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A Rochefort à partir du 2 mai, le musée d’art et d’histoire permet de découvrir l’art contemporain papou. Entretien avec le spécialiste français, Roger Boulay
Entretien Jean-Luc Terradillos
Rochefort - Musée d’art et d’histoire
Chimbu peintres papous
L
’art contemporain papou, encore méconnu dans les pays occidentaux, allie actualité et traditions, le tout sur un ton haut en couleurs. Le musée Hèbre de Saint-Clément de Rochefort présentera dès le 2 mai 2007 l’exposition «Chimbu, peintres contemporains papous», réalisée en collaboration avec le musée des Confluences de Lyon et le Centre culturel Tjibaou (Nouvelle-Calédonie). Roger Boulay, ethnologue océaniste et chargé de mission à la direction des musées de France (entretien dans L’Actualité n° 73, été 2006), a pris le parti de faire connaître et reconnaître, à travers cette exposition, les précurseurs de la peinture contemporaine papoue.
L’Actualité. – Qui sont les Chimbu ?
Il s’agit d’un peuple de PapouasieNouvelle-Guinée vivant depuis 6 000 ans dans les hautes vallées des Highlands. Terres reculées et inaccessibles du centre de l’île, les Blancs ne s’y sont aventurés qu’en 1930. A l’opposé de bien d’autres peuples, les Chimbu sont totalement ouverts sur le présent, leur vie quotidienne n’est rythmée d’aucune référence au passé. Très tournés vers les stimulations extérieures, ils sont perméables aux changements, aux nouveautés et s’en imprègnent. Ils se montrent très intéressés par le spectacle réjouissant de l’arrivée des Blancs et de ce qu’ils peuvent proposer. Mais la peinture papoue n’existe pas encore à ce moment-là. Ils investissent toute leur créativité artistique dans les ornements corporels : plumes, peintures corporelles somptueuses… Ils sont fascinés par les dessins des journaux, les photographies… des images complètement étrangères à leur système de représentation. C’est de là que vient l’idée de représenter leur vie quotidienne, leur vie rituelle à travers la peinture. En fait, ce sont des peintres qui n’ont jamais fait de peinture. Dans les années 1970, les Chimbu sont attirés par la ville et c’est à
Roger Boulay. –
Peintures de la collection du musée d’art et d’histoire de Rochefort. En haut, portrait d’Oscar Towa (65 x 95 cm). Ci-contre, Saint Georges par Elisabeth Kauage (47 x 63,5 cm). Page de droite, l’attentat du 11 septembre 2001 peint par Simon Gende (155 x 112 cm).
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FESTIVAL DU CINÉMA DES PAYS DU PACIFIQUE SUD
En écho à cette exposition, l’association Rochefortsur-Toile organise du 27 au 30 avril le Festival du cinéma des pays du Pacifique Sud (PapouasieNouvelle-Guinée, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, Polynésie, Australie…). Dans un but de découverte et pour aller au-delà des clichés, une dizaine de films sur les peuples du Pacifique Sud seront projetés puis débattus lors de tables rondes.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
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Port Moresby, capitale de la Nouvelle-Guinée que va naître l’art contemporain papou, dont les précurseurs sont en définitive des expatriés de leur culture.
D’où leur vient ce quelque chose de «primitif» dans leur façon de peindre ?
adoptifs. Et, non pas pour se faire valoir ou pour gagner de l’argent, ils ont longtemps signé leurs propres tableaux du nom de leur «père». Ce n’est pas exactement ce que l’on pourrait appeler une «école» mais plutôt une fratrie.
Pourquoi se sont-ils mis à peindre ?
Les artistes que nous exposons, Mathias Kauage, Timothy Akis ou encore Jakupa Ako, sont tous des Chimbu et précurseurs de l’art contemporain papou. Ils n’ont appris aucune technique particulière. Quand ils arrivent à Port Moresby, ils rencontrent Ulli et Georgina Beier, couple blanc de professeurs d’arts plastiques qui les encourage à peindre les images qui les fascinent tant, sans les influencer, sans leur apprendre des techniques picturales. Ils ont ainsi pu conserver leur expression, leur style propre. C’est une chance pour eux d’avoir rencontré des Blancs qui ne les ont pas incités à abandonner leur style, ce qui se faisait alors couramment. Mathias Kauage (décédé en 2003) a donné le ton de ce style, il est le «grand papa» de la peinture contemporaine papoue. Tous les précurseurs tournent autours de lui : il y a sa femme, ses deux fils et tout un groupe d’artistes comme John Siune qui se réclament de la paternité de Mathias Kauage et que lui-même considérait comme ses fils
A partir du moment où ils ont été confrontés à la vie occidentale, ils n’ont plus eu en tête que le modèle d’images tels qu’on peut le concevoir dans notre société. On retrouve des hélicoptères, des avions dans les peintures de Mathias Kauage. Celui-ci a eu du succès assez rapidement et évidemment, les motivations financières se sont révélées utiles pour continuer. Cependant on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait un marché international de la peinture papoue, en tout cas certainement pas au même titre que celui qui existe pour l’art aborigène. Pourtant la peinture aborigène a aussi émergé dans les années 1970. Elle paraît tellement étrange, si peu comparable à la nôtre qu’elle ne semble pas primitive. Et c’est sans doute pour cette raison qu’elle a bénéficié d’un grand intérêt, qu’elle a reçu le soutien de grandes nations comme l’Australie. Cela n’a pas été le cas pour la peinture papoue, qui est parfois, et à tort, perçue comme «naïve». ■
A paraître : La peinture des papous, de Roger Boulay, Michael Mel de l’Université de Goroka, Henri Gama et Sandra Maillot du Centre culturel Tjibaou (éd. Parenthèses). Roger Boulay a publié Hula hula, pilou pilou, cannibales et vahinés (éd. du chêne, 2005). Il prépare une exposition pour le musée du Quai Branly (à partir du 23 octobre) sur «Le comte hongrois et ses cannibales : le voyage du comte de Festetics de Tolna dans les mers du Sud, 18931900».
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