// vous lisez...

Archive - auteurs : -

Routes : Oyeuse fêtes

Routes – Oyeuse fêtes. Par Pierre d’Ovidio, photo : Claude Pauquet.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    routes
    INGRANDES
    Oyeuse fêtes e fais partie de la triste cohorte des grognons. Je suis, et de longue date !, de la troupe de ceux qui voient arriver le temps des fêtes de fin d’année et leurs réjouissances imposées – on qualifie de même certaines figures dans les compétitions de patinage artistique – avec une morosité croissant à mesure que s’annonce le solstice d’hiver. J’en enregistre avec mélancolie les signes avant-coureurs qui se multiplient un peu partout, y compris dans les villages les plus reculés. Début décembre, parfois dès la mi-novembre, certaines maisons sont livrées à des orgies de décorations lumineuses qui additionnent dans le plus grave désordre traîneaux, pères Noël, rennes, sapins, guirlandes, etc. Sans compter les pères Noël non lumineux mais sportifs, pseudoalpinistes à barbe blanche, qui escaladent la moindre façade. Certains y passent même le reste de l’année, oubliés dans des positions très certainement inconforta-
    J
    Par Pierre D’Ovidio Photo Claude Pauquet
    bles, histoire de faire croire que c’est Noël toute l’année. On reste sceptique… Il paraît que c’est une forme d’activité créatrice, ainsi les particuliers se transforment en artistes et font exploser leur consommation d’énergie à une époque où les médias rabâchent à l’envie leurs conseils d’économie. Esprit de contradiction, schizophrénie sociale ? Faudraitil construire de nouvelles centrales ? Cette débauche de lumière rejoint la définition de fête donnée dans les dictionnaires : au XIIe siècle le mot était employé pour «foire», ou «tapage» au XIIIe, avant de désigner par «extension toute occasion de débauche (1879), surtout dans faire la fête». On ne parle pas ici du «ça va être ta fête», plus récent. Il n’est pas de municipalité qui ne se fasse un devoir d’accrocher en travers des rues, des routes, des guirlandes qui clignotent, avec des variantes minimes, d’identiques souhaits de Bon Noël, Bonnes Fêtes ou Bonne Nouvelle Année. Ces vœux sont autant de spectacles attristants qui me donnent envie de rentrer chez moi, de m’y cacher, suivant en cela Alexandre Vialatte, toujours de bon conseil, qui note
    dans son Almanach des quatre saisons : «Décembre voit entrer le soleil dans le solstice d’hiver par la porte du Capricorne et l’enrhumé à l’officine par la porte du pharmacien. Les cartes postales se couvrent de dorures, elles représentent une chaumière enneigée à côté d’un clocher pointu ; une lumière brille à une fenêtre ; on a envie de rentrer chez soi.» Je note à ce propos que le progrès a accompli bien des perfectionnements : nous voilà bien loin du cadre modeste des cartes postales des années cinquante ou soixante chères à Vialatte ; les dorures ont débordé sur l’espace public… Ces guirlandes offrent pourtant parfois – trop rarement à mon goût – au bougon moyen le réconfort de l’insolite. Dans une rue perpendiculaire à la Nationale 10, le bourg d’Ingrandes, entre la poste et un tabac, affiche crânement un souhait municipal surprenant. En grosses lettres rouges couvertes de neige, surmontées de croissants verts qui figurent des sapins, ces lettres disent Oyeuse fêtes. Pourquoi ce «oyeuse» ? Ce mot banal a qui l’on a rogné ses ailes, le J et le S ? La personne qui a installé la guirlande ne s’est-elle rendu compte de rien ? A-t-elle, au contraire, jugé que les lecteurs sauraient compléter, fournissant ainsi un petit exercice de lecture, un jeu que l’on peut pratiquer en famille à l’usage des petits enfants ? Un mauvais tour de la tempête qui a soufflé ces derniers jours ? On se perd. Oyeuse ébauche, quand même ! AU BOUT DES CERTAINS Le château d’Oiron expose jusqu’au 29 mars les photographies de Claude Pauquet réalisées depuis 2002 sur la côte de l’Atlantique et de la Manche. A cette occasion paraît un beau livre, édité par Le temps qu’il fait, avec des textes de Christian Caujolle, Dominique Moncond’huy et Paul-Hervé Parsy. Voir également ses photos sur les institutions sportives du Thouarsais, jusqu’au 20 janvier à la chapelle Jeanne-d’Arc de Thouars.
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 75 ■
    13
    Actu75.pmd
    13
    10/01/2007, 10:00


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (164 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu75janv2007_13

Discussion

Aucun commentaire pour “Routes : Oyeuse fêtes”

Poster un commentaire