// vous lisez...

Archive - auteurs : - -

Figures

Figures – Madame de Montespan, une Poitevine à la cour. Par Sarah Caillaud, photo : Olivier Neuillé – Médiathèque de Poitiers ;

La Rochefoucauld, guerrier, frondeur et séducteur. Alain Mazère a consacré ses loisirs depuis des années à étudier tous les travaux sur François VI de La Rochefoucault. Par Anh-Gaëlle Truong.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    figures
    Par Sarah Caillaud
    MADAME DE MONTESPAN
    Une Poitevine à la cour ou encore de «triomphante beauté». Il n’en faut pas plus pour que Louis XIV succombe aux charmes d’Athénaïs. Elle cède à ses avances en 1667 détrônant la favorite en titre Mademoiselle de La Vallière. Si les époux des maîtresses du roi se montrent en général flattés de partager leur femme, le marquis de Montespan, jaloux et brutal, s’oppose rapidement à cette liaison. Son tempérament colérique lui vaudra un exil forcé dans sa province. Devenue favorite officielle du Roi-Soleil vers 1670, Madame de Montespan obtiendra du marquis la séparation de corps et de biens en 1674. Dès lors, elle se consacre totalement à son rôle de favorite. Entourée de courtisans, elle occupe une place prépondérante à la cour. Si elle est subordonnée à la reine et lui doit le respect, la jeune Poitevine s’affirme très tôt parfois même en tenant tête au roi. Elle mène à Versailles un grand train, obtient un vaste appartement et dispose d’espaces qu’elle aménage à sa guise. C’est d’ailleurs sous le règne de la marquise de Montespan que la résidence royale se métamorphose à coups de travaux colossaux pour atteindre ses dimensions actuelles. Faisant les choses en grand pour satisfaire sa maîtresse, Louis XIV charge Jules Hardouin Mansart d’agrandir le palais de Clagny afin d’offrir à sa muse un lieu pour élever les enfants nés de leur idylle (entre 1669 et 1678). A la demande du roi, six des sept enfants se voient légitimés. Mais, cette relation est-elle vue d’un œil bienveillant par tous ? A partir de 1675, les dévots font tout pour mettre fin à ces relations extraconjugales indignes d’un roi très chrétien, mais c’est en vain ! La cour constitue la vitrine que le monarque veut offrir au monde. A ce titre, Madame de Sévigné considérait assez justement que la jeune Poitevine représentait pour le souverain «une beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs». Louis XIV a bien compris qu’une cour sans une femme éblouissante ne peut rayonner. Et, à défaut d’une reine digne de cette stature, Athénaïs remplit parfaitement ce rôle de représentation. D’ailleurs, les arts et les lettres s’affirment avec la favorite qui encourage des artistes comme Molière, Lully, Racine, Corneille, Boileau, etc. Le peu conformiste Jean de la Fontaine lui dédie même un recueil de fables. Madame de Montespan vers 1677, détail d’un tableau attribué à Charles de la Fosse, château de Versailles. Conservé à la médiathèque de Poitiers (ms 547), ce dessin représente le tombeau des Mortemart, érigé en l’église des Cordeliers entre 1588 et 1595 (sculpteur Jehan Autrot, marbrier Phelix Mesnard). Il a été en partie détruit à la Révolution française.
    L
    e 5 octobre 1640 à Lussac-les-Châteaux, Françoise, fille de Diane de Grandseigne et de Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, voit le jour. Elevée en vue d’un mariage de prestige, elle reçoit une éducation digne de son rang au couvent Sainte-Marie à Saintes. En 1660, elle quitte sa province pour la haute société. Elle fréquente les salons parisiens où on la surnomme rapidement Athenaïs, pour souligner sa beauté comparable à celle de la déesse grecque Athéna. Agée de 20 ans, elle fait ses premiers pas à la cour sous le titre de Mademoiselle de Tonnay-Charente et devient en 1663 fille d’honneur de la reine Marie-Thérèse. Jusque-là, rien ne laisse augurer que la Poitevine deviendra la favorite du roi. D’abord promise au marquis de Noirmoutiers, elle épouse finalement Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Compromis dans un duel, le premier avait dû fuir pour échapper à la décapitation. Son mari parti chercher fortune à l’armée, Athénaïs vit à la cour, où elle se démarque par sa beauté et son intelligence. Madame de Sévigné la qualifie «d’incomparable», «de belle madame»

