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Louis Benjamin Fleuriau de Bellevue, précurseur du voyage géologique. Avec Christian Moreau, professeur de pétrologie à l’université de la Rochelle. Par Jean Roquecave ;
Toarcien : Henri Barré reçoit Alcide d’Orbigny. Exposition à Thouars. Par Anh-GaëlleTruong ; Jean-Hyppolite Michon, impressions d’Orient. Par Mélanie Papillaud.

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    LOUIS BENJAMIN FLEURIAU DE BELLEVUE
    Précurseur du voyage géologique La Rochelle, le nom de Fleuriau de Bellevue renvoie d’abord à Aimé Benjamin Fleuriau (1709-1787), issu d’une lignée de commerçants protestants qui fit fortune dans l’industrie sucrière à Saint-Domingue. Une rue du centre de La Rochelle où se situe son hôtel particulier, aujourd’hui le musée du Nouveau Monde, porte son nom. C h r i s t i a n Moreau, professeur de pétrologie à l’Université de La Rochelle, spécialisé en magmatisme et volcanisme, a choisi d’écrire la biographie d’un des fils d’Aimé Benjamin : Louis Benjamin Fleuriau de Bellevue, savant, physicien, naturaliste, géologue et philanthrope rochelais, à paraître aux Indes savantes (fin 2006 ou début 2007).
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    « Si je me suis lancé dans cette biographie, dit-il, c’est dû au hasard. Un jour, au comité français de l’histoire des géosciences, on m’a demandé : “Connais-tu Fleuriau ? Nous aimerions en savoir plus sur ce personnage qui nous intrigue.” Fleuriau était connu pour avoir préconisé l’étude des matériaux et des roches au microscope, pensant qu’il était important dans ce domaine d’étudier ce qui ne se voyait pas à l’œil nu. A son époque, cela n’allait pas de soi.» Louis Benjamin Fleuriau de Bellevue 36
    naît le 23 février 1761 à La Rochelle et, comme nombre de rejetons de familles protestantes, part dès l’âge de 9 ans étudier à Genève, qui est alors une des capitales culturelles de l’Europe. Adolescent indocile, il fait cependant de brillantes études jusqu’en 1781 au collège puis à l’Académie, où il s’initie à l’histoire naturelle auprès de Horace Bénédict de Saussure. «Avoir eu le grand Saussure comme maître va lui permettre de partir en voyage avec Dolomieu en 1787, c’est une carte de visite qui lui a facilité les contacts en Italie, en Allemagne et en Angleterre.» A partir de 1787, date de la mort de son père, Fleuriau va en effet se consacrer cinq ans durant aux voyages géologiques. D’abord Naples, le Vésuve et l’Italie du Sud, puis l’Allemagne, collectant échantillons et notes de terrains. En 1789, il parcourt le Tyrol et l’Italie du Nord avec Déodat de Dolomieu. «C’est un voyage formateur. Dolomieu est de onze ans son aîné, il est déjà connu, et Fleuriau va profiter de son expérience. Il considère Fleuriau comme un débutant très prometteur.» Fleuriau est associé à la découverte et à l’étude de la dolomie, baptisée ainsi par Nicolas de Saussure – le fils – en l’honneur de Dolomieu. Il explore également les îles italiennes, la Sicile et Malte, avec toujours une prédilection pour les volcans, le Vésuve à nouveau, mais aussi l’Etna et le Stromboli. En Calabre, il fait des observations sur les effets du tremblement de terre qui a touché la région en 1783. Il fait l’ascension du mont Blanc et publie son premier mémoire, Sur de nouvelles pierres flexibles et élastiques et sur la manière de donner de l’élasticité aux minéraux, dans le Journal de physique, une des p r i n c i p a l e s revues scientifiques du temps. «Ces premiers travaux révèlent en Fleuriau un esprit scientifique rigoureux et novateur pour l’époque, des soucis d’observation et de description des objets naturels, puis une étude physique et chimique qui préfigurent les procédures qu’on utilisera plus tard en pétrologie et en minéralogie. Il allait par exemple voir la verrerie Lafond à La Rochelle pour faire des comparaisons avec les roches volcaniques.»
