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Ismaël Bouillau observateur des étoiles
Itinéraire d’un Loudunais qui, en son temps, fut considéré comme un grand astronome français
Par Pascal Baron
I
smaël Boulliau, né à Loudun en 1605, est le fils d’Ismaël, procureur du bailliage, féru d’astronomie qui a observé les comètes de 1607 et 1618. Pour la première, Ismaël n’a que deux ans, mais pour la seconde on l’imagine bien assister à ce spectacle qui a dû provoquer bien des vocations. Elève studieux, esprit curieux, après avoir terminé ses humanités à Loudun, il part étudier la philosophie à Paris, et revient faire des études de droit et théologie, d’histoire et de mathématique à Poitiers. Après ses études il est avocat à Loudun. Né d’une famille protestante, il abjure le calvinisme à 21 ans. Est-ce par conviction, ou comme tant d’autres pour avoir une plus grande facilité d’accès à la culture, toujours est-il qu’il se fait catholique et plus, il se consacre au sacerdoce. A Loudun tout change pour lui. Ordonné prêtre en 1630, il devient vicaire d’Urbain Grandier. Grandier est un homme érudit, séduisant sur bien des plans et qui se retrouve régulièrement avec Louis Trincant, Théophraste Renaudot et quelques autres chez le poète Scévole de Sainte-Marthe. Boulliau se trouve déjà dans une société d’érudits qu’il ne quittera plus. Il a déjà observé, à Paris, l’occultation de l’Epi de la Vierge par la Lune, il poursuit ses observations à Loudun où il s’attache particulièrement à concilier les observations avec les tables de référence de l’époque (celles de Philippe Landsberg, de Logomontanus et de Kepler) notamment pour un passage de Mercure devant le Soleil, prévu par Kepler, le 7 novembre 1631. En 1630 commencent les problèmes pour Urbain Grandier accusé de sorcellerie. Ismaël Boulliau fuit la ville et part pour Digne en 1632. Il assiste aux cours
de Gaultier de la Valette professeur de mathématique et d’astronomie à Aix ; cet homme sera le premier en France à observer les satellites médicéens, le 24 octobre1610, dix mois après leur découverte par Galilée, c’est un professeur renommé et, parmi ses élèves, Boulliau va trouver Morin et surtout Gassendi avec lequel il échangera longtemps. Sa correspondance n’est pas aussi importante que celle de Marin Mersenne ou de Pereisc, mais elle participe fortement à la diffusion des connaissances de cette époque durant laquelle les différentes académies qui fleurissent dans la capitale n’ont pas laissé de compte-rendus. Cette correspondance ne représente tout de même pas moins de 41 volumes à la Bibliothèque nationale. Très vite il rejoint Paris, où il retrouve Gassendi, mais aussi le prolifique entremetteur des sciences que fut Mersenne, ainsi que Morin, Luillier et Roberval qui occupera la chaire des mathématiques au Collège de France. Les écrits de Kepler le séduisent mais il n’est pas plus persuadé de l’influence magnétique du Soleil pour retenir les planètes autour de lui.
