// vous lisez...

Archive - auteurs : - -

Vouillé 507 : Clovis esquisse la France

Vouillé 507 : Clovis esquisse la France. Il y a 1500 ans, Clovis le roi des Francs tuait de sa main le roi des Wisigoths, Alaric II, à quelques kilomètres de Poitiers. Il ajoutait ainsi toute l’Aquitaine à un territoire déjà conséquent. Avec Thomas Deswarte, maître de conférences d’histoire médiévale à l’Université de Poitiers, Elisabeth Carpentier et Luc Bourgeois.

Par Anh-Gaëlle Truong, illustration : planche dessinée par Patricia Mornais présentant des objets issus de la nécropole mérovingienne de Chadenac. Photo de Christian Vignaud-Musées de Poitiers.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    26
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
    Actu76.pmd
    26
    04/04/2007, 16:02
    bataille
    507 Par Anh-Gaëlle Truong
    VOUILLÉ
    Clovis esquisse la France Il y a 1 500 ans, Clovis le roi des Francs tuait de sa main le roi des Wisigoths, Alaric II, à quelques kilomètres de Poitiers. Il ajoutait ainsi toute l’Aquitaine à un territoire déjà conséquent. Les frontières de la Gaule romaine se redessinaient peu à peu, laissant apparaître aussi les prémices de la France
    M
    alheureusement, les traces archéologiques de la bataille de 507 sont inexistantes et le récit le plus proche de l’événement est celui qu’en fait Grégoire de Tours quelque soixante-dix ans après. «Un récit plutôt fiable, souligne Thomas Deswarte, maître de conférences d’histoire médiévale à l’Université de Poitiers, puisqu’il a pu recueillir le témoignage de personnes ayant connu Clotilde, la femme de Clovis, alors qu’elle se retirait à SaintMartin de Tours à la fin de sa vie.» Voici ce que l’évêque de Tours écrit sur la bataille1 : «Pendant ce temps le roi Clovis rencontra Alaric, roi des Goths, dans la plaine de Vouillé à dix milles de la ville de Poitiers, et tandis que les uns attaquent de loin,
    Les fouilles de la nécropole mérovingienne de Chadenac (Charente-Maritime), dirigées par Brigitte Boissavit-Camus et Bernard Farago, ont permis de mettre au jour, entre 1993 et 1995, un ensemble de sépultures datant du début du VIe
    siècle.
    Sur cette planche dessinée par Patricia Mornais sont réunis des objets issus de la sépulture 203. Ce mobilier de culture germanique atteste de l’influence et de la présence des Francs. De haut en bas : paire de boucles d’oreille en bronze et verroterie (168), deux perles en verre (165), fragments de verre (166 et 167), pendeloque de ceinture en verre (164), boucle de ceinture en bronze (160), boucle de ceinture en fer (161), hache en fer de type francisque (162).
    les autres se rapprochent pour résister. Mais comme selon leur coutume les Goths avaient tourné le dos, ledit Clovis obtint la victoire avec l’aide de Dieu. Le fils de Sigebert le boiteux nommé Clodéric était venu à son secours. […] Or comme le roi dans la débâcle des Goths avait tué le roi Alaric, deux hommes survenant à l’improviste en sens opposé lui frappent de leurs lances les deux côtés ; mais grâce à son bouclier ainsi qu’à son cheval rapide il échappa à la mort. Un très grand nombre d’Arvernes qui étaient venus avec Apollinaire et qui étaient les premiers des sénateurs tombèrent alors. Quant à Amalaric, le fils d’Alaric, il s’enfuit de cette bataille pour aller en Espagne et gouverna sagement le royaume de son père. Clovis de son côté envoya son fils Thierry en Auvergne en passant par les cités d’Albi et de Rodez. En s’en allant celui-ci soumit à la domination de son père les villes situées depuis la frontière des Goths jusqu’au territoire des Burgondes. Alaric avait régné vingt-deux ans. Quant à Clovis, qui passa l’hiver dans la ville de Bordeaux, il emporta de Toulouse tous les trésors d’Alaric et vint à Angoulême. Le Seigneur lui accorda une telle grâce qu’à sa vue seule les murs s’effondrèrent spontanément. Aussi, après avoir expulsé les Goths, il soumit la ville à sa ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■ 27
