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Lewis Trondheim, le pouvoir au dessin

Bande dessinée – Lewis Trondheim, le pouvoir au dessin. Lewis Trondheim est grand prix 2006 de la ville d’Angoulême et président du 34e Festival international de la bande dessinée.

Entretien réalisé par Astrid Deroost, portrait de Lewis Trondheim par Dominique Hérody, dessin de Lewis Trondheim.

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    bande dessinée
    Lewis Trondheim est grand prix 2006 de la ville d’Angoulême et président du 34e Festival international de la bande dessinée Entretien Astrid Deroost Portrait Dominique Hérody
    Lewis Trondheim le pouvoir au dessin A u t e u r complet de bande dessinée, c o f o n d a t e u r en 1990 de L’Association – phare de l’édition indépendante et alternative –, directeur de la collection Shampooing chez Delcourt, membre-initiateur de l’Ouvroir de bande dessinée potentielle sur le modèle de l’OuLiPo, affilié trois ans à l’atelier de dessinateurs Nawak, adepte des entreprises livresques collectives ou solitaires, pour lectorat adulte ou jeunesse... Lewis Trondheim est aussi père de Lapinot et bâtisseur, avec Joann Sfar, de l’exponentielle série Donjon. L’Actualité. – Quelles circonstances sont à l’origine d’une pratique aussi jubilatoire, complète, de l’art bande dessinée ?
    C’est le hasard qui m’a conduit à la bande dessinée. Si je n’avais pas fait l’armée et si, dans le bureau à côté du mien, il n’y avait pas eu un type qui faisait un fanzine et qui travaillait aux Cahiers de la Bande Dessinée, j’aurais pu être avocat, pilote de ligne ou bandit. Ensuite, de fil en aiguille, j’ai rencontré des bonnes personnes au bon moment et, l’union faisant la force, on a pu s’en sortir et démontrer qu’on pouvait faire de la bande dessinée de manière différente. Lewis Trondheim. – Vous proposez et défendez une «bande dessinée moderne tout public», une «bande dessinée tout public d’auteur»...
    J’imagine qu’il y a un auteur derrière tout album. Malgré tout, quand l’auteur se plie au diktat de l’éditeur, il n’est plus vraiment auteur. Auteur vient du latin et de «autorité», c’est donc celui qui décide. Si l’éditeur décide, est-ce encore un auteur ? Toutes les révolutions ou évolutions ont été créées par des auteurs. Charlier et Goscinny pour Pilote, Mandryka, Gotlib, Bretecher pour L’Echo des Savanes, Will E i s n e r pour la notion de «roman graphique», Moebius, Druillet pour Métal Hurlant, Gotlib pour 18
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 75 ■
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    10/01/2007, 12:38
    Fluide Glacial, et enfin notre groupe de l’Association pour démontrer les valeurs d’une bande dessinée d’auteur sans concession. Mais le public n’est pas un gros veau auquel on doit fournir toujours la même soupe. Les éditeurs le font car la plupart n’ont pas d’imagination ou ne veulent pas prendre de risques. A nous, les auteurs, de montrer ce qu’on veut faire, ce qu’on veut lire et montrer toutes les potentialité de notre mode d’expression. Certains partis pris – dessin non réaliste, formats et sujets non stéréotypés... – sont emblématiques d’une nouvelle génération d’auteurs (Menu, Sfar, Blain, Killoffer, Ayroles…). Pourquoi cette rupture ?
    E x p é r i m e n t a l e , autobiographique, d’aventure, satirique, animalière, heroic fantasy... Outre ces registres ou genres, que d’ailleurs vous croisez, qu’aimeriez-vous explorer ?
    Peu importe tant que je m’amuse et que je me surprends. Dans La Malédiction du parapluie, votre avatar animalier, devenu membre de l’académie des grands prix de la ville d’Angoulême, ironise sur son statut de trublion... Cercle vertueux ou infernal de la reconnaissance ?
