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Shackleton, héros des glaces

Pôle sud – Shackleton, héros des glaces. En ouverture de l’année polaire internationale, l’exposition présentée à la Corderie royale de Rochefort jusqu’au 24 juin 2007 met en scène l’épopée de sir Ernest Shackleton vers le pôle Sud de 1914 à 1917.

Par Mireille Tabare, photos du Scott Polar Research Institute.

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    pôle sud
    Shackleton héros des glaces En ouverture de l’année polaire internationale, l’exposition présentée à la Corderie royale de Rochefort jusqu’au 24 juin 2007 met en scène l’épopée de Sir Ernest Shackleton vers le pôle Sud de 1914 à 1917 Par Mireille Tabare
    «
    herche homme pour voyage incertain, petits gages, froid intense, longs mois de nuit complète, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès.» Ainsi débute l’aventure, par une annonce publiée en 1914 par l’Anglais Shackleton pour recruter une équipe d’hommes hardis et aguerris autour d’un projet fou : tenter la première traversée à pied du continent antarctique – soit près de 3 300 km – en passant par le pôle Sud, depuis la mer de Weddell jusqu’à la mer de Ross. «En ce début du XXe siècle, la bataille fait rage pour la conquête des pôles, en particulier entre l’Angleterre et la Norvège, explique Arnaud Dautricourt, commissaire de l’exposition. Le pôle Sud est atteint pour la première fois en 1911
    C
    Conçue et réalisée par le Centre international de la mer, l’exposition Survivants des glaces retrace l’épopée de Sir Ernest Shackleton et de ses 27 compagnons, depuis la préparation de l’expédition jusqu’au sauvetage des hommes, en passant par la longue dérive et le naufrage du navire dans le désert de glace. Autour des 44
    images de Frank Hurley, de documents et d’ouvrages d’époque, et de quelques pièces rapportées de l’expédition, des installations conçues par des artistes contemporains restituent l’atmosphère particulière de chaque étape de cette fantastique saga des glaces. 05 46 87 01 90 www.corderie-royale.com
    par le Norvégien Roald Amundsen, puis quelques semaines plus tard par l’Anglais Robert Scott. Ernest Shackleton, officier de réserve de la Royal Navy, issu de la marine marchande, a déjà participé à deux missions d’exploration vers le grand Sud quand il décide de mener à bien son projet de traversée de l’Antarctique.» En 1914, il réussit à réunir les fonds nécessaires pour affréter deux navires – l’Endurance pour traverser la mer de Weddell, l’Aurora pour la mer de Ross –, acheter du matériel, des vivres, une soixantaine de chiens de traîneau, et recruter, la plupart par le biais de son annonce, 27 hommes d’équipage. Parmi ceux-ci, des marins, quelques scientifiques et un photographe cinéaste, Frank Hurley. Partie d’Angleterre fin 1914 à la veille de la Première Guerre mondiale, l’Endurance rejoint l’île de la Géorgie du Sud, puis met le cap plein sud. Mais en raison d’un hiver exceptionnellement froid, le navire se retrouve rapidement prisonnier des glaces. Captif d’un courant circulaire, il entame une lente dérive vers le sud. «Dans l’attente du dégel, la vie s’organise autour de l’Endurance : chasse au manchot et au phoque, courses de chiens, football, jeux de société, musique… Mais la glace progressivement mange le navire, obligeant les hommes à organiser leur camp plus loin sur la banquise, après y avoir transporté vivres, matériel, chiens, ainsi que les trois chaloupes de bord. En novembre 1915, l’Endurance disparaît, engloutie par
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 75 ■
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    les glaces. La vie sans le navire devient très difficile. Pour préserver les vivres, on abat les chiens. La survenue progressive du dégel, avec la remontée de la glace vers le nord, rend la situation des hommes encore plus périlleuse.» En avril 1916, Shackleton décide d’embarquer tout le monde à bord des trois chaloupes et de faire voile vers le nord à la recherche d’une terre ferme. Au bout de huit jours, ils atteignent l’île de l’Eléphant, une montagne glacée et… inhabitée. Shackleton tente alors l’impensable. Il laisse sur place l’essentiel de l’équipe et reprend la mer sur une des chaloupes, le James Caird, avec cinq hommes – dont Worsley, le capitaine de l’Endurance – au travers des cinquantièmes rugissants pour aller chercher des secours en Géorgie du Sud. Après dix jours de navigation dans des conditions épouvantables, ils échouent sur la côte sud de l’île, dans sa partie inhabitée. Trois des hommes, malades, demeurent sur place, tandis que le chef et deux de ses compagnons entreprennent alors un ultime exploit : la traversée à pied d’une chaîne de montagnes enneigées culminant à 3 000 mètres pour rejoindre au nord de l’île le port baleinier de Stromness. «Une fois les trois autres hommes sauvés, Ernest Shackleton n’a de cesse que de trouver un navire pour porter secours au reste
    de l’équipage. Après trois tentatives infructueuses, il réussit enfin, le 30 août 1916, à atteindre l’île de l’Eléphant. Quatre mois se sont écoulés depuis son départ. En accostant, il découvre avec bonheur que les 22 hommes sont sains et saufs.» Si cette expédition est entrée rapidement dans la légende des grandes aventures humaines, c’est d’abord grâce aux images exceptionnelles, photographies et films, rapportées par Frank Hurley, restituant les moments forts – comme la lente agonie du navire –, le quotidien des hommes, perdus sur la glace dans le gel et le blizzard, et les paysages fascinants du grand sud. Le film South, réalisé à partir de ces clichés, fut édité en Angleterre dès 1919, et en 1920 en version française. «Le retentissement et l’issue heureuse de cette périlleuse expédition tiennent aussi, pour grande part, à la personnalité hors du commun de son leader. C’est un homme courageux, volontaire, qui prend toujours d’instinct la bonne décision au bon moment. Doté d’un fort charisme et d’un optimisme à toutes épreuves, il réussit à maintenir, dans les pires épreuves, le moral et la bonne entente au sein du groupe, et agit toujours, en priorité, pour la sauvegarde de ses hommes. Encore aujourd’hui, Shackleton continue d’incarner la figure idéale de l’aventure et de l’héroïsme.» ■
    Photographies de Frank Hurley : portrait de Sir Ernest Shackleton (1874-1922) et l’Endurance.
    Scott Polar Research Institute
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