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La Contre-Réforme au féminin

Couvents – La Contre-Réforme au féminin. Particulièrement touché par le protestantisme, le Poitou est une terre de choix de la reconquête catholique au XVIIe siècle, c’est la « pieuse invasion ».

Par Gwénaël Murphy, docteur en histoire moderne. Illustrations issues du Musée Sainte-Croix (cliché : Hugo Maertens) et du Musée Bernard d’Agescy à Niort (cliché : Berthrand Renaud).

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    couvents
    La Contre-Réforme au féminin Particulièrement touché par le protestantisme, le Poitou est une terre de choix de la reconquête catholique au XVIIe
    siècle, c’est la «pieuse invasion»
    Par Gwénaël Murphy
    n 1616, l’ordre des Ursulines installe une communauté à Poitiers. Le diocèse ne compte alors que 16 couvents et monastères de femmes, toutes contemplatives. Un siècle plus tard, ce sont 64 couvents et plus de 1 500 religieuses qui ont «colonisé» le Poitou, rayonnant dans tous les secteurs de la société : l’éducation des jeunes filles, gratuite ou non, la conversion des protestantes, le «redressement» des femmes de mauvaise vie, l’ouverture de pensionnat pour les femmes en situation de fragilité sociale, les soins aux malades, la surveillance de prisonnières, l’accueil d’insensées… La région devient ainsi la cinquième du royaume en nombre de religieuses derrière Paris, Rouen, Lyon et Besançon. La Contre-Réforme catholique du XVIIe siècle fut très largement féminine. En quelques décennies, de multiJésus en croix entre la Vierge et saint ples ordres nouveaux apparaissent : la Visitation, les Jean l’Evangéliste Ursulines, les Filles de la Charité, de la Providence, de d’Everard Quirijnsz. van der Maes, 1629, l’Union Chrétienne, de Notre-Dame, de l’Enfant Jéhuile sur cuivre sus, de Saint-Joseph, de Sainte-Marthe, les Augusti(51x 41,2 cm). Musée Sainte-Croix nes, les Calvairiennes rejoignent d’anciennes abbayes de Poitiers. Photo Hugo Maertens. et d’anciens prieurés médiévaux le plus souvent composés de Bénédictines, de FranciscaiGwénaël Murphy, docteur en histoire nes ou de Fontevristes. Leurs fonctions se multiplient, les hôpitaux et moderne, enseigne la géopolitique les écoles fleurissent dans tout le à l’Ensoa de Saint-Maixent. Il a publié royaume et, en peu de temps, les rerécemment Le Peuple des couvents. Poitou, XVIIe-XVIIIe siècles ligieuses prennent une place centrale (Geste éditions, 2007). dans le fonctionnement social de la
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    France. A la fin du siècle, les religieuses sont aussi nombreuses que les moines et les prêtres. Poitiers est une ville de religieuses. En seize lieux dans la capitale poitevine se trouvent des communautés féminines et au-delà du Poitou, elle s’affiche comme la troisième ville du royaume si l’on s’arrête sur le nombre de couvents de femmes : elle ne le cède qu’à Paris et ses 54 couvents, et à Rouen, de peu. Particulièrement touché par le protestantisme, le Poitou sera une terre de choix de la reconquête catholique. La densité conventuelle de Poitiers n’est certes pas une découverte, les ouvrages d’histoire l’évoquent depuis toujours à propos des XVIIe et XVIIIe siècles, employant le terme de «pieuse invasion» à propos d’une Contre-Réforme catholique fort bien relayée par l’intermédiaire d’un évêque offensif, Chasteignier de La Roche-Posay (1612-1651). Les femmes entrant en religion et désirant procéder à leur profession à Poitiers avant 1616 devaient alors choisir entre deux abbayes royales fondées au Moyen Age, Sainte-Croix (vers 550) et la Trinité (vers 960). Quarante années plus tard s’ajoutaient à la liste des possibilités les Ursulines (1616), les Calvairiennes (1617), les Filles de Notre-Dame (1618), les Carmélites (1632), les Visitandines (1633) puis les Augustines qui venaient clore en 1644 cette vague de créations. La fin du siècle verra l’ouverture sur injonction royale d’une communauté de l’Union Chrétienne en 1683 et, la même année, celle des Filles de Saint-François. QUELQUES CÉLÉBRITÉS
    Le Poitou a connu quelques «célébrités» issues de ses couvents : Philippe de Chasteigner, abbesse de SaintJean de Bonneval à Thouars qui accueille Calvin en 1558 puis le rejoint en Suisse l’année suivante avec six religieuses converties comme elle au protestan-
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    couvents tisme ; Jeanne des Anges, la supérieure «possédée» de Loudun qui entraînera Urbain Grandier sur le bûcher et passera pour une sainte et une folle à la fois dans la France de Richelieu ; Françoise d’Aubigné, éduquée par les Ursulines de Niort avant de devenir M a d a m e de Maintenon, d’épouser secrètement Louis XIV en 1683 et de fonder Saint-Cyr ; MarieLouise Trichet, cofondatrice des Filles de la Sagesse au début du XVIIIe siècle. UN RÔLE SOCIAL ET POLITIQUE
    Ci-contre :
    Le couronnement d’épines, d’Everard Quirijnsz. van der Maes, vers 1630, huile sur cuivre (52 x 40,7 cm). Page de droite :
    Jésus et la femme adultère, d’E. Q. van der Maes, vers 1630, huile sur cuivre (50,3 x 40,7 cm). Musée SainteCroix de Poitiers. Photo Hugo Maertens.