    74
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
    Actu77.pmd
    74
    Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers
    30/06/2007, 19:44
    Par Anh-Gaëlle Truong
    LA ROCHEFOUCAULD
    Guerrier, frondeur & séducteur Les beaux jours ne sont pas éternels. Si aucune rivale n’est parvenue à supplanter la marquise de Montespan dix années durant, elle est peu à peu évincée par Mademoiselle de Fontanges puis Madame de Maintenon. L’affaire des poisons qui éclate en 1679 sonne le glas d e s relations entre Louis XIV et Athénaïs. Soupçonnée d’avoir usé de philtres d’amour pour conserver le cœur de son amant, elle aurait également voulu empoisonner Marie-Angélique de Fontanges et aurait participé à des messes noires où se seraient produits des sacrifices d’enfants. Des documents ayant été brûlés par Louis XIV au début du XVIIIe siècle, la culpabilité de la marquise reste à jamais un mystère. Le roi souhaite faire taire toutes les accusations portées contre Madame de Montespan qui demeure à la cour pour éviter les soupçons. Mais ce scandale marque la fin de leur relation. Le monarque, objet de toutes les convoitises féminines, lui préfère la gouvernante des enfants d’Athénaïs, elle aussi originaire du Poitou (née à Niort) : Françoise d’Aubigné, la future Madame de Maintenon. La favorite déchue choisit alors la charité et la piété. En 1691, elle quitte la cour pour le couvent Saint-Joseph à Paris avant de trouver refuge chez sa sœur, Gabrielle de Rochechouart, à l’abbaye de Fontevraud. En 1704, elle acquiert le château d’Oiron, dans les Deux-Sèvres, pour passer ses derniers jours. Après avoir illuminé la cour, selon les dires de n o m b r e de ses contemporains, elle s ’ é t e i n t dans l’oubli à Bourbonl’Archambeau (Allier), en 1707, à l’âge de 66 ans. Le corps de la défunte est enseveli dans le mausolée familial à l’église des Cordeliers à Poitiers. Simone Bertière, Les femmes du RoiSoleil. Les reines de France au temps des Bourbons, Editions de Fallois, 1998. Jean-Christian Petitfils, Madame de Montespan, Fayard, 1988.
    lain Mazère a consacré ses loisirs depuis des années à étudier tous les travaux sur François VI de La Rochefoucauld (1613-1680), l’auteur des Maximes. Maintenant que la carrière de cet historien amateur lui laisse un peu plus de temps, il a enfin pu réunir l’ensemble dans une biographie, exercice curieusement absent des abondantes productions sur le duc. «Je voulais produire quelque chose de récent, les dernières biographies datent du XIXe siècle, et surtout donner une image plus juste du personnage jusqu’alors figé dans sa posture d’écrivain et d’honnête
    A
    Non signé, ce portrait de François VI de La Rochefoucauld est présenté pour la première fois en couverture du livre d’Alain Mazère. Ce portrait de famille, qui se trouve au château de La Rochefoucauld, n’était pas destiné à l’apparat comme ceux réalisés par Mignard au XVIIe
    siècle ou par Chassériau en 1836.
    homme alors que cette image n’est représentative que de la dernière période de la vie de François VI. Il était avant tout guerrier, comploteur, frondeur, amateur de femmes et gastronome – il échangeait des maximes contre des recettes de cuisine avec la marquise de Sablé.» Loin du penseur solitaire, «incliné sur sa plume dans le clair-obscur de ses forteresses charentaises, polissant ses formules désabusées», François VI de La Rochefoucauld était un grand féodal ancré dans son temps – il entre dans le métier des armes à 14 ans – et hostile aux changements politiques de
    Richelieu et de Mazarin qui confiaient de hautes responsabilités à des bourgeois comme Colbert et dépossédaient les grands seigneurs de leurs prérogatives régionales. Les prémices de la monarchie absolue créent des révoltes (les Frondes) et des complots où La Rochefoucauld est en première ligne. «Tous les événements, dont les ferrets de la reine, qui ont fait le succès d’Alexandre Dumas doivent beaucoup aux Mémoires de François VI.» Soucieux de défendre les privilèges de son rang, il était aussi obsédé par son ascension sociale. «Il voulait plus que tout faire donner à sa maison les mêmes avantages de rang qu’on accordait à celles de Rohan et de La Trémoille.» C’est-à-dire obtenir, non en sa qualité de duc mais par assimilation aux princes de maisons souveraines, pour lui, le droit d’entrer en carrosse dans la cour du palais royal et, pour sa femme, le droit de s’asseoir sur un tabouret en présence de la reine. «Cette idée fixe était tellement irréaliste et portait tant atteinte aux lois fondamentales du royaume, de la société très hiérarchisée du XVIIe siècle, que Mme de Motteville la qualifiait de chimère.» Cette folie provoquera une fronde de la noblesse contre La Rochefoucauld, et sera à l’origine de nombreux remous dans sa vie. «C’est quand il aura échoué dans toutes ces entreprises qu’il se tournera vers l’écriture et la vie intellectuelle : La Rochefoucauld et Mme de La Fayette à Saint-Maur, c’est Malraux et Louise de Vilmorin à Verrières.» Au terme de ce travail, Alain Mazère avoue cependant ne pas avoir réussi à percer le mystère des contradictions de ce personnage. «Je ne comprends toujours pas comment celui qui a défini l’“honnête homme” a pu être aussi indifférent à la souffrance et à la misère que la Fronde, c’est-à-dire lui même et ses complices, a pu causer aux populations.» D’ailleurs, comme le note Jean Mesnard, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, spécialiste de Pascal, qui a préfacé l’ouvrage : «La contradiction sera-t-elle le dernier mot de sa personnalité ?» Alain Mazère, La Rochefoucauld, le duc rebelle, préface de Jean Mesnard, Le Croît vif, 2007. 75
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
    Actu77.pmd
    75
    30/06/2007, 19:44


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (277 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu77juil2007_74-75

Discussion

Aucun commentaire pour “Figures”

Poster un commentaire