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Cognac, la renommée en marche

Eaux-de-Vie – Cognac, la renommée en marche. Le XVIIe siècle est souvent celui désigné comme étant celui de l’émergence du Cognac. Avec Laurence Chesneau-Dupin, conservatrice du Maco.

Par Astrid Deroost, illustration : pot à filtrer l’eau de vie du Musée des arts du Cognac.

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    eaux-de-vie
    Par Astrid Deroost
    COGNAC
    La renommée en marche D es objets présentés au Musée des arts du cognac (Maco), cuivre, mesure pour les transactions, de textes royaux traitant de commerce, datés du XVIIe... Siècle souvent désigné comme étant celui de l’émergence du cognac. Il semble en effet que le produit, son élaboration et sa commercialisation se structurent alors pour s’affirmer pleinement au XVIIIe et au cours des siècles suivants. Mais s’il est acquis – documents à l’appui – que les eaux-de-vie charentaises transitaient dès la fin du XVIe par le port de La Rochelle, qu’elles étaient appréciées à la cour de Versailles ou que leur réputation était déjà faite en 1720, la naissance du cognac* fait l’objet d’interprétations diverses. «Cette histoire n’est pas encore bien connue et reste empreinte d e mythes», explique Laurence Chesneau-Dupin, conservatrice du Maco. Au XVIIe siècle, les Charentes sont depuis longtemps exportatrices de vins vers les pays du Nord. L’une des hypothèses avance que les viticulteurs de la région, confrontés à une surproduction, auraient distillé une partie de leur production... révélant ainsi une eau-de-vie d’exception. Louis M. Cullen, professeur d’histoire moderne à Dublin, auteur du très sourcé Commerce des eaux-de-vie sous l’Ancien Régime réfute les supposés surplus. «Au XVIIe, écrit-il, l’intérieur de la région bénéficiait au contraire d’un prestige énorme pour ses célèbres vins blancs doux, toujours très recherchés des Hollandais, en particulier ceux provenant des borderies et de la champagne, régions qui deviendront ultérieurement (avec d’autres cépages) les lieux de production des plus prestigieuses eaux-de-vie du Cognaçais.» Le rôle clé des Hollandais, grands amateurs et importateurs de vins et de spiritueux au XVIIe, dans l’éclosion d’un produit singulier parmi d’autres eaux-devie, fait davantage consensus. Même si Cullen ne fait pas des Flamands les instigateurs de la distillation charentaise. Une option plus répandue veut en effet que les vins blancs achetés sur les bords de Charente, parfois gâtés par le voyage vers la Hollande ou la Grande-Bretagne, aient été, à l’arrivée, transformés en vinaigre ou en eau-de-vie. Au XVIIe, selon cette hypothèse, des Hollandais installent les premiers alambics en Charente. Leur objectif, souligne Laurence Chesneau-Dupin, est de transporter un produit stable, moins encombrant, qui, mêlé à de l’eau, sera d ’ a b o r d consommé comme du vin (brandwijn ou vin brûlé). Puis, les Charentais s’empareront de la distillation et amélioreront le process. Stockées dans des barriques de chêne dans l’attente du transport, les eaux-de-vie de cognac sont étonnamment bonifiées par le subtil échange alcool-bois. Et comblent, ainsi rassises, une clientèle nord-européenne. Cullen voit dans le développement du spiritueux charentais et dans l’évolution de la distillation la conjonction simple d’une consommation grandissante et d’une stratégie locale. Laquelle s’installera surtout au XVIIIe siècle pour ne jamais disparaître. Selon lui, des régions et surtout Cognac, choisissent d’améliorer la qualité de l’eaude-vie pour des marchés prêts à en payer le prix, quand des zones concurrentes font... l’inverse. En 1720, note l’auteur, la reconversion des cépages de vins de consommation en cépages de vins de distillation était presque achevée. En 1727, la maison de négoce Augier (née en 1643) évoque le prestige des eaux-de-vie de Champagne vieilles et rousses... «telles que les délicats les aiment à Amsterdam». «Le cognac est une histoire de rencontre entre des savoir-faire, constate Laurence Chesneau-Dupin, agricole, du conditionnement (barriques) et commercial. La force des gens d’ici est d’avoir été assez audacieux, visionnaires, pour préférer la qualité (via le vieillissement) à la quantité.» * L’usage du seul mot cognac daterait du siècle. L’AOC cognac est régie par trois textes dont le premier date de 1909. XVIIIe
    Pot à filtrer l’eau-de-vie, XVIIe
    siècle.
    Musée des arts du cognac. 05 45 32 66 00
    Le Commerce des eaux-de-vie sous l’Ancien Régime, de Louis M. Cullen, Le Croît vif, 2002. Récemment paru chez le même éditeur : Cognac, la saga d’un esprit, de Kyle Jarrard, auteur et journaliste à l’International Herald Tribune. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■ 95
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    29/06/2007, 15:11


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