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Victor et Emmanuel Largeau, deux Africains

Victor et Emmanuel Largeau, deux Africains. Les Largeau, père et fils, ont contribué à la connaissance du Sahara et du Tchad, l’un en explorateur, l’autre en militaire.

Par Dominique Breillat, doyen honoraire de la faculté de droit de l’Université de Poitiers. Illustration : gravure extraite de son livre « Le pays de Rirha » et photo d’une poterie Bwendé, objet rapporté par Victor Largeau, collection des musées de Niort, par Berthrand Renaud.

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    Sahara
    Les Largeau, père et fils, ont contribué à la connaissance du Sahara et du Tchad, l’un en explorateur, l’autre en militaire Par Dominique Breillat
    Victor et Emmanuel Largeau
    Deux Africains T o u m a ï , découvert le 19 juillet 2001 par l’équipe de Michel Brunet, a plus d’un lien avec notre région. Le site de la découverte – Toros-Menalla, dans le désert de Djourab – se trouve dans la préfecture du Borkou-Ennedi-Tibesti, dont le chef-lieu est dénommé Faya-Largeau. Le nom de Largeau est celui d’une famille de Magné près de Niort qui contribua à la connaissance de l’Afrique, et rend plus particulièrement hommage à Emmanuel Largeau qui fut à quatre reprises à la tête du Tchad. Est-ce aussi parce que le golfe des Pictons permettait à Niort d’être en communication avec la mer que le goût des grands horizons s’y est incrusté ? Il n’y a que quelques kilomètres entre Mauzé-sur-le-Mignon, patrie de René Caillié, découvreur de Tombouctou, et Magné, berceau de la famille Largeau qui laissa sa trace dans la découverte de l’Afrique. VICTOR LARGEAU, LE SAHARIEN
    teint Ghadames par un autre itinéraire mais ne peut encore poursuivre en raison de l’hostilité du pacha de Tripoli. En 1877, on lui demande d’étudier un trajet de chemin de fer transsaharien par Ouargla et Tidikelt. Mais, trahi, il ne peut une fois de plus poursuivre, les habitants d’In-Salah ayant manifesté leur hostilité. Victor Largeau revient à Niort en 1879 et sera inspecteur départemental de l’assistance publique, publiant cinq ouvrages sur l’Algérie et des contes et légendes. L’appel de l’Afrique est le plus fort. En 1886 il ob-
    Victor Largeau, né à Magné le 21 juin 1842, appartenait à une famille modeste. Typographe, il sera tenté par les grands espaces et ira en Algérie, participant à la connaissance du Sahara. Il y effectuera trois voyages qui contribueront à la connaissance du Sahara. Il voulait faire en sorte que les caravanes venant du Soudan (actuel Mali) aillent vers l’Algérie plutôt que vers le Maroc ou la Tripolitaine. En décembre 1874, il part vers Touggourt, et sur les Victor Largeau, gravure extraite t r a c e s de Duveyrier, va atteindre Ghadames, de son livre Le pays de Rirha, 1879. aujourd’hui en Libye, obtenant du medjeles (conseil) la promesse d’«un bon accueil» aux Dominique Breillat est doyen commerçants français. Mais il ne honoraire de la faculté de droit peut poursuivre plus loin manquant de l’Université de Poitiers, passionné de ressources. Il est de retour à Tougpar la géographie, le droit gourt en mars 1875. En novembre, international, le droit constitutionnel accompagné de trois Français touet la science politique. jours avec le même objectif, il at88
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    tient un poste de commandant de cercle et séjourne 18 mois dans le Fouta-Djalon (Guinée). Revenu à Niort, il part aux Touamotou en mars 1888, puis à partir de 1891 fera trois séjours au Congo y occupant différents postes et en rapportant des éléments d’une encyclopédie pahouine. Epuisé, il revient en 1897 en France pour mourir à Niort le 29 mars. EMMANUEL LARGEAU, LE TCHADIEN
    Emmanuel avait continué cette tradition africaine. Il est né à Irun (Espagne), au hasard des pérégrinations de son père le 11 juin 1867. Après des études au lycée Fontanes de Niort, il s’engage à 18 ans au 3e régiment d’infanterie de marine à Rochefort le 13 août 1885. Il sert au Soudan sous le colonel Archinard et se distingue au siège de Toubakouta. Revenu en France, il est admis à l’école de sous-officiers de Saint-Maixent dont il sort sous-lieutenant, 3e sur 451 en 1890. Lieutenant en 1892, il participe à la colonne de Kong du colonel Monteil qui lutte contre Samory. C’est là qu’il fait la connaissance de Marchand. Après un retour en métropole, il est appelé à l’état-major du ministère des colonies