fermer... inventaire
Enquête sur le patrimoine dans le Confolentais
L’architecture du
XVIIe
siècle dans la région
Poitou-Charentes donne lieu à des découvertes ou redécouvertes au fil des opérations d’inventaire général du patrimoine culturel. Deux enquêtes récentes, dans la Communauté de communes du Confolentais (en Charente) et dans la Communauté d’agglomération de Poitiers, en témoignent ici Par Véronique Dujardin, Genevière Renaud, Yannis Suire * Photos Raphaël Jean
D
* Conservateurs du patrimoine à la région Poitou-Charentes (Service régional de l’inventaire du patrimoine culturel)
L’ancienne forge du Breuil à Montrollet, et détail du linteau.
ans le Confolentais, le XVIIe siècle voit un certain renouveau catholique, surtout à l’est du territoire. A Confolens, trois édifices importants sont fondés : les récollets en 1616, les clarisses en 1638 et l’hôpital des sœurs de la Charité en 1668, alors qu’en 1656 est créée une confrérie de pénitents blancs. L’abbaye de Lesterps, demeurée en ruine depuis le sac des protestants, est reconstruite sous l’impulsion de Charles-François de la Vieuville, évêque de Rennes et abbé de Saint-Laumer de Blois, abbé commendataire de Lesterps de 1657 à 1676. Le couvent des clarisses a été construit sur la rive gauche de la Vienne entre 1638, date de fondation, 1641, date ins-
crite sur une pierre dans le cloître, et 1674, date de la commande de la construction de la chapelle. Ce couvent eut d’abord pour vocation l’enseignement des jeunes filles, sur l’injonction des consuls de la ville en 1658. L’édifice a été considérablement remanié lorsque l’hôpital y a été transféré en 1792, puis dans les années 1930. Cependant, l’organisation des bâtiments autour de l’ancien cloître a toujours été maintenue. La chapelle, dont le chœur est orienté au nord-est, en est la partie la mieux conservée. L’ancienne entrée, à l’opposé du chœur, a été murée. La porte monumentale qui permet l’accès depuis la rue est sommée d’un fronton cintré à volutes rentrantes et d’une niche coiffée d’un fronton qui abrite une Vierge à l’Enfant. Au fond du chœur prend place un grand retable de style baroque de la seconde moitié du XVIIe siècle. Exécuté en bois et entièrement doré, il est orné de statues figurant les saints fondateurs de l’ordre des franciscains et d’un tableau du Couronnement de la Vierge rapporté ultérieurement, daté de 1744. Le tableau d’origine de ce retable représente l’Assomption de la Vierge et est aujourd’hui conservé dans l’église Saint-Maxime de Confolens. Il fut peint en 1687, date inscrite sur la toile mais masquée par le
cadre, sur l’ordre d’Elisabeth Babaud, religieuse du couvent issue d’une grande famille de tanneurs de Confolens. En milieu périurbain, à Sainte-Radegonde, ancien village de tanneurs situé sur la commune de Lessac sur la rive gauche de la Vienne, face au château de Saint-Germain-de-Confolens, trois maisons portent les dates du troisième quart du XVIIe siècle (1661, 1662 et 1664) ; plusieurs autres maisons contemporaines ont été relativement préservées. Le XVIIe siècle est plus difficile à caractériser en milieu rural. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la construction de manoirs, sièges de petits fiefs, s’intensifie. Pour une large part, ce sont des édifices assez modestes qui ne se distinguent des simples maisons que par la présence de pigeonniers et une ornementation architecturale plus riche quoique limitée : blasons muets sur des linteaux, ouvertures d e baies en accolade, fenêtres à mouluration. Quarante-quatre dates du XVIIe ont été relevées sur les vingt-six communes du Confolentais : neuf sur la commune de Benest et surtout vingt-deux dans la vallée de la Marchadaine, au nord-ouest de la commune de Montrollet et au nord-est de celle de Saint-Christophe, qui sont parmi les plus anciennes de ce territoire.