    Pour nous, la bande dessinée est une forme d’écriture. Nous ne sommes pas dans la répétition, le clonage, la dégénérescence ou l’illustration. Le dessin doit être efficace et utile. S’il y a une adéquat i o n avec l’histoire, le dessin n’en devient alors que plus fort. En plus de Spiegelman, Muñoz, Baudoin... quels aînés invitez-vous dans votre ronde et pourquoi ?
    Bah... De toute façon, je m’en fiche, à Angoulême prochain, il y aura un autre grand prix et je pourrai de nouveau fermer la porte aux journalistes. Là, j’accepte le jeu pour promouvoir la bande dessinée cette année, c’est mon rôle de grand prix. Ensuite, vacances et dessin. L’affiche, votre affiche du festival 2007, semble doter la bande dessinée de fonctions intrinsèques : contestation, anticonformisme... Couverture et planche du nouvel album de Lewis Trondheim,
    Fred, F’Murrr, Herriman, Crumb et plein d’autres ont ouvert la voie. C’est une forme de bande dessin é e naturelle et non stéréotypée par les éditeurs pour un public.
    J’ai surtout fait une affiche et non une illustration. Je voulais un impact visuel avec une notion de «pouvoir au dessin». Nous sommes trop dans une société où le dessin est méprisé au profit des maths, ou du français. Le dessin est notre première forme de communication. Et en plus, c’est un langage universel. Quel dommage de le sous-employer ainsi... ■
    Ile Bourbon 1730, un roman graphique d’aventure et de flibuste de 250 pages, coscénarisé par Appolo (coll. Shampooing, Delcourt).
    Un auteur en mouvement Pas de grande rétrospective mais une exposition surprise sur l’univers de la BD, en sept tableaux ironiques, supervisée par Lewis Trondheim. Le président du jury du 34e festival de la bande dessinée d’Angoulême, a préféré la célébration du 9e art à celle de sa personne. Laurent Chabosy, dit Lewis Trondheim, 43 ans, originaire de Fontainebleau, a publié son premier ouvrage, Psychanalyse, en 1990 aux éditions du Lézard... Décennie qui marque le début de son activité, très dense, d’auteur novateur. Il participe au collectif expérimental Labo dirigé par JeanChristophe Menu chez Futuropolis puis accompagne la création de L’Association, maison d’édition indépendante, emblématique d’une nouvelle et talentueuse génération d’auteurs (Sfar, Blain, Killoffer, Ayroles...). Trondheim publie également chez d’autres indépendants, comme Le Lézard (Lapinot et les carottes de Patagonie (avec L’Association) pavé de 500 pages, Monolinguistes, 1992), Rackham ou Cornélius. A partir de 1994, il rejoint la grosse édition : Le Seuil avec Mildiou et La Mouche (manga publié au Japon chez Kodansha) et Dargaud avec la série des Formidables aventures de Lapinot tout en signant, toujours, des titres à L’Association (Diablotus en solo, Nous sommes tous morts avec Jean-Luc Coudray...). Lewis Trondheim fait également des incursions dans la presse (Les Inrockuptibles, Je Bouquine, etc.), la publicité et le dessin animé avec l’adaptation à l’écran de La Mouche. En 1998, Lewis Trondheim entre chez Delcourt avec Donjon, série d’heroic-fantasy aux multiples volumes, réalisée avec Joann Sfar puis Christophe Blain et avec les collaborations graphiques de Mazan, Blutch, Yoann, Carlos Nine, Frédéric Bézian... Il travaille aussi avec Manu Larcenet (Les cosmonautes du futur, Dargaud), Thierry Robin (Le petit père Noël, dans Spirou), José Parrondo (Allez Raconte,
    Delcourt)... et poursuit son chemin en solo avec Mister O et Mister I ou la série pour enfants Monstrueux chez Delcourt... La Malédiction du parapluie, tendre balade autobiographique, est publiée chez Delcourt, dans la c o l l e c t i o n Shampooing, nouvellement dirigée par l’auteur. Bibliographie complète sur www.lewistrondheim.com, site officiel de l’auteur. 19
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