    Les couvents de femmes sont de véritables «centres de vie». De très nombreuses laïques y trouvent refuge, y sont enfermées, finissent leurs jours à l’abri ou sont éduquées dans leurs murs. Les 1 700 dossiers sur ces communautés conservés dans les archives de la Vienne et des Deux-Sèvres montrent que le quart de la population des couvents n’était pas constitué par des religieuses. Ainsi les Filles de Notre-Dame de Poitiers se sont-elles fait une spécialité de l’accueil des veuves fortunées de la ville, tandis que les Franciscaines de La Roche-Posay hébergent, en contrepartie de grasses pensions versées par les f a m i l l e s , les femmes jugées «folles». L’abbaye Sainte-Croix emploie près de 50 femmes à des tâches diverses comme l’aide à l’infirmerie, aux cuis i n e s , à l’entretien des bâtiments, alors que les Augustines de Châtellerault abritent de nombreuses femmes battues et séparées de leurs maris indignes. Les soeurs de l’Union Chrétienne de Parthenay ou les Hospitalières de Saint-Maixent ouvrent des pensionnats pour les femmes âgées. Par ailleurs, les religieuses s’avèrent de précieuses auxiliaires de la politique de l’Etat absolutiste. Les
    La vie du Christ en peinture Le musée Sainte-Croix de Poitiers nous donne à voir une partie de la collection de tableaux représentant des scènes religieuses liées à la vie de Jésus. Conservés à l’abbaye de Sainte-Croix durant trois siècles, la plupart des tableaux de la série «Les mystères de la vie du Christ» seraient arrivés à Poitiers au cours de l’abbatiat de Charlotte-Flandrine de Nassau. Née à Anvers en 1579 et fille de Guillaume, prince d’Orange, elle a choisi d’embrasser la religion catholique alors qu’elle appartenait à une famille protestante. Liée à la France par sa mère, Charlotte de Bourbon, elle abjura le calvinisme à Sainte-Croix et dirigea la congrégation de 1604 à 1640. La plupart de ces tableaux 70
    (deux semblent postérieurs à son abbatiat) lui auraient été envoyés par un de ses proches parents, sans doute son demi-frère, le stathouder de Hollande. Un don qui surprend quand on sait que la peinture religieuse était prohibée dans les lieux de culte par le calvinisme au XVIIe siècle. Cet ensemble composé aujourd’hui de 29 pièces – 36 étaient recensées au début du XIXe siècle et une vingtaine sont exposées aujourd’hui au musée – illustre des scènes allant de la Nativité, à l’Arrestation de Jésus en passant par la Mise au tombeau ou le Repas d’Emmaüs. Everard Quirijnsz. van der Maes, peintre peu connu né à La Haye en 1577 (mort en 1656), serait l’auteur d’une vingtaine de ces œuvres. Sarah Caillaud
    Le sacrifice d’Abraham, d’E. Q. van der Maes, vers 1630, huile sur cuivre (52 x 39,7 cm). Musée Sainte-Croix de Poitiers. Photo Hugo Maertens.
