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LONG-MÉTRAGE
Les vérités de Serge Roullet
Foussignac, en Charente, Serge Roullet, réalisateur (Le Mur d’après Jean-Paul Sartre, Benito Cereno d’après Herman Melville, Le Voyage étranger...), vient de tourner L’Ami, deuxième partie de Claudia disparue (2005). L’ensemble donnera, en mai, le long-métrage intitulé Avoue que tu mens. Dans la propriété viticole et familiale, Serge Roullet s’amuse des coïncidences, des lieux retrouvés, des dates anniversaires de son cinéma : «Il y a cinquante ans exactement, je tournais l’un de mes premiers films originaux Viennent les jours. L’action était censée se passer ici, chaque mois je venais (de Paris) faire une petite scène. Et je tourne aujourd’hui, ici-même, un film original... Pour moi, plaisante-t-il, Foussignac est le
A
Le film de Serge Roullet a obtenu via PoitouCharentes Cinéma, commission régionale du film, une subvention financée par le Conseil général de la Charente et la Région PoitouCharentes.
centre du monde.» Les Charentes ont une nouvelle fois livré les interprètes – les mêmes, non-professionnels –, les décors et les lumières qui siéent au style minimaliste du cinéaste ; au cadrage ultra précis de ses images, miroirs de sentiments incertains. «Tous mes personnages existent, je n’invente rien malheureusement, tous les ingrédients existent et l’on sait que c’est dans la forme que l’on juge une œuvre d’art», remarque Serge Roullet. Dans Claudia disparue, une famille protestante accueillait une jeune parente orpheline venue d’Allemagne. Rousseur des boiseries, cuivré de l’alambic, côtelé du velours qui fait l’habit bourgeois... Claudia, l’incomprise, l’«exaltée», presque indésirable, s’évadait de la demeure charentaise. Noyée, supposait-on. Gabriel, l’oncle cadet de Claudia, menait l’enquête, culpabilisé et coupable de séduction à l’égard de sa nièce. Au bout du compte, la disparue avait gagné Hambourg, ville où sa propre mère – «éloignée» par la famille – avait jadis échoué. Au début de la deuxième partie, Gabriel, repentant, a rejoint la jeune femme. Ils entament ensemble une vie de musique. Puis, peu à peu, Claudia, comme le dit joliment Serge Roullet, «se sentira déliée». Gabriel, désemparé, trouvera refuge dans «l’ami» dont il imposera la mystérieuse présence.
Angoulême, Jarnac, Saintes, La Rochelle... pour écrire, tourner, le cinéaste a suivi le fil intime de ses souvenirs, opté pour la légèreté technique du numérique et retenu des décors d’exception. «Un décor est le point de départ d’une histoire. Il influence les interprètes, il m’influence. Une cellule de l’Abbaye aux Dames de Saintes impose les contraintes de son espace, sortir des limites architecturales donne un subtil sentiment de faux, de malaise...» Comme les acteurs, Adeline Tellier, monteuse récemment diplômée du lycée de l’image et du son d’Angoulême est venue d’à-côté. La patience de la jeune femme et celle du réalisateur se sont accordées pour faire et chercher «le balancement, la durée, le tempo». Pour créer cette petite musique que l’auteur voue aux êtres et à leur improbable vérité. «Te connaîtrais-je jamais ?», dit la chanson du film. «Avoue que tu mens est mon dernier film», dit à son tour Serge Roullet... Faut-il le croire ?
Astrid Deroost
LA POLITIQUE DES RELIQUES
Au Moyen Age, les reliques des saints ne sont pas seulement des objets de culte, elles sont le signe de la puissance du pouvoir temporel. Plus le prince est grand, plus les reliques qu’il possède doivent être prestigieuses. C’est la spécialité d’Edina Bozoky, maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Poitiers et membre du CESCM, qui a effectué une belle synthèse de ses recherches dans La Politique des reliques de Constantin à Saint Louis. Protection collective et légitimation du pouvoir (éd. Beauchesne, 316 p., 39,50 €), ouvrage préfacé par Jean-Claude Schmitt.
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RENCONTRE AVEC LE DROIT D’AUTEUR
A l’Espace culture multimédia de Poitiers, des étudiants du Centre d’études sur la coopération juridique internationale de l’Université de Poitiers ont travaillé sur les problèmes de droit d’auteur. Domaine très complexe qui est explicité de façon pédagogique, avec des exemples concrets, dans une brochure éditée par l’Espace Mendès France. On y apprend par exemple à distinguer les différences fondamentales qui existent entre les deux systèmes de protection des œuvres de par le monde, c’est-àdire le droit d’auteur en France et le copyright aux Etats-Unis.
