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De si discrets barbares

Bataille – De si discrets barbares. Il n’existe aucune preuve matérielle de la présence wisigothique avant 507, ni de celle des Francs immédiatement après la bataille, ni même de la bataille…L’archéologie soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Avec Luc Bourgeois, maître de conférences en archéologie à l’Université de Poitiers, Bernard Farago, archéologue à l’Inrap, Françoise Stutz, Sébastien Poignant, archéologue, et Frédéric Gerber.

Par Anh-Gaëlle Truong, photos : Marc Deneyer

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    bataille Il n’existe aucune preuve matérielle de la présence wisigothique avant 507, ni de celle des Francs immédiatement après la bataille, ni même de la bataille… L’archéologie soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses Par Anh-Gaëlle Truong Photos Marc Deneyer
    De si discrets barbares « l n’y a pratiquement aucune trace archéologique, linguistique ou toponymique de la présence des Wisigoths en Poitou-Charentes. Si nous ne disposions pas de textes nous ne saurions même pas qu’ils sont venus. A tel point qu’on se demande s’ils ne dirigeaient pas cette partie de l’Aquitaine par délégation, aux Taïfales éventuellement, un peuple venu aussi d’Europe orientale et installé en Vendée», note Luc Bourgeois, maître de conférences en archéologie à l’Université de Poitiers. En Aquitaine, pas plus d’une vingtaine d’objets issus d’une culture d’Europe de l’Est ont été découverts et tous sont concentrés au Sud, autour de Toulouse, où les Wisigoths avaient leur capitale. En Poitou-Charentes, une fibule et peut-être une boucle d’oreille en forme de croissant ont été mises au jour lors d’une fouille de la fin du XIXe siècle menée sur la nécropole d’Herpes (commune de Courbillac en Charente). Et, en 2000, la nécropole de Chasseneuil-surBonnieure a livré une plaque-boucle attribuable à la culture wisigothique. Il n’y a, de fait, presque rien.
    I
    1. «L’inhumation habillée à l’époque mérovingienne au sud de la Loire», communication présentée le 4 janvier 2000 dans le Bulletin de l’année académique 19992000.
    Cette plaque-boucle wisigothique, datant du VIe siècle, a été découverte dans un des 150 sarcophages mis au jour à Chasseneuil-sur-Bonnieure en Charente en 2000-2001. Ce sarcophage contenait deux corps : «C’est une pratique courante, plutôt chrétienne, précise Sébastien Poignant, que d’enterrer les membres d’une même famille dans la même sépulture, comme on le ferait dans un caveau familial.» Dans ce cas précis, le premier corps a été inhumé avec des objets 30
    wisigothiques tandis que le second était entouré de bijoux francs, illustration idéale du brassage culturel, ethnique, commercial de l’époque. Sur la page de droite, les objets sont de tradition franque. Il s’agit d’une fusaïole en verre et de deux fibules discoïdales en or et grenat.
    Comment expliquer cette discrétion ? «Tout d’abord, avance Luc Bourgeois, le Ve siècle est peu connu pour des raisons techniques et idéologiques.» D’une part, cela ne fait qu’une trentaine d’années que les archéologues prêtent attention aux traces laissées par les habitats légers, essentiellement des trous de poteaux. Or, au Ve siècle, les habitations ne sont plus réalisées en pierre comme les villas gallo-romaines mais en matériaux légers. D’autre part, les archéologues et les historiens ont longtemps considéré que la période suivant la décadence romaine n’était pas digne d’intérêt. Il y a de fait un important retard à combler dans la collecte d’informations sur cette période. Autre explication à cette absence de traces : les Wisigoths étaient peu nombreux. «D’après les textes, plus ou moins fiables, la présence wisigothique était représentée par le déplacement d’environ 20 000 guerriers. Si on ajoute la famille, on peut estimer à 100 000 le nombre de Wisigoths implantés en Aquitaine.» Ce qui représente une part infime de la population totale de ce territoire. En outre, ils ont habité des bâtiments