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DOMINIQUE DESHOULIÈRES ET HUBERT JEANNEAU
Périple architectural et urbain D
ès la Renaissance, les architectes ont voyagé pour parfaire leur formation. Aujourd’hui, les étudiants en architecture sont incités à aller voir les œuvres des maîtres et à ne pas se contenter de compulser les catalogues et revues. Mais après les études, les architectes ontils le temps et le goût d’entreprendre de tels périples ? «Une image ce n’est pas l’architecture, il faut entrer dans les bâtiments et visiter les villes pour comprendre comment cela fonctionne – ce qui permet souvent de relativiser les choses. Le voyage architectural et urbain est en quelque sorte notre formation continue», affirme Dominique Deshoulières, architecte installé à Poitiers. C’est la meilleure façon de comprendre comment travaillent les autres architectes. Hubert Jeanneau, son associé, est très attentif aux détails et au contexte immédiat : «A chaque fois qu’on va voir un bâtiment, on se pose cette question en pensant à l’architecte : comment a-t-il fait ?» o u américains. Pas de présupposé haussmannien, pas de souci d’intégration du bâti dans son contexte : on ne construit pas pour des siècles, on crée des sortes de «machines célibataires», des objets absolument singuliers qui tranchent sur le reste. D’où un effet d’accumulation et de fracture que la ville absorbe finalement plutôt bien : les villes japonaises sont aussi agréables à vivre, aussi «urbaines» que les métropoles européennes. «En Europe, nous avons un rapport au temps et à l’espace public très différent, note Hubert Jeanneau. C’est sans doute pourquoi nous ne savons pas juxtaposer comme ça. D’autre part, face aux grands bâtiments publics du Japon, on n’a pas de recul, il n’y a que la rue pour les voir qui, certes, peut être large. Cela signifie une absence de hiérarchie et de mise en scène. L’objet bâti n’a pas pour fonction d’organiser l’espace qui l’entoure. Un temple peut se trouver dans un coin de rue… En outre, la culture du travail bien fait nous étonne toujours. Par exemple, la qualité du béton brut est irréprochable.» Autre constat : les architectes japonais ont capté la modernité européenne mais ils s’adaptent constamment, créent de nouvelles formes, passant d’un style à un autre sans donner l’impression qu’ils doivent accomplir une œuvre – sauf peut-être Tadao Ando, le plus célèbre. C’est encore une grande différence avec les architectes français qui cherchent à obtenir une reconnaissance internationale en développant une ligne très personnelle, immédiatement repérable. Les architectes poitevins ont très peu de projets de maisons individuelles, comme la plupart de leurs collègues français. «Dans notre pays, on construit sa maison pour la vie, très peu de gens font appel à un architecte, et surtout ne souhaitent pas prendre de risques formels, affirme Dominique Deshoulières. Au Japon, on la construit pour une vingtaine d’années et on change. Ainsi, les architectes japonais font beaucoup plus de maisons individuelles, des projets à petite échelle qui sont des lieux d’expérimentation et de test.»
Jean-Luc Terradillos
A Tokyo, boutiques de luxe : Dior, de Kumiko Inui (2004), et Prada, de Herzog et De Meuron (2003).
Détail d’un béton réalisé par l’architecte Takematsu pour son agence à Kyôto. Boutique et bureau LVMH à Tokyo (à gauche) de Kengo Kuma (2003).
Tous deux ont effectué en mai 2006 un voyage au Japon organisé par l’Ardepa, association nantaise qui réunit des professionnels (architectes, ingénieurs…). En visitant Tôkyô, Kyôto, Osaka, Nara, Sendai, Aizu, ils ont été frappés par la liberté formelle dont jouissent les architectes, qu’ils soient japonais, européens
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Dominique Deshoulières
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 73 ■
sciences
GAIN ET ROUCH
Destins d’explorateurs
ean Rouch, le célèbre ethnologuecinéaste (1917-2004), a grandi dans une famille d’explorateurs, les GainRouch, dont le point de départ fut l’expédition en Antarctique sur le Pourquoi pas ? (1908-1910) du commandant Charcot. A bord, l’officier de marine Jules Rouch (1884-1973) sympathise avec un jeune naturaliste, Louis Gain (1883-1963) dont il épousera la sœur, Luce, quelques années plus tard. Dans la famille, il y a un autre scientifique, Gustave Gain (18761945), chimiste et excellent photographe qui aura un fils, André Gain (19071940), qui deviendra fonctionnaire de la marine, journaliste et écrivain. Leurs voyages et missions à travers le monde sont relatés dans Destins d’explorateurs, de l’Antarctique à l’Asie centrale 1908-1950, un beau livre de Marie-Isabelle Merle des Isles, plus connue dans notre région sous le nom de son mari, Michel Chatry, à Cerizay dans les DeuxSèvres où elle est conseillère municipale. Pierre Gain (1903-1983), frère d’André, était son beau-père et, de ce fait, elle a hérité d’archives familiales qu’elle dévoile en partie dans ce livre. De superbes photographies illustrent les voyages de Louis Gain
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Carnet de notes de l’ethnologue Jean Rouch.
et Jules Rouch en Antarctique, puis en Afrique (1911-1913), de Gustave et Louis Gain au Turkestan russe (1914), de Jean Rouch en Afrique (1946-1949). «Ces familles d’origine modeste sont un exemple formidable de la promotion républicaine et personne ne l’a oublié, affirme Marie-Isabelle Merle des Isles. Tous ont gagné leur liberté grâce à la fonction publique et, comme en reconnaissance de dette, ils ont pratiquement tout donné à l’Etat. Par exemple, Jean Rouch n’avait pas un objet africain dans son studio. Ces hommes étaient à la fois scientifiques, donc curieux et rigoureux, poètes et artistes, ce qui a donné un mélange détonnant. En outre, l’expérience de chacun servait aux autres ; toutes les lettres le démontrent.» «Gustave m’a appris à voir», disait Jean Rouch. Cette qualité du regard et de l’attention à l’autre est perceptible aussi sous la plume d’André Gain. Son livre sur Tahiti, Aux jardins des mers, écrit en 1939, est loin de l’exotisme de pacotille. Au contraire, on sent qu’il a réellement compris les Polynésiens, c’est pourquoi ce livre a été récemment réédité par Daniel Margueron en Polynésie (2000). Pour l’anecdote,
Jeune fille Songhaï, photo de Jean Rouch.
signalons que Jules Rouch avait un père qui fut quelque temps receveur des postes à Thouars, et que sa carrière d’officier de marine l’a conduit à Rochefort. «Jean Rouch m’a dit que Jules habitait à côté de la maison de Pierre Loti, raconte MarieIsabelle Merle des Isles, et que son père voyait le célèbre écrivain dans son jardin, juché sur ses talons hauts…» J.-L. T.
Marie-Isabelle Merle des Isles, Destins d’explorateurs, de l’Antarctique à l’Asie centrale 19081950, éditions de La Martinière, 2005.
MPFT
MICHEL BRUNET
Dans le désert du Tchad, le paléontologue poitevin et son équipe ont ajouté un nouveau chapitre à l’histoire de notre origine, avec la découverte d’Abel (1995) et de Toumaï (2002). Une aventure scientifique et humaine relatée avec constance depuis 1993 par L’Actualité Poitou-Charentes.
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