UNE CIVILISATION À HAUTS RISQUES
Après Les Scientifiques. Entre pouvoir et savoir (Albin Michel, 2006), Jean-Jacques Salomon ouvre des pistes dont chacun peut se prévaloir pour prendre la mesure des périls auxquels le XXIe siècle confronte l’humanité dans Une civilisation à hauts risques (Charles Léopold Mayer, 228 p., 22 €). Il reprend dans sa conclusion «L’impérialisme du progrès», texte publié dans L’Actualité (n° 66) qui répond aux propos d’Edgar Morin publiés dans notre revue («Dépasser la notion de développement», n° 63). Lecture à compléter par le dernier opus d’Edgar Morin, L’An I de l’ère écologique (Tallandier, 128 p., 7 €).
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
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culture
JOSIE LÉVY MARTIN
Ne dis jamais ton nom E
n 1944, Josie Lévy Martin, fille de réfugiés juifs Mosellans, est confiée à sœur Saint-Cybard, enseignante dans la petite commune charentaise de Lesterps. L’enfant a six ans. Ses parents, restés à Montbron, dans le même département, ont choisi la déchirante séparation face aux menaces de rafle et de déportation. Pendant neuf mois, la religieuse, droite et généreuse, prendra soin de la petite clandestine rebaptisée Josie L’Or. La famille réunie partira en 1947 pour l’Amérique. En 1999, Josie Lévy Martin, citoyenne de Los Angeles, a revu cette campagne charentaise pour la première fois. Elle y est revenue. Et revenue encore, en mars dernier, parée d’une mémoire longtemps refoulée. Dans un ouvrage intitulé Ne dis jamais ton nom, publié en 2002 aux EtatsUnis et aujourd’hui traduit par les éditions Le Croît Vif, Josie Lévy Martin raconte son enfance cachée. «Et c’est ainsi, qu’à regret d’abord, je lui ai pris la main, j’ai écouté sa voix. L’enfant faisait apparaître les images, dictait les mots; c’était les siens, c’était son mystère, sa solitude insupportable, son courage et son cran», écrit l’auteur. La force du récit est là : dans cette voix minuscule qui conte, avec détails, la sœur Saint-Cybard, les adultes dont elle capte les peurs, les jeux, la découverte de Jésus... Dans cette angoisse, muette, enfantine, d’être à jamais abandonnée du monde.
Astrid Deroost Editions Le Croît Vif , collection «Témoignages», préface de Simone Veil, postfaces de Daniel Soupizet et de Marcel Stourdzé, 288 p., 20 €
THIERRY GIRARD
Le musée des Beaux-Arts de Shanghai expose du 17 avril au 8 mai «Voyage au pays du Réel», c’est-àdire le parcours photographique de Thierry Girard au cœur de la Chine (L’Actualité n° 64). De 2003 à 2006, le photographe a suivi l’itinéraire de l’écrivain Victor Segalen effectué avant 1914. Un catalogue est édité en français et en chinois.
Dans le cadre de la manifestation consacrée au manga, la médiathèque de Poitiers présente jusqu’au 12 mai 2007 les illustrations de Suehiro Maruo et d’Akino Kondoh, dessinateurs japonais publiés par les éditions du Lézard noir. Les bibliothèque des Couronneries, de la Blaiserie et de Médiasud exposent dans le même temps des reproductions et des carnets de croquis d’Olivier Martin. Ce dessinateur, né à Angers, publié par Delcourt et Glénat, vit au Japon depuis 2005.
Olivier Martin
DESSINS DU JAPON
EXPOSITIONS
Ecole d’arts plastiques de Châtellerault : dessins de Makhi Xenakis, estampes de Gérard Gasiorowski jusqu’au 9 mai ; vidéo et photographies de Laurent Millet, estampes de Gérard Traquandi du 21 mai au 20 juin. Rurart, Venours : «Playtime» de Martin Le Chevalier, Fur, Kolzoz, jusqu’au 10 juin.
Château d’Oiron : «L’homme paysage», exposition collective jusqu’au 27 mai. Carré Amelot, La Rochelle : «Hangar Icares», installation et photographies de Pascal Mirande, du 5 mai au 9 juin (et à l’Espace Art contemporain du 5 mai au 21 juillet) ; «Lignes de vie» de Sylvie Schnur, du 10 mai au 2 juin ; «Les objets rendus» d’Alexis Ducourtioux.
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