    En 1793, Fleuriau revient à La Rochelle. Ses voyages sont terminés. Il rapporte de nombreuses notes et des collections d’échantillons qui vont désormais constituer l’essentiel des sources de ses recherches et se trouvent encore en partie au muséum de La Rochelle. Il devient un notable : conseiller général de CharenteInférieure de 1801 à 1850, conseiller municipal de La Rochelle de 1804 jusqu’à sa mort, député à plusieurs reprises, membre de l’Académie de La Rochelle. Il poursuit ses activités scientifiques, s’intéresse à tout, le creusement des canaux, l’assainissement des marais, l’agriculture, la météorologie, les bains de mer. Il décrit un mollusque bivalve du rivage charentais, le Rupellaria Fleuriau de Bellevue. Il soutient Alcide d’Orbigny, qu’il présente à Cuvier, et participe à la création du muséum de La Rochelle. Jusqu’à sa mort, à 91 ans, Fleuriau restera très actif. En 1819, il étudie la météorite tombée à Jonzac et passera vingt ans à étudier la forêt fossile sousmarine de l’île d’Aix. Il jouit aussi d’une reconnaissance nationale, dont témoigne son élection en 1816 à l’Académie des sciences. Il correspond avec Humboldt et est cité par Charles Darwin dans ses Observations géologiques sur les îles volcaniques. Pourtant, Fleuriau de Bellevue est largement oublié aujourd’hui. «J’ai été impressionné par la quantité de ses œuvres, note Christian Moreau, et pourtant je n’ai trouvé aucun ouvrage sur lui, alors qu’il en existe une demi-douzaine sur son père. S’il est passé aux oubliettes, c’est parce qu’il était novateur, en avance sur son siècle. Son mémoire de 1805 Sur l’action du feu dans les volcans avançait des idées nouvelles sur la formation de la terre, qui étaient en opposition avec celles d’un certain nombre de ses confrères en France et en Europe. Il a été très violemment critiqué au cours d’une polémique qui a duré dix ans et a été mis à l’écart du milieu scientifique. Il a réagi en s’intéressant à La Rochelle et à la Charente-Inférieure.» Jean Roquecave
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
    TOARCIEN
    Henri Barré reçoit Alcide d’Orbigny ’est sur le littoral rochelais que le jeune Alcide d’Orbigny (18021857) se passionne pour l’étude d’un groupe d’animaux microscopiques qu’il nomma Foraminifères. Il leur consacra son premier travail scientifique, posant
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    ainsi les fondements d’une science nouvelle, la micropaléontologie. De 1826 à 1833, il parcourt l’Amérique du Sud comme voyageur naturaliste. Il explore le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, le Chili, le Pérou et la Bolivie, pays qui le fera citoyen d’honneur. De 1835 à 1847 sont publiés les onze volumes de son Voyage dans l’Amérique méridionale – un des monuments de la science au XIXe siècle, selon Darwin. En 1839, il décrit les sociétés indiennes dans L’Homme américain et affirme : «Notre conviction intime est que, parmi les hommes, il n’y a qu’une seule et même espèce.» De retour en France, il oriente ses recherches vers la paléontologie et la stratigraphie. La chaire de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle est d’ailleurs créée à son intention et son cours de stratigraphie est à l’origine de la nomenclature des couches géologiques. C’est en prospectant les terrains jurassiques de Thouars, en 1849, qu’il décrit le stratotype du Toarcien, étage géologique
    qui s’étend de - 186 à - 179 millions d’années. On lui doit aussi la description d u Callovien, de l’Oxfordien, du K i m m é r i d g i e n , du Cénomanien, de l’Aptien. En 1849, il aurait pu rencontrer Henri Barré, jeune médecin, curieux et collectionneur. Sa maison néogothique (1862) e s t devenue le musée municipal de Thouars. En partenariat avec la Société de géologie et de paléontologie thouarsaise Alcide d’Orbigny, le musée Henri-Barré a imaginé la rencontre des deux hommes. L’exposition retrace la vie du célèbre naturaliste. Elle présente des Foraminifères et des pièces ramenées d’Amérique du Sud par Alcide d’Orbigny et prêtées par le musée de l’Homme, le Muséum national d’histoire naturelle ou le musée national de la céramique de Sèvres. Anh-Gaëlle Truong Exposition au musée Henri-Barré, à Thouars, jusqu’au 29 octobre. Tél. 05 49 66 36 97
    JEAN-HYPPOLITE MICHON
    Impressions d’Orient P rêtre, prédicateur et érudit, l’abbé JeanHyppolite Michon (1806-1881) est considéré comme le «père de la graphologie». Il fut aussi un voyageur. Une facette moins connue de sa personnalité développée à travers un périple en Terre Sainte, qu’il décrivit dans un ouvrage en deux volumes Voyage religieux en Orient (1853). C’est en juillet 1850, après une rencontre avec Félicien de Saulcy, officier d’artillerie, membre de l’Institut et conservateur à Paris, que se dessine le projet de voyage de l’abbé Michon. Trois mois plus tard, après une tentative ratée d’investiture politique, il entame un périple de sept mois qui va le conduire de Constantinople au Liban, de la Terre Sainte en Egypte. Sa découverte de Jérusalem est un choc : «Je me serais précipité à genoux, j’aurais baisé la terre, si cela m’eut été possible. Jérusalem, Jérusalem ! me dis-je, je te vois enfin. J’étais anéanti.» E n 1863, toujours à l’invitation de Félicien de Saulcy, il effectuera un second voyage en Terre Sainte. A la fin de sa vie, l’abbé Michon s’installe à Baignes-Sainte-Radegonde, en Charente, où il bâtit un manoir insolite à côté des ruines du château de Montauzier. Les archives municipales de cette commune conservent des documents de l’abbé, en particulier un court recueil intitulé Souvenirs d’Orient. C’est son journal de voyage, sorte de précis historique comprenant des descriptions architecturales des villes et des édifices religieux visités, et aussi presque un essai d’ethnologie : l’abbé Michon y décrit les hommes et leur environnement, à l’aune de sa foi. Caractère, traits dominants, apparence : il consacre, par exemple, un passage très détaillé aux Arabes. «On ne nous les dépeint que sous les couleurs odieuses de voleurs, pillards. Il est cependant juste de ne pas tous les confondre sous cette dénomination.» Fervent pèlerin, son voyage le conduit sur «les lieux sanctifiés par la Passion du Sauveur pour puiser de nouvelles inspirations aux souvenirs qu’ils retracent» : le Saint-Sépulcre, la maison de Marie, Nazareth, «ville où le verbe s’est fait chair»… Ces descriptions constituent la partie la plus importante de l’ouvrage. Ce voyage va participer à la maturation de la pensée religieuse de l’abbé Michon. Il va y rencontrer les chrétiens orientaux séparés de Rome. «Les catholiques d’Europe n’oublieront jamais leurs frères de Palestine», écrit-il. Pendant les années qui suivirent son retour, il va alors tenter d’intéresser les catholiques français à la cause de la réconciliation. Dans ses bagages, il ramènera un riche herbier, des vases antiques, des caisses remplies de poteries, de fragments de marbre, de pièces numismatiques, etc. Au manoir de Montauzier, on peut encore voir des décorations murales d’inspiration orientale. Mélanie Papillaud 37
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■


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