réquisitionnés et les guerriers ne produisent pas d’objets, ce qui contribue encore à leur discrétion. Enfin, même si leur installation était officiellement légitimée par un traité, les Wisigoths ne se sont jamais mélangés à la population “indigène” catholique, à cause de leur religion, l’arianisme. De fait, leur culture s’est peu diffusée. De plus, pour corser le travail des archéologues et des historiens, quand ces traces existent, aussi infimes soient-elles, elles sont très délicates à interpréter. Par exemple, trouver une plaque boucle wisigothique dans une tombe ne prouve en rien que le défunt était Wisigoth. Il peut simplement avoir adopté une nouvelle mode. «A cette époque, les échanges commerciaux sont importants, les populations bougent énormément e t les modes passent facilement d’une culture à
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    l’autre», précise B e r n a r d Farago, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). « D ’ u n e manière générale, note Françoise Stutz1, l’attribution culturelle d’un objet relevant de la période comprise entre 480 et 510 est fort délicate, parfois problématique. En effet, cette période dans le Sud-Ouest est tour à tour celle de l’apogée du royaume wisigothique, d’une incursion franque jusqu’à Bordeaux en 478, celle des médiations diplomatiques menées par les Ostrogoths entre Wisigoths et Francs, et enfin, celle de la conquête franque.» Notons que ces échanges s’exercent sur un espace extrêmement romanisé : une curie romaine subsiste jusqu’au VIIe siècle et le droit romain est en vigueur jusqu’à l’an Mil. Les Romains ont laissé une empreinte culturelle phénoménale dont la nature exacte est difficile à cerner. L e s sépultures datées de la fin du V e siècle retrouvées à Chasseneuil-sur-Bonnieure illustrent bien les flux qui existent alors. En effet, trois tombes de femmes portant des bijoux typiquement francs attestent de la présence de cette culture sur le territoire des Wisigoths avant la bataille de Vouillé. Sébastien Poignant, archéologue qui a dirigé les fouilles en 2000, précise : «507 ne marque que le moment de la conquête armée des Francs, et il n’y a rien d’incongru à ce que, par exemple, un riche propriétaire terrien “gallo-romain” de Chasseneuil ait épousé une franque à la fin du Ve siècle.» De fait, les questions qui agitent les scientifiques à propos des Wisigoths sont semblables pour les Francs. Que font ces derniers une fois la bataille gagnée ? Clovis laisse-t-il des garnisons sur place avant de continuer son périple ? L’historien Michel Rouche a isolé les toponymes d’origine franque, souvent à suffixe -ville, comme Bouteville, Gourville, Lanville, Sonneville, dessinant un nuage de points en Saintonge. Dans cette même
    zone, autour d ’ H e r p e s , Chadenac et Biron, des tombes franques masculines, contenant des armes et datées de la première moitié du VIe siècle ont été mises au jour. «Mais, comme le note Bernard Farago, qui a dirigé la fouille de la nécropole de Chadenac de 1993 à 1995, rien ne vient indiscutablement prouver que ces tombes sont celles de guerriers francs installés par Clovis pour sécuriser ce nouveau territoire. Ni même que les défunts étaient Francs.» La fouille de l’abbaye Sainte-Croix en 2005 à Poitiers a mis au jour du matériel oriental ou germanique daté de la fin du Ve siècle et du début du VIe siècle. «Impossible de déterminer si ce matériel atteste de la présence d’une communauté franque juste après la bataille ou d’auxiliaires barbares de l’armée romaine ou bien encore de Wisigoths…», précise Frédéric Gerber qui a dirigé cette fouille. Reste que la typologie des tombes dites franques évolue entre l’immédiat après-Vouillé et le milieu du VIe siècle. Schématiquement, on passe de tombes de guerriers à des tombes aristocratiques tandis que la culture mérovingienne se diffuse en moins d’un siècle dans les populations. Mais comment ? La réponse est contenue dans un faisceau d’hypothèses non validées pour le moment. ■
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