16
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
Actu77.pmd
16
30/06/2007, 19:42
Cette concentration peut correspondre à une coutume locale des artisans ou, plus probablement, à une conservation particulière du bâti le plus ancien dans un secteur situé à l’écart des bourgs et peu touché par les restaurations. Le hameau du Marousse à Saint-Christophe comprend un manoir qui pourrait dater du XVIe siècle, mais aussi un grand nombre de bâtiments anciens, dont deux portent les dates 1602 et 1637. Dans la même vallée, une maison de la Borderie à Montrollet porte elle aussi la date 1637 gravée sur le linteau de la porte d’entrée. Mais l’élément le plus remarquable est la forge construite dans les années 1660 dans le hameau du Breuil, également sur la commune de Montrollet. La date 1661 figure sur le linteau de la porte d’entrée et celle de 1669 sur la cheminée du logement situé à l’étage. La particularité de la
PATRIMOINE INDUSTRIEL
Poitou-Charentes est la première région en France dans laquelle l’inventaire du patrimoine industriel est achevé : 1 000 usines ont été identifiées et étudiées sur l’ensemble du territoire. La Région organise en 2007 un ensemble de manifestations destinées à mieux faire connaître ce patrimoine. Un colloque «Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes : connaître pour valoriser» se tiendra du 12 au 14 septembre à Poitiers et à Châtellerault. Il permettra d’établir un état des lieux de la connaissance et d’aborder, par une réflexion pluridisciplinaire, interrégionale, nationale, voire internationale, des problématiques liées au processus d’industrialisation (interactions multiples entre espace physique et interventions humaines, rupture et continuité entre l’artisanat et l’industrie) et aux enjeux de ce patrimoine (place de l’homme et des savoir-faire, ré-appropriation par la population d’un patrimoine méconnu et complexité de la reconversion des sites…). La participation est gratuite et le programme accessible sur le site Internet de la Région. Un grand nombre de lieux du patrimoine industriel seront ouverts lors des Journées européennes du patrimoine, les 15 et 16 septembre. Une exposition «Paysages industriels en Poitou-Charentes» présentera une sélection de photographies réalisées par le Service régional de l’inventaire, à la Maison de la Région, du 13 septembre au 5 octobre. Sur le site Internet de la Région est mise en ligne une publication sur «Le patrimoine industriel de PoitouCharentes». http://www.poitou-charentes.fr
Deux livres, publiés chez Geste éditions, font partager aujourd’hui les résultats de l’inventaire du patrimoine confolentais. Le Confolentais, entre Poitou, Charente et Limousin (Images du Patrimoine, 168 p., 24 €) Ce volume très illustré emmène à la découverte générale d’un territoire soumis aux influences des grands ensembles historiques voisins (Poitou, Marche, Angoumois). Il souligne la qualité des châteaux majeurs, des nombreux édifices religieux romans, de l’habitat urbain et des bâtiments industriels, souvent liés à l’exploitation de la terre ou de l’eau, que l’on y trouve. Il révèle l’originalité de l’habitat rural, ici construit avec les calcaires du bassin Aquitain et les granites du Massif central. Confolens (Parcours du patrimoine, 72 p., 8 €) Ce «Parcours du patrimoine» est conçu comme un guide de visite de la ville. Place stratégique au Moyen Age sur la Vienne, ville prospère riche de ses tanneries, à l’époque moderne, Confolens abrite un patrimoine exceptionnel, préservé par les développements de la souspréfecture au XIXe siècle : donjon roman et fortifications, maisons à pan de bois, hôtels particuliers de part et d’autre du Pont-Vieux.
L’ancien retable des clarisses
façade tient aux moulurations de deux ouvertures du rez-de-chaussée et surtout au décor figuré sur leurs linteaux. Sur celui de la porte sont représentés les outils du forgeron (tenaille, fer à cheval, boutoir, marteau et enclume). Le décor de la fenêtre, plus estompé, pourrait représenter une tenaille entourée de clous. Des moulurations du même type que celle de la porte de la forge se trouvent sur d’autres maisons, essentiellement sur la commune de Montrollet. Le plus bel exemple en est visible sur l’encadrement de cette porte d’une maison de Monbazet datant de 1647. Ces décors pourraient être l’œuvre d’un même artisan.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
17
Actu77.pmd
17
30/06/2007, 19:42
inventaire
Villégiatures de notables poitevins du Grand Siècle L
es communes entourant Poitiers comptent plusieurs anciens logis nobles et quelques châteaux construits, en tout ou en partie, au cours du XVIIe siècle. Leur édification, l’identité de leurs occupants, leurs caractéristiques architecturales sont révélatrices non seulement de leur époque mais aussi des relations entretenues entre ces territoires et Poitiers. Le poids foncier, économique et social de cette ville se matérialise depuis le Moyen Age par la forte ascendance, sur son arrière-pays, des établissements religieux poitevins, c o m m e les abbayes Sainte-Croix, Montierneuf et Saint-Cyprien, ou encore les chapitres de Notre-Dame-laGrande et de Saint-Hilaire. Après le Moyen Age, leur influence persiste, tout comme celle de l’abbaye NotreDame de Fontaine-le-Comte ou de l’abbaye du Pin à Béruges. Cette dernière connaît d’ailleurs une période de renouveau au XVII e après les difficultés du siècle précédent. Cependant, une nouvelle forme d’influence se développe alors, celle des notables de Poitiers. Négociants, nobles de cour et de robe, officiers de finances acquièrent des domaines aux alentours de la ville et les construisent ou les réaménagent au