    Actu76.pmd
    27
    04/04/2007, 16:02
    domination. Après cela, lorsque la victoire fut complète, il retourna à Tours où il offrit de nombreux présents à la basilique de saint Martin.» Le récit des événements est donc succinct et si tout le monde s’accorde sur la date, en 507, «pendant la vingtcinquième année du règne de Clovis», écrit l’évêque de Tours, le lieu prête à débat. En effet, comme le note Elisabeth Carpentier2, la localisation repose sur deux précisions données par Grégoire de Tours : le Campus vogladensis ; à dix «milles» de Poitiers. «Ce qui conduit la plupart des historiens à situer la bataille dans la plaine de Vouillé, à quinze kilomètres au nord-ouest de Poitiers, sur la voie romaine qui allait de Poitiers à Nantes. Mais cette opinion généralement admise a ses détracteurs qui s’appuient sur des sources plus tardives situant la bataille au bord du Clain.» En effet, si le texte de Grégoire a été recopié avec des erreurs, vogladense ne serait-il pas voclanense qui signifierait «sous le Clain» ? Pour certains historiens, la bataille aurait de fait eu lieu vers Saint-Cyr, pour d’autres à Mougon, pour d’autres encore ce serait Voulon, à plus de 25 km de Poitiers. «Mais, cela paraît difficile à tenir : la forme ancienne de cette rivière étant Climnus/Clinnus», précise Luc Bourgeois, maître de conférences en archéologie méArmes d’époque mérovingienne (VIe-VIIe siècles) provenant du fonds de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Pour la plupart, ces pièces ont été découvertes au XIXe
    diévale à l’Université de Poitiers en concluant que «peu importe le lieu et le déroulement. L’essentiel est de mesurer l’impact qu’a eu cette victoire.» Après cette bataille, Clovis ajoute de fait l’Aquitaine à son territoire tandis que les Wisigoths se replient en Septimanie (autour de Narbonne) et en Espagne. COMMENT CLOVIS ET ALARIC EN SONT-ILS ARRIVÉS LÀ ?
    siècle. De gauche à
    droite : scramasaxe recueilli près d’un squelette (Saint-Martial, Charente-Maritime, don Gaillard de la Dionnerie 1856), pointe de lance (Chaunay, Vienne, don abbé Chapeau 1924), pointe de lance (Vouillé, Vienne, don M. Brault 1852), hache d’arme symétrique (Les Dunes, Poitiers, don anonyme 1901), francisque (don H. Chemioux 1851), hast (Queaux, Vienne, don MM. de la Ménardière et Labergerie 1887).
    Trois siècles plus tôt, au IIIe siècle, la paix romaine avait été ébranlée par une série d’invasions au cours desquelles les Franci apparaissent pour la première fois dans les textes latins. Ce terme signifiant «libre» désigne une confédération de peuples germaniques implantés entre le Rhin et la Weser. D’abord hostiles à l’Empire, une partie de ces Francs s’installent cependant à son service sur la rive gauche du Rhin au IVe siècle avec le statut de fédérés, c’est-à-dire liés à l’Empire par un traité (foedus). Ces Francs saliens furent gouvernés par plusieurs rois dont les ancêtres de Clovis. En 375, de grandes migrations sont ensuite déclenchées par l’irruption brutale des Huns en Hongrie actuelle. Les Vandales, les Wisigoths et les Burgondes affluent vers l’Occident. Au final, les Vandales s’installent en Afrique du Nord, les Wisigoths sont installés par traité avec l’Empire romain autour de Toulouse en 418 et les Burgondes dans la région de Genève en 443. A partir de là et de la désintégration de l’Empire romain en 476, Francs, Burgondes et Wisigoths n’ont de cesse d’agrandir le territoire qui leur a été confié. Bien que fédérés, les Wisigoths sont en position de faiblesse sur le territoire qu’ils occupent. D’une part, convertis à l’arianisme, ils ne sont pas acceptés en Aqui-
    1. Grégoire de Tours, Histoire des Francs t.1, traduction de Robert Latouche, Paris, Les Belles Lettres, 1963. 2. Elisabeth Carpentier, Les Batailles de Poitiers, Geste éditions, La Crèche, 2000. 28
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■