SUR LA NATURE DE LA LUMIÈRE
Depuis 1616, les références à Copernic sont interdites, alors Boulliau va prétexter une étude du système de Philolaus, un pythagoricien du Ve siècle avant notre ère qui suggère que le Soleil et les planètes tournent autour d’un feu central, pour débattre des ellipses des planètes dont parle Kepler, un protestant qui ne craint pas le Vatican. En 1636, il collabore à la gestion du cabinet des frères Dupuy et s’installe à l’hôtel de Thou : «Je vous dirai donc que depuis cinq ans, écrit-il le 25 juin 1641, j’ai l’honneur de demeurer chez Monsieur de Thou avec son frère Monsieur l’Abbé de Bonneval […] une partie de mes études s’est employée dans les mathématiques et j’ai travaillé entre autres dans l’astronomie […] j’ai fait un recueil le plus grand qu’il m’a été possible des observations anciennes.» Ces lectures, faites dans l’une des plus réputées des
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bibliothèques de la capitale, lui offrent matière a ses premières œuvres : en 1638, il publie De Natura Lucis, sur la nature de la lumière et qui lui vaudra une sévère critique de Descartes qui avouera que si Démocrite (auquel Boulliau le comparaît) n’avait besoin de personne pour le faire rire, la plume de Boulliau lui provoquait le même sentiment. L’année suivante il fait apparaître son Philolaus, dissertation en quatre livres sur le vrai système du monde après que Gassendi, Luillier et Pereisc en ont pris connaissance comme cela se faisait à l’époque. En 1644, il traduit en latin l’œuvre mathématique de Théon de Smyrne (Ier siècle de notre ère). Son œuvre astronomique majeure, le Philolaïca, ne sera éditée qu’en 1645. C’est de ce livre que Fontenelle dira qu’il est un des meilleurs que l’on ait fait. C’est là qu’il débat du mouvement képlérien des pla-
Boulliau et Hevelius en train d’observer l’éclipse de soleil du 29 mars 1661.
nètes et, si les ellipses sont constatées, il ne peut admettre que les planètes accélèrent à l’approche du périhélie et ralentissent en s’éloignant du Soleil sans autre raison que l’attraction magnétique qu’il est supposé exercer. Pour Boulliau, les mouvements doivent être continus et uniformes et il va construire un système géométrique qui sauve les phénomènes. En 1645, il part pour l’Italie avec la femme de son ami Bretel de Grémonville pour le rejoindre à son ambassade de France auprès de la République de Venise. Il rencontre Gabriel Naudé à Padoue, évite Rome où ses considérations astronomiques ne lui font pas très bonne réputation, rencontre Torricelli à Florence. Il voyage à Smyrne où il étudie les marées, puis à Constantinople. En 1651, il voyage en Hollande puis en Allemagne. En 1657, il devient premier secrétaire du président Jacques-Auguste de Thou et le suit dans ses ambassades dans les Provinces-Unies où il rencontre Huygens. C’est en 1660, au cours d’un voyage en Pologne qu’il rencontre Hevelius, à Dantzig. Bibliothécaire de Thou de 1662 à 1666 il finit par se brouiller avec le président et le quitte pour se retirer au collège de Laon, en bas de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris.
MIRA CETI, GÉANTE ROUGE
En 1667, année où il est élu membre étranger de la Société royale de Londres, il édite Ad Astronomos Monita duo. Boulliau y traite de la variation de luminosité de certains astres, particulièrement des variations de l’étoile omicron Ceti. Cette étoile de la constellation de la Baleine (cetus) est tout d’abord relevée par un Hollandais, David Fabricus, le 13 août 1596, qui s’aperçoit que la luminosité de l’étoile diminue de jour en jour jusqu’à devenir invisible à l’œil nu. Il pense alors qu’il a affaire à ce que nous appelons une nova : une étoile qui, dans une explosion finale, se met à briller très fortement, dont la luminosité diminue rapidement et qui ne devient plus détectable qu’à l’aide d’instruments. C’est pourquoi Fabricus ne va plus s’en occuper. Ismaël Boulliau va consulter les observations anciennes de cette étoile que son ami Hevelius appelle la Merveilleuse, Mira, et, en moins d’un an va calculer la période – la première période calculée d’une étoile variable, à 333 jours. Pour Boulliau, le phénomène est dû à la rotation de l’étoile sur elle-même qui nous montre des parties plus ou moins sombres de l’astre, ou à un compagnon plus sombre qui tourne autour d’elle. Aujourd’hui Mira Ceti reste une étoile caractéristique d’un certain groupe d’étoiles géantes rouges variables sur de longues périodes. En 1689, Boulliau se retire à l’abbaye Saint-Victor, là où se situe actuellement la faculté de Jussieu. Il y meurt le 25 novembre 1694. La venue de Newton et sa gravitation universelle ont certainement aidé à oublier cet esprit fécond et très apprécié de ces contemporains. ■
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