goût du jour pour en faire leur lieu de villégiature et la manifestation de leur réussite. C’est ainsi que Charles Irland, maire de Poitiers, construit le manoir de Fief-Clairet à Saint-Benoît e n t r e 1620 et 1627 ; à Fontaine-leComte, Pierre Guyon de la Chevallerie, pair et échevin de Poitiers, agrandit le domaine des Piliers entre 1621 et 1630 ; à Vouneuil-sous-Biard, le logis de la Bouralière est pourvu d’une chapelle en 1680, pour la veuve de Jehan Picot, receveur général des décimes en Poitou. Les logis nobles construits au cours du XVIIe siècle sont, d’une part, des résidences ou des maisons de campagne et, d’autre part, le siège de l’exploitation des terres qui en dépendent. Ces fonctions se traduisent dans l’organisation des bâtiments. Ceux-ci sont en général inscrits dans un vaste espace clos de murs, auquel on accédait par un portail ou un passage aménagé dans un pavillon (par exemple aux Piliers à Fontaine-le-Comte ou à BelAir, commune de Biard). Les communs se composent d’écuries, de remises et souvent d’un pigeonnier, corps de bâtiment circulaire à toiture conique en tuiles plates, situé dans un angle ou isolé. Fréquemment s’ajoute une chapelle, mentionnée dans les textes et parfois reconstruite par la suite. Ces demeures présentent les caractéristiques du logis classique que l’on retrouve dans beaucoup d’autres régions françaises. L’habitation principale, placée entre la cour d’entrée et un jardin, est un grand corps de bâtiment allongé pouvant être prolongé par deux ailes latérales ou en retour. Il est habituellement simple en profondeur, les pièces étant en enfilade de part et d’autre d’un couloir transversal où se place l’escalier principal. Ce dernier, parfois disposé latéralement, est large, le plus souvent en pierre et constitué de deux volées rampe sur rampe, excepté dans quelques cas où l’escalier en vis perdure jusque vers le milieu du XVIIe siècle. Les logis sont en rez-de-chaussée ou à un étage, couverts d’une haute toiture en tuile plate ou en ardoise, parfois à pans brisés permettant de dégager de l’espace dans le comble, et presque tous pourvus de lucarnes ornées : ailerons en volutes, frontons triangulaires ou en demi-cercle et, parfois, couronnements sphériques ou en forme de pot à feu. Contrairement aux périodes précédentes, les façades sont ordonnancées, percées de grandes fenêtres rectangulaires alignées et disposées en travées régulières. La porte, au centre, est mise en valeur par un encadrement plus soigné, ou surmontée d’un arc, d’un fronton ou d’un oculus. Trois exemples sont représentatifs de c e s caractéristiques générales. A V o u n e u i l - s o u s - B i a r d , le logis de Bernagout a été édifié au XVIIe siècle, comme le laissent voir la forme des lucarnes, le décor et la présence de baies
Le portail de la Grand Cour de Charassé, à Montamisé.
Yannis Suire
18
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
Actu77.pmd
18
30/06/2007, 19:42
Christian Rome
chanfreinées. Le logis, en fond de cour, est accessible par une allée centrale et, sur les côtés, se trouvent un logement et des communs. A l’arrière s’étend le parc qui occupe le sommet d’un coteau dominant la vallée de la Boivre. Les façades principales de ce logis à un étage, bordées par deux pavillons latéraux,
Ci-dessus, les communs de l’abbaye du Pin, à Béruges. Ci-dessous, le château des Piliers, à Fontaine-le-Comte.
comprennent chacune cinq travées avec porte centrale. Le tout forme une symétrie parfaite : la travée centrale est surm o n t é e par un fronton semicirculaire encadré par des lucarnes à ailerons rectangulaires ou circulaires. Quant au pigeonnier, construit à la même époque, sa toiture est percée d’une lucarne d’envol à baie circulaire dont la partie supérieure est moulurée. A l’intérieur sont conservés le dallage du sol, les boulins et les perchoirs maçonnés, ainsi que le poteau central avec sa potence. A Montamisé, la Grand-Cour de Charassé est d’une forme plus exceptionnelle puisque ses bâtiments sont disposés autour d’une cour triangulaire, loin de la symétrie habituellement recherchée au XVIIe siècle. Si le logis et les dépendances ont été considérablement remaniés, le portail qui marque l’entrée de la cour est caractéristique de l’époque, avec sa grande porte charretière et sa porte piétonne latérale, toutes deux avec arc en plein cintre. Celui de la porte charretière repose sur les piédroits par l’intermédiaire d’impostes saillantes,
Raphaël Jean.
tandis que la porte piétonne est surmontée d’une corniche moulurée avec trois couronnements triangulaires. A Béruges, l’abbaye du Pin connaît une période de renouveau et de reconstruction au XVIIe siècle, comme beaucoup d’autres, telles, en Poitou, les abbayes cisterciennes des Châtelliers et de la Merci-Dieu. Le logis abbatial du Pin, rebâti en 1649, est un long bâtiment rectangulaire constitué d’un corps central entre deux ailes, avec de hauts toits en ardoise. La façade ouest sur la cour conserve des baies du XVIIe siècle, en plein cintre et à clé saillante. L’élévation postérieure, plus régulière, présente treize travées avec porte centrale et quatre lucarnes au comble. A l’intérieur se trouve un escalier en pierre rampe sur rampe. Quant aux communs, construits durant la même période, ils sont constitués de trois très vastes corps de bâtiments accolés en U et traversés par deux passages couverts en vis-à-vis. Les portes charretières et piétonnes sont en plein cintre avec clé et impostes saillants.
V. D., G. R., Y. S.
19
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
Actu77.pmd
19
30/06/2007, 19:43
fermer...
Discussion
Aucun commentaire pour “Inventaire”
Poster un commentaire