapitres ayant été supprimés, il lui fallut trouver un autre métier. Il décida, après une expérience malheureuse dans la taille de la pierre, de se faire soldat-musicien. Engagé le 6 mars 1791, au régiment de Perche, alors en garnison sur l’île de Ré, il ne devait quitter cet état qu’en 1811, pour occuper les fonctions de maître de chorale à la cathédrale de Poitiers. La place qu’il guignait depuis quelque temps venait de se libérer, et il ne devait la céder que quarante ans plus tard, à sa mort, si l’on en croit la préface de ses souvenirs, publiés en 1983 par le Sycomore, sous le titre trompeur de Mes Campagnes sous la Révolution et l’Empire. Trom-
peur, car nul ne fut moins soldat et même militaire que lui. En fait, son rôle se borna à jouer de la clarinette dans toute l’Europe pendant vingt ans. En célibataire amoureux du possible jusqu’en 1802, puis en mari attentionné jusqu’à la fin de l’année 1810. La grande armée, telle une horde antique, était en effet suivie par les épouses, amies ou maîtresses de certains de ses membres. Et Madame Girault, ainsi que les enfants du couple, juchés sur une carriole de cantinière, furent de l’aventure pendant quelque temps… Les mémoires du piéton de Poitiers se lisent avec intérêt. Ennemi des coups, sincèrement compatissant pour les populations locales mises à mal par ses collègues, obsédé par la recherche de la nourriture quotidienne, Philippe-René Girault regarde autour de lui et prend des notes. Naturellement, c’est le Rhin, l’Italie, l’Autriche, le Danemark, la Hollande vues par le petit bout d’une petite lorgnette. Mais le randonneur poitevin sait voir : empereur râleur ou abandonné par la grâce militaire, officiers nuls ou prétentieux, collègues violeurs et voleurs, villageois et citadins pressurés et en larmes. Et rencontrer : à Vienne, il va rendre visite à Haydn qui, contre toute attente, le reçoit aimablement. Et raconter : la passage du MontCenis, en 1806, en traîneau à mulets pour Madame et leur enfant, en voiture à cheval, avec accompagnement de mulets pour Monsieur, puis la descente vers la plaine du Pô, ne vaut naturellement pas Stendhal. Mais on sent bien l’enivrement du militaire de base pour l’Italie offerte…
Jean-Paul Bouchon
Jean-Paul Bouchon a publié récemment Histoires extraordinaires
de l’Ouest, chez Geste éditions,
et prépare pour le même éditeur
Ces aventuriers venus de l’Ouest.
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