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Selon Jean Airvaux, le visage peint découvert dans la grotte charentaise est «l’un des summums de l’art préhistorique»
La grotte de Vilhonneur
J
ean Airvaux, préhistorien au Service régional de l’archéologie (Direction régionale des affaires culturelles), coordonne les travaux de sécurisation de la grotte ornée de Vilhonneur, découverte l’automne dernier en Charente par des spéléologues. Date ancienne de 27 000 ans B.P.*, coexistence de peintures – dont une anthropomorphe sans équivalent connu, selon lui, dans l’art paléolithique – et de vestiges humains... L’auteur de L’art préhistorique du Poitou-Charentes, préfacé par Jean Clottes, détaille ce qui constitue l’intérêt majeur du site.
L’Actualité. – La grotte ornée de Vilhonneur s’est révélée d’un intérêt majeur notamment en rais o n de son appartenance à une période ancienne...
Entretien Astrid Deroost Photos Jean Airvaux
elle fait assurément partie d’un vaste réseau karstique ; d’autre part, de la présence d’un squelette humain dans la salle des peintures. A Cussac, des squelettes humains ont été déposés dans des bauges d’ours. Peut-être s’agit-il d’une pratique liée au comportement saisonnier des ours, à leur «renaissance» au printemps, et aux croyances préhistoriques.
D’où, pour Vilhonneur, l’hypothèse d’une possible sépulture ?
La grotte ornée de Vilhonneur a été attribuée à la culture gravettienne (28 000 – 21 000) sur des considérations thématiques et stylistiques qui évoquent ce qui est connu dans des sites géographiquement proches (Pech-Merle dans le Lot, Moulin de Laguenay en Corrèze). Nous n’avons pas, actuellement, de datation directe des peintures. Ce sont les vestiges humains, probablement contemporains de ces peintures, qui ont fait l’objet de plusieurs analyses du radiocarbone. La date, en moyenne, est de 27 000 ans B.P., à la charnière de la culture aurignacienne, illustrée par la célèbre grotte Chauvet (Ardèche), et de la culture gravettienne, à laquelle la grotte de Cussac (Dordogne), découverte également ces dernières années, se rattache.
Jean Airvaux. – La coexistence de l’art pariétal et de vestiges humains dans une grotte profonde est également déterminante ?
* Dates du Carbone 14, (B.P. : Before present).
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L’intérêt national de cette grotte vient de ce qu’elle constitue, d’une part, un ensemble historiquement et artistiquement cohérent, n’ayant subi aucune dégradation, et qu’elle présente un important potentiel car
De tous les temps, sans doute, la terre, le milieu souterrain, la roche ont été considérés, par de nombreux peuples, comme source de vie fondamentale. Pour le préhistorique, la roche des grottes n’est peut-être pas uniquement un support, mais elle serait censée «contenir» le vivant, ou ce qui le deviendra, ou encore ce qui le fut. On peut aller jusqu’aux hypothèses chamaniques proposées par Jean Clottes et deviner sous la surface des parois, dans le volume des reliefs, la manifestation des esprits des ancêtres qui y séjourneraient. Mais, d’une façon plus générale, les préhistoriques ont peut-être pensé qu’il existait quelque chose de fondamental pour le vivant dans la terre, au sens large. Ils sont intervenus dans ce processus en imposant à la roche des peintures et des gravures. Des reliefs évocateurs des formes vivantes ont été très souvent soulignés, parfois de quelques traits peints ou gravés. Dans l’hypothèse de telles croyances, le dépôt des morts en ce milieu, et même tout simplement l’inhumation en terre, trouve toute sa dimension spirituelle. D’après les premières études anthropologiques réalisées par Dominique Henry-Gambier (Université de Bordeaux I), on pense que le squelette découvert appartient à un jeune homme adulte dont la morphologie paraît moderne. Il ne s’agit pas d’un néandertalien. Dominique Henry-Gambier évoque l’hypothèse d’un «dépôt non enfoui» et des «caractéristiques qui ne sont pas sans évoquer la situation décrite dans la grotte ornée de Cussac».
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Le site est-il exceptionnel pour la région pourtant riche de témoignages artistiques préhistoriques ?
En Poitou-Charentes, on a très peu de peintures paléolithiques connues. A Font-Serein (Lussac-les-Châteaux, Vienne), une peinture, également attribuée au Gravettien, figure principalement un mammouth. C’est pourquoi, cette nouvelle découverte est d’un grand intérêt scientifique.
A Vilhonneur, l’une des peintures est présentée comme une face humaine. Pouvez-vous la décrire ?
historique y a ajouté quelques traits de peinture : deux pour les yeux, un trait unique pour le nez, un pour la bouche, et peut-être un pour une mèche frontale. Ce graphisme simple et sobre confère à cette œuvre une remarquable puissance expressive. C’est une œuvre unique, sans comparaison possible. Depuis sa découverte, elle a été considérée par certains – qui ne l’ont pas vue – comme une œuvre mineure, sommaire ou maladroite. C’est bien au contraire l’un des summums de l’art préhistorique.