pour participer à l’expédition CongoNil de la mission Marchand de juillet 1896 à juillet 1898. Hasard de l’histoire, le ministre des colonies est alors un élu des Deux-Sèvres, André Lebon, éphémère mais brillant député de Parthenay de 1894 à 1898. Largeau est l’un des éléments majeurs de l’expédition Marchand, commandant le premier échelon. Il manque périr lorsqu’il est envoyé par Marchand, bloqué à Fort-Desaix, pour rechercher Baratier égaré dans le Bahr el-Ghazal. On sait que la mission Marchand, qui avait atteint Fachoda, devra abandonner ce poste pour éviter un conflit avec le Royaume-Uni. Largeau a alors 31 ans. Promu au grade supérieur, il compte déjà neuf campagnes. Après être passé à l’Ecole de guerre en 1900, sa carrière va se dérouler essentiellement au Tchad. La conquête de ce territoire s’avère difficile, la résistance étant le fait d’un aventurier esclavagiste, Rabah, qui a conquis le pays sara, le Bornou et pillé le Baguirmi, mais aussi au Nord animée par la confrérie sénoussiste dominant le Kanem et le Ouaddaï. Le 22 avril 1900 Rabah trouve la mort à la bataille de Kousseri, ainsi que Lamy. Cet événement marquait la jonction des missions Foureau-Lamy, Joalland et Gentil, venues de l’Algérie, du Soudan et du Congo. L’affermissement de la domination française au Tchad va porter l’empreinte d’Emmanuel Largeau. Il effectue cinq séjours de 1902 à 1915, interrompus par de brefs moments en métropole. Il y révèle ses qualités faites à la fois de détermination, d’énergie, d’intelligence et d’humanité. Du 8 août 1902 au 19 octobre 1902, il est administrateur du territoire des pays et des protectorats du Tchad, luttant surtout contre les Sénoussistes du Nord. Revenu en novembre 1903, il
    y reste jusqu’au 17 juillet 1904 en tant que commandant du territoire du Tchad, poursuivant la lutte contre les Sénoussistes et apportant la tranquillité au Baguirmi. Du 11 août 1906 au 25 juillet 1908, il commande le territoire militaire du Tchad devenu une partie de l’Oubangui-Chari-Tchad continuant ses raids. A nouveau en fonction du 12 mars 1911 au 8 septembre 1912 puis du 3 septembre 1913 au 29 juillet 1915. Alors qu’il a réussi à repousser la Senoussia dans le désert libyen, et occuper définitivement le Borkou et l’Ennedi, ce dernier séjour est marqué par son élévation au grade de général – le plus jeune de l’armée française – et par le début de la Première Guerre mondiale. Ayant appris avant les Allem a n d s le déclenchement des hostilités, il prend l’initiative d’attaquer Kousseri, face à Fort-Lamy qui est pris en septembre. Puis ce sera la c o n q u ê t e du Cameroun avec l’aide des Britanniques. Lorsqu’il quitte le Tchad, le territoire est stabilisé dans ses limites actuelles. Mais le général Largeau veut se battre en métropole. Il prend le commandement de la 37e brigade d’infanterie en janvier 1916. Le 26 mars, il est blessé dans le secteur du bois d’Avocourt à Verdun et meurt le lendemain. Emmanuel Largeau qui avait épousé à Dakar Fanny-Marie Zimmer, fille d’un commerçant dont il avait eu deux filles, est enterré à Magné en 1921. Tous les symboles de sa carrière sont présents. Son cercueil est recouvert du drapeau tricolore qu’il avait planté à Fachoda. A côté, on a placé deux trophées : un étendard sénoussiste pris à Aïn Galaka et le drapeau allemand pris à Kousseri. Si le général Largeau n’a pas publié d’ouvrage, ses nombreux écrits, rapports, notes, études, communications ont contribué à la connaissance de cette partie de l’Afrique. Le général Largeau était commandeur de la Légion d’honneur, mais, surtout, il avait obtenu trois fois la médaille de vermeil de la société antiesclavagiste pour la suppression de la traite et la protection des habitants du Tchad. Etonnante destinée que celle de la famille Largeau. Ils avaient contribué à la connaissance du désert, l’un par le Nord, l’autre par le Sud. Mais leurs moyens avaient été différents. Ceux de Victor étaient plus ceux du développement économique. Ceux d’Emmanuel étaient ceux du militaire. On avait là les deux ressorts de l’expansion coloniale française. ■
    Poterie Bwendé (Congo). Objet rapporté par Victor Largeau. Collection des musées de Niort. Photo Berthrand Renaud.
    Les documents rédigés par le général Largeau ont été réunis sous le titre A la naissance du Tchad (19031913), livre présenté par Louis Caron et préfacé par Joseph Tubiana (éd. Sépia, 2001). 89
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