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    couvents force, les veuves, épouses et filles protestantes arrachées à leurs familles après la révocation de l’édit de Nantes. Quatre communautés sévissent ainsi dans le Poitou, dont celle de Parthenay qui aura la particularité de dénombrer, parmi ses 30 religieuses en 1698, 15 femmes protestantes placées de force. Enfin, à Poitiers, s’installent en 1683 les «Pénitentes» dans le quartier de la Grand-Rue. Ces sœurs, peu nombreuses, gardent entre leurs murs des femmes accusées d’adultère, des veuves et des filles jugées «légères» et des prostituées, arrêtées sur simple dénonciation. Une centaine de femmes furent ainsi condamnées à des peines allant de quelques mois à la déportation vers Saint-Domingue ou le Québec (les «Filles du Roi»). Ces «Pénitentes» devaient retrouver le chemin de la vertu. Quelques-unes se firent religieuses mais, en 1696, un procès fut intenté aux religieuses qui laissaient, selon les riverains, leurs prisonnières continuer à faire commerce de leur corps au sein même de l’établissement. A partir du XVIIe siècle et jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un double mouvement est donc enclenché pour les communautés féminines. D’une part, elles servent le pouvoir politique en «régulant» les comportements féminins jugés déviants, en secourant et en éduquant à sa place. D’autre part, les couvents se sécularisent, s’ouvrent sur le monde et l’austère religieuse du Moyen Age devient progressivement la sympathique «bonne sœur» du XIXe siècle. ■
    ordres enseignants (Visitation, Filles de Notre-Dame et surtout Ursulines) ouvrent des écoles de filles, gratuites ou en pensionnat. Les élèves y apprennent la lecture, l’écriture, les mathématiques, l’histoire religieuse mais aussi les bases qui devront faire d’elles de futures bonnes mères de famille catholique : c’est la reconquête par les femmes. Les ordres hospitaliers (Providence, Charité, Augustines) ouvrent des hospices ou s’installent dans les hôtels-Dieu vétustes. Elles vont y soigner les malades, parfois sans distinction de sexe comme à Oiron ou Lusignan, et s’occuper des pauvres et des mendiants parqués dans les hôpitaux généraux que Louis XIV crée à Poitiers, Châtellerault et Niort. A la fin du XVIIe siècle, le roi ordonne la création d’un ordre, les «Nouvelles Catholiques». Rebaptisée «Union Chrétienne», cette congrégation a pour mission d’accueillir et de convertir, de gré ou de
    Madame de Maintenon (1635-1719) aux Ursulines de Niort La plus célèbre des «nouvelles converties» du Poitou, soit les filles protestantes placées de force au couvent pour assurer leur conversion au catholicisme, fut sans doute la future Madame de Maintenon. C’est le 24 novembre 1635 que naquit Françoise d’Aubigné dans la conciergerie de la prison de Niort. Son père, Constant d’Aubigné, seigneur d’Aubigny et de Surimeau, était le fils du célèbre poète calviniste Agrippa d’Aubigné. Emprisonné pour s’être essayé à la fabrication de fausses monnaies, sa femme Jeanne de Cardilhac, restée à ses côtés, mettait au monde la petite fille qui devait un jour devenir l’épouse du Roi-Soleil. Françoise sera placée par sa marraine, Madame de Neuillant, chez les Ursulines niortaises afin de la faire revenir à la religion catholique. Le couvent des Ursulines avait acquis 72
    une terrible réputation, qui ne le quittera plus, de geôle pour les femmes protestantes comme pour les maîtresses déchues des princes et membres de la haute noblesse. Après sept années entre les mains des Ursulines de Niort puis de la rue Saint-Jacques à Paris, totalement convertie, Françoise épouse, à l’âge de dix-sept ans, l’auteur paralytique Paul Scarron, de quarante-deux ans son aîné. Ce dernier tenait un salon réputé fréquenté par Ninon de Lenclos, Nicolas Fouquet, JeanLouis Guez de Balzac, Jean Racine, Gilles Ménage, la marquise de Montespan. L’état de Scarron empira vers 1660. Il rendit son dernier soupir la même année. Jeune veuve de 25 ans, endettée et ne pouvant régler toute les créances, Madame Scarron se retira au couvent des Hospitalières à Paris. C’est lors d’une soirée chez les d’Albret qu’elle rencontra pour la
    première fois Madame de Montespan à laquelle elle décida de lier son destin. Athénaïs de Montespan nommera Françoise gouvernante en 1669, afin de prendre en charge les enfants nés de sa relation avec Louis XIV. La légitimation des bâtards royaux la conduit à Versailles en 1673. Sa véritable relation avec le roi débute en 1675. Nommée Madame de Maintenon en 1675, elle épouse secrètement Louis XIV dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683. Le roi crée pour elle la maison d’éducation des jeunes filles nobles et désargentées de Saint-Cyr en 1685 où elle finira ses jours en 1719.
    Portrait de Françoise d’Aubigné attribué à Pierre Mignard (1612-1695). Musée Bernard d’Agescy, Niort. Photo Berthrand Renaud.
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