Vous notez un prolongement possible à ce visage ?
Une main négative noire réalisée par soufflage. L’un des doigts en forme de crochet rappelle certaines mains observées dans les grottes de PechMerle et de Laguenay.
Dans la salle où se trouvent la majorité des œuvres, une formation naturelle qui évoque une tête humaine a été peinte. Il s’agit d’une émergence de calcaire de forme ovale, cernée par des concrétions de calcite imitant à la perfection une chevelure. L’artiste pré-
Ce visage, d’environ trente centimètres de hauteur, à deux mètres au-dessus du sol, en impose déjà par ses d i m e n s i o n s . Parmi l’ensemble des concrétions stalagmitiques qui l’entourent, on peut, avec un peu
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D’autres éléments peints ont été mis au jour ?
A Vilhonneur, on trouve beaucoup de ponctuations rouges, une séquence de traits noirs, des enfourchements de calcite peints... et une main négative noire. La morphologie de cette dernière rappelle celles observées dans les grottes de Pech-Merle et de Laguenay : l’un des doigts forme un crochet qui, assurément, constitue un élément de signification. On connaît, par ailleurs, dans la région franco-cantabrique et dans la grotte Cosquer à Marseille, des mains «mutilées».
D’autres travaux sur la datation sont à venir ? Quel sera le programme de recherches ?
Si nous trouvons des peintures à base de charbon de bois, il sera possible de les dater directement. Le programme de recherches devrait comprendre : le relevé topographique de la totalité de la cavité et du terrain ; la poursuite des recherches spéléologiques ; l’étude géologique relative à la formation du réseau ; les relevés topographiques et photographiques des œuvres ; l’étude de l’art ; et, enfin, les études anthropologiques et paléontologiques. Mais, en un premier temps, des travaux de sécurisation devraient intervenir dès la fin de cette année.
Le site est fermé au public pourtant sensible aux découvertes qui touchent la préhistoire.
La paroi où l’on distingue le visage à environ 2 m audessus du sol.
d’imagination, voir, notamment, des mains. De la peinture rouge a été déposée dans des bifurcations de concrétions, situées de part et d’autre. Ce pigment rouge de l’hématite a été très utilisé dans l’art préhistorique. Il évoque évidemment le sang, et donc la vie. Indiscutablement, le statut de cette œuvre dépasse celui de la simple représentation.
Une œuvre unique pour le Gravettien, pour l’ensemble de la préhistoire ?
A Vilhonneur, des photos accompagnées de textes sont déjà à la disposition du public. Des reconstitutions partielles comme celle du panneau comportant le visage humain peuvent être envisagées à partir de relevés tridimensionnels... Mais le site ne sera pas ouvert au public. ■
UNE LONGUE EXPLORATION
Située à 20 km d’Angoulême, sur la commune de Vilhonneur, au lieu-dit les Garennes, la grotte ornée, baptisée «grotte de Vilhonneur», est datée à 27 000 ans B.P. La découverte de peintures a été signalée au Service de l’archéologie le 9 décembre 2005 par Gérard Jourdy. L’accès au réseau karstique, qui se développe sur 266 m, a nécessité plusieurs années de travaux de désobstruction par une équipe de spéléologues, dont Dominique Augier, Bruno Delage, Gérard Jourdy, Jean-Michel Rainaud, Pierre Vauvillier, etc. L’accès est possible par un aven du plateau. C’est dans les salles les plus profondes que se trouvent des peintures, un squelette humain et des squelettes d’hyènes. Au printemps 2006, la datation du squelette humain à 27 000 ans B.P. confirmait l’hypothèse émise peu après la découverte.
Le Gravettien a produit beaucoup de petites figurines comme celle de Brassempouy dans les Landes. Il s’agit d’une tête humaine sculptée de deux centim è t r e s qui, vue de face, rappelle la sobriété de l’œuvre de Vilhonneur. La préhistoire a livré assez peu de représentations humaines. Dans le Poitou, le Magdalénien moyen dit «de Lussac-Angles», aux alentours de 14 250 ans B.P. comprend deux sites majeurs : Le Roc-auxS o r c i e r s à Angles-sur-l’Anglin et La Marche à Lussac-les-Châteaux, dans la Vienne. Ces sites ont livré des centaines de plaquettes portant des représentations humaines, qui peuvent être considérées comme d’authentiques portraits. Leur signification est donc d’une tout autre nature.
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Préhistoire du Sud-Ouest (n° 13/2006-1) a publié un article sur la grotte de Vilhonneur. Les auteurs dont Jean Airvaux et Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie, livrent un historique de la découverte, une description du réseau karstique orné, des cartes, des photographies... www.quercy.net/ institutions/prehistoire-quercinoise/index.html, Font Saint-Jean, 46500 Thégra
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