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Michel Brunet : « D’Abel à Toumaï »

Paléontologie – Michel Brunet : « D’Abel à Toumaï ». Livre qui retrace le parcours scientifique de Michel Brunet. Par Jean-Luc Terradillos.

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    paléontologie
    MICHEL BRUNET
    D’Abel à Toumaï près deux films documentaires sur Abel et Toumaï, des centaines de conférences et d’interviews, voici le livre qui retrace le parcours scientifique de M i c h e l Brunet, «nomade, chercheur d’os». En bon pédagogue et vulgarisateur, le paléontologue de l’Université de Poitiers commence par résumer ce qu’il faut savoir, au minimum, de «l’histoire de notre histoire», c’est-à-dire depuis la découverte de l’homme de Neandertal en 1856, puis celle du premier australopithèque en 1924 et ainsi de suite jusqu’à nos jours. Puis il raconte la découverte au T c h a d d’Abel (Australopithecus bahrelghazali) en 1995 et de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) en 2001, deux «inattendus de l’histoire» qui, du fait de leur présence à l’ouest de l’Afrique et de leur âge (respectivement 3,5 et 7 millions d’années), ont bouleversé les théories de l’origine de l’homme. Dans son récit, Michel Brunet produit une synthèse très accessible à un large public sur ces deux fossiles, il explique toutes les étapes de la démarche scientifique, sans omettre les tâtonnements et les doutes. «Pour progresser, la science a besoin d’audace, de pari, de contrepoint. Si tous
    A
    Michel Brunet dans le désert tchadien, le 23 janvier 1995, au moment où il découvre la mandibule d’Abel.
    les scientifiques cherchent dans la même direction, leur capacité d’innovation s’en trouvera sérieusement altérée», écrit-il en plaidant pour que la France développe la recherche fondamentale afin de rester un «pays d’innovation» et non pas devenir un «pays d’imitation». La recherche exige donc imagination et liberté mais aussi beaucoup de ténacité. Ainsi, avant de pouvoir aller au Tchad, Michel Brunet a prospecté dix ans au Cameroun sans grand succès, «longue traversée du désert» qu’il compense un peu grâce à son mandat municipal à Montamisé – «pour me sentir utile à la collectivité», confie-til, «pour mieux supporter la stérilité passagère de ma quête scientifique». Tout au long du livre, Michel Brunet nous gratifie de souvenirs et de réflexions qui révèlent la dimension humaine de la recherche, «mélange de joies et de drames, d’espoirs et de trahisons». Il aime le désert et le vent qui «déblaie, révèle, cache, détruit» les fossiles, à la fois meilleur ennemi et meilleur allié du paléontologue. On ne triche pas dans le désert, donc aucun membre de l’équipe n’a été «exonéré» de cette expérience. Quantité de détails peuvent empoisonner la vie en milieu extrême, y compris les règles de la comptabilité publique française jugée inadaptée : «Comment exiger d’un chef de mission qu’il achète dans une capitale africaine les 40 tonnes de matériel nécessaires à la survie d’une équipe de vingt-cinq personnes pendant deux mois en imposant aux fournisseurs des factures pro forma associées à des délais de paie-
    ment de trois mois ?» Michel Brunet assure que le système de contrôle des dépenses a posteriori pratiqué par les AngloSaxons, et non a priori, «apporterait une bouffée d’air salvatrice à la paléontologie française pour ses missions de terrain à l’étranger». Et il se propose d’emmener quelques hauts fonctionnaires de Bercy pour les convaincre… Ce goût du terrain, Michel Brunet l’a acquis dès son enfance. Né en 1940 à Versailles, il a passé ses sept premières années dans la ferme de ses grandsparents, dans le sud de la Vienne, sans aller à l’école, libre d’explorer la nature, comme un petit sauvage. Jean-Luc Terradillos Ed Odile Jacob, 254 p., 21,90 €
    «PROTÉGER LA RECHERCHE FONDAMENTALE» «Il est fondamental que la France se dote d’une stratégie scientifique forte et pérenne. Il est fondamental que notre pays reste un pays d’innovation et ne devienne pas un pays d’imitation. Ses objectifs scientifiques prioritaires doivent résister à l’alternance politique, aux obligations de résultats immédiats.» […] «Dans l’économie de la connaissance, qui est une des MPFT
    caractéristiques de notre époque et des rapports de force entre les pays, nous devons protéger la recherche fondamentale et privilégier l’excellence pour ne pas être condamnés à adopter une politique de suivisme, notamment à l’égard des Etats-Unis. Les chercheurs français sont appréciés des équipes américaines pour leur culture généraliste. Nous devons conserver cet atout pour continuer la course en tête, au moins dans certaines thématiques.» 19
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 74 ■
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    19
    03/10/2006, 19:06


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