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Charles Gustave Martin de Chassiron a rapporté de Chine et du Japon, en 1860, une étonnante collection
Par Mireille Tabare
Un précurseur du japonisme
e son ancêtre Mathieu, parti sur les mers cent cinquante ans plus tôt faire fortune en ExtrêmeOrient, Charles Gustave tient peut-être son goût des voyages et son attirance pour les civilisations asiatiques. Né en 1818 d’une lignée de notables originaires de Saint-Denis-d’Oléron, il passe son enfance au château familial de Beauregard, à Nuaillé-d’Aunis, près de La Rochelle. Très jeune, il entre au Conseil d’Etat, avant d’entamer, en 1848, une carrière diplomatique comme attaché d’ambassade en Tunisie. En 1850, il épouse Caroline Murat, petite-cousine de Louis Napoléon Bonaparte. Le baron et sa femme s’installent à Paris. Ils sont très liés au couple impérial et participent activement à la vie mondaine du Second Empire. «La carrière diplomatique va bientôt entraîner le baron de Chassiron loin des fastes des salons parisiens, dans le sillage des opérations Guillaume Bonnin s’intéresse militaires menées par les Européens aujourd’hui aux voyageurs français pour pénétrer l’espace chinois, exen Corée au XIXe siècle, dans le cadre plique Guillaume Bonnin, qui a conde sa thèse de doctorat au laboratoire sacré à ce personnage son mémoire MAPA de l’Université de La Rochelle, de maîtrise d’histoire à l’Université sous la direction de Guy Martinière. de La Rochelle en 2002. La deuxième guerre de l’Opium, déclenchée en 1857, se solde par la prise de Canton puis de Tien Tsin en mai 1858. La mission diplomatique conduite par le baron Gros, à laquelle participe Charles Gustave et qui débarque à Hong Kong en juin 1858, a pour objectif de négocier des traités, qui entérineront les victoires militaires. Les diplomates signent avec les Chinois le traité “inégal” de
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Tien Tsin, qui impose à l’Empire la réouverture des ses principaux ports au commerce extérieur et la libre circulation des étrangers sur son territoire, puis en octobre à Yedo (l’actuel Tokyo), un traité plus amical d’alliance et de commerce avec les Japonais.» Les émissaires français resteront en Asie jusqu’à la fin de la campagne militaire en 1860. Sur le chemin du retour, le baron fait étape en Malaisie, puis à Java, avant de regagner la France en 1861. Durant son périple de trois ans en Extrême-Orient, cet homme curieux et cultivé s’est pris de passion pour la culture chinoise et surtout japonaise. De son expédition, il rapporte une extraordinaire collection réunissant des œuvres d’art (livres, estampes, ivoires, laques, sculptures) et des objets de la tradition et de la vie quotidienne (meubles, armes, armures, costumes…) pour l’essentiel en provenance du Japon. Il rapporte également un journal de voyage, qui sera publié en 1861. Le baron de Chassiron se retirera ensuite dans ses terres charentaises, où il succédera à son père à la tête de la commune de Nuaillé-d’Aunis en 1868. Il occupera ce poste jusqu’à son décès en 1871. «Les Notes sur le Japon, la Chine et l’Inde (18581859-1860) [un ouvrage consultable à la médiathèque Michel-Crépeau de La Rochelle], qui se présentent sous forme de lettres accompagnées de dessins et de cartes, offrent l’intérêt de nous livrer le témoignage à chaud d’un acteur et spectateur privilégié de la rencontre entre deux mondes. Le regard qu’il porte sur l’autre est celui d’un esprit tout à fait en phase avec les valeurs de son époque, imprégné notamment de la certitude de la supériorité de la civilisation européenne. Ainsi, la Chine, qui refuse de s’ouvrir au “progrès occidental”, demeure pour lui
Benjamin Caillaud
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une énigme. Il se sent plus proche des Japonais, plus réceptifs à l’influence européenne.» A ses yeux, cette différence se traduit principalement dans l’art, qu’il utilise comme un outil permettant de mesurer le degré d’ouverture d’un peuple aux influences extérieures. Selon ces critères, la supériorité de l’art japonais sur l’art chinois est pour lui incontestable. «Par-delà cette vision faussée par le contexte idéologique et politique, on doit au baron esthète d’avoir su, parmi les premiers, apprécier la richesse et l’originalité de civilisations encore peu connues en Europe, et il est considéré comme l’un des pères du japonisme, dont la mode s’est répandue à la fin du XIXe siècle. Sa collection, qui réunit toutes les facettes de l’art japo-
nais de cette époque, constitue encore aujourd’hui l’une des plus importantes collections d’art japonais en France. En rassemblant tous ces objets, en publiant son récit de voyage, Charles Gustave a aussi le mérite d’avoir voulu faire partager aux Français sa passion pour la culture japonaise.» ■
LA COLLECTION CHASSIRON À LA ROCHELLE
On peut découvrir la collection d’objets chinois et japonais rapportés par le baron au musée d’Orbigny-Bernon, qui lui a consacré une exposition en 1999. A partir de juillet 2007, le muséum d’histoire naturelle présentera,
Illustration de Ichimosai Yoshitora, 1851 (ci-dessus) et écritoire japonais (page de gauche). Musée d’OrbignyBernon, La Rochelle. J + M photographes.
dans son nouvel espace d’exposition dédié aux grands voyageurs charentais, des objets en provenance des îles indonésiennes : maquettes d’habitations, instruments de musique, épées javanaises…
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