    Actu76.pmd
    28
    04/04/2007, 16:03
    Christian Vignaud - Musées de Poitiers
    INVASIONS BARBARES
    taine, notamment par la noblesse catholique ou le clergé qui réclament régulièrement de l’aide à l’extérieur notamment au récent converti Clovis. L’évêque de Rodez, Quintien, doit s’exiler à Clermont pour cause de francophilie. «Considéré comme une hérésie depuis le concile de Nicée en 325, l’arianisme traumatise depuis longtemps la conscience catholique, explique Thomas Deswarte. A Poitiers, par exemple, Hilaire écrit son De Trinitate spécialement contre l’arianisme.» De confession différente, les Wisigoths et les “Gallo-Romains” ne se mélangent donc pas, les mariages mixtes sont interdits, ce qui ne contribue pas à atténuer les tensions. D’autre part, Clovis menace Alaric II depuis 485 et l’a déjà attaqué deux fois avant 507 à Saintes et Bordeaux. Se sentant menacé, Alaric II multiplie les signaux apaisants envers l’épiscopat qu’il autorise à se réunir en 506 et les Gallo-Romains pour lesquels il promulgue le bréviaire d’Alaric (voir ci-contre). Peine perdue, Clovis est tout aussi déterminé à augmenter son territoire qu’à augmenter l’emprise de sa nouvelle religion en se débarrassant de l’hérésie arienne. Pour la bataille de Vouillé, il se place sous la protection de saint Martin et de saint Hilaire et dit : «Marchons avec l’aide de Dieu et quand [les ariens] auront été vaincus nous soumettrons leur terre à notre domination.» Il lance alors l’empereur d’Orient Anastase sur les flancs des Ostrogoths pour les empêcher d’aider les Wisigoths et se concilie Gondebaud, roi des Burgondes, récemment converti au catholicisme, avant de déclarer la guerre à Alaric II. Le roi des Wisigoths remonte alors de Toulouse à Poitiers pour affronter le roi des Francs et signer son arrêt de mort. ■
    LE BRÉVIAIRE D’ALARIC TRADUIT EN FRANÇAIS Le bréviaire d’Alaric est une compilation et une interprétation de textes de droit romain issus du code Théodosien (438) demandée par Alaric II et promulguée en 506 à Aire-sur-Adour pour obtenir l’adhésion des populations galloromaines. C’est la source principale d’inspiration des juristes, le texte clé d’une civilisation du droit. Le bréviaire d’Alaric a été le principal moyen de connaître le code Théodosien, premier code officiel publié dans l’Empire romain. Clovis l’applique ensuite à tous ses sujets. Il demeura le texte de lois romaines le plus répandu jusqu’au XI e
    28e JOURNÉES INTERNATIONALES D’ARCHÉOLOGIE MÉROVINGIENNE Le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’Université de Poitiers et l’association Vouillé et son histoire se sont associés avec l’Association française d’archéologie mérovingienne (Afeam) pour organiser les 28e Journées internationales d’archéologie mérovingienne qui se tiendront du 28 au 30 septembre à Vouillé. Deux thèmes seront abordés : le contexte archéologique et historique du conflit entre Clovis et Alaric II et l’actualité de l’archéologie du haut Moyen Age en Poitou-Charentes.
    siècle, au moment de la
    renaissance bolognaise du droit, quand furent découvertes en Occident les Compilations de Justinien . Thomas Deswarte a entrepris avec d’autres historiens, sous la direction de Michel Rouche, de proposer la première traduction en français de ce code qui, jusqu’alors, n’avait été traduit qu’en anglais. REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES Michel Kazanski, Les Goths, Errance, Paris, 1991. Michel Rouche, Clovis, Fayard, Paris, 2002. Elisabeth Carpentier, Les Batailles de Poitiers, Geste éditions, La Crèche, 2000. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 76 ■ 29
    Actu76.pmd
    29
    05/04/2007, 15:24


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (608 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu76avr2007_26-29

Discussion

Aucun commentaire pour “Vouillé 507 : Clovis esquisse la France”

Poster un commentaire