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La curiosité de père en fils

Médecine – La curiosité de père en fils. Elie Richard, né à Saint-Martin-de-Ré, et son fils, né à La Rochelle en 1672, sont deux érudits en sciences naturelles.

Par Patricia Royaux Müller, étudiante en master 1 professionnel communication et médiation culturelle, spécialité patrimoine, à l’Université de Nantes. Illustration : la manuscrit d’Elie II Richard conservé à la Médiathèque Michel-Crépeau de La Rochelle, cliché : Claude Pauquet.

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    médecine
    Elie Richard, né à Saint-Martin-de-Ré en 1645, et son fils, né à La Rochelle en 1672, sont deux érudits en sciences naturelles Par Patricia Royaux Müller
    La curiosité de père en fils lie I Richard naît à Saint-Martin-de-Ré le 11 décembre 1645 dans une famille de riches propriétaires terriens, dont la présence est attestée vers Saint-Savinien dès le XVe siècle, puis dans l’île de Ré à la fin du siècle suivant. Etienne II Richard, le père d’Elie, est conseiller du roi et avocat au Parlement, après des études de droit à l’Université de Poitiers. L’intérêt pour la culture lettrée et pour les sciences se transmet de père en fils, d’Etienne II jusqu’à Elie II, occupations érudites permises par leur rang privilégié. Les membres de cette famille pratiquent la religion réformée, La Rochelle comptant à l’époque un nombre important de ses adeptes. Place de sûreté protestante jusqu’à son siège en 1627-1628, la ville perd peu à peu de ses privilèges en matière de tolérance religieuse. Elie I et II subiront d’ailleurs la politique de répression de Louis XIV. Dès 1664, s’instaure à La Rochelle une censure organisée par les médecins catholiques, qui forment un collège dont sont désormais exclus leurs collègues protestants, dont Elie I Richard et son cousin exerçant la même profession, Elie Bouhéreau. Celui-ci s’exile, tandis que Elie reste, sans jamais abjurer. Grâce à l’appui de personnalités influentes, telles que l’évêque de Laval, plusieurs maréchaux ainsi que l’intendant de la ville, Michel Bégon, il retrouve ses fonctions et peut ainsi c o n t i n u e r à exercer. Il parvient même à rentrer dans le collège des m é d e c i n s jusqu’à en devenir le doyen. Quant à Elie II, il ne semPatricia Royaux Müller est étudiante en ble pas avoir été inquiété pour sa master 1 professionnel communication pratique du protestantisme, même et médiation culturelle, spécialité après la révocation de l’édit de Nanpatrimoine, à l’Université de Nantes. tes. La question religieuse paraît ce-
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    pendant le préoccuper car il effectue une étude concernant l’Eglise et déplore la signature de l’édit de Fontainebleau en 1685 dans son ouvrage Relation de voyages faits en France, en Flandre, en Hollande et en Allemagne. Il y indique le nombre de réfugiés protestants en Hollande après cette date, montre sa déception face au retrait de la liberté de culte et va jusqu’à critiquer le faste de la religion catholique, de par ses cérémonies outrancières. Ce contexte troublé n’empêche pourtant pas le père et le fils d’effectuer de brillantes carrières. Tous les deux reçoivent une formation à l’Université, en médecine, puis en droit pour Elie II qui finalement change de voie. Elie I, tout comme son cousin Elie Bouhéreau, débute ses études à l’Académie protestante de Saumur, dans laquelle est concentrée toute l’élite intellectuelle réformée de l’Ouest. Il choisit la médecine et, après un périple à travers l’Europe à partir de 1663, il se rend à Montpellier en 1666, alors deuxième plus grande faculté de médecine après celle de Paris, où il soutient sa thèse le 18 décembre. A moins de 21 ans, il reçoit donc son bonnet de docteur. A la demande de son père et afin que son fils obtienne le droit de bourgeoisie, Elie retourne à La Rochelle en 1670. Il s’y installe comme médecin (probablement à l’angle de la rue des Merciers et des Mariettes), épouse une fille de marchands en 1671 et le premier de ses trois enfants, Elie II, naît le 12 octobre 1672. Après l’apprentissage des textes anciens de Galien et d’Hippocrate, il reçoit au cours de ses voyages des enseignements variés, dans les hauts lieux de diffusion du savoir de l’époque : anatomie et philosophie en Hollande (Amsterdam, Leyde, Groningue), géométrie et chimie à Paris. Il donne également des cours de latin à Oxford après sa thèse et il apprend la langue anglaise. Quant à la pratique de son art, c’est son fils qui nous renseigne sur ce point. Il semble en effet que le pre-
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    mier Elie exerce une médecine naturelle : ni des remèdes de chimistes, ni des compositions héritées des anciens, mais des «remèdes naturels, simples ou peu composés», administrés à petites doses. Il effectue des visites à domicile en tant que médecin de la ville, soigne et nourrit gratuitement les pauvres en tant que médecin de l’hôpital de la Charité. En 1670, il étudie les reins du dauphin, formés selon lui «en grappes de raisins». Plus tard, il rédige anon y m e m e n t une Lettre à Mademoiselle D[e][La] B[arouère] sur le choix d’un médecin dans laquelle il expose sa conception d’un bon médecin, qui doit être «savant et homme de bien», et indique la façon de se soigner soi-même à défaut d’un bon médecin, à savoir grâce à des saignées, eaux minérales, fer, mercure, quinquina et cresson. DE LA CONNAISSANCE ET DES VOYAGES
    dessins à plume rehaussés d’aquarelle ou de gouache. On y trouve plantes, coquillages, minéraux, animaux réels ou imaginaires tels que le bazilic ou le dragon ailé. Elie admet que quelques réserves puissent s’exprimer quant à ce genre de créatures, mais affirme tout de même en avoir «vu le squelette à R o m e dans le cabinet de Mr Meyer ingénieur hollandois». En effet, il décrit dans son ouvrage les cabinets qu’il a pu visiter en Europe et notamment en Italie. Il reçoit par ailleurs un nid de Cochinchine de la part de Michel Bégon qui possédait lui-même un important cabinet de curiosités. Elie I meurt en 1706 et son fils, toujours célibataire, en 1720. De par leur érudition et leur curiosité sans borne, ces deux Rochelais constituent des modèles d’honnêtes hommes de la fin du XVIIe siècle. ■ Le manuscrit d’Elie
    Elie le second débute des études de médecine à Paris mais bifurque finalement vers le droit à l’Université de Poitiers, où il est licencié en 1702. C’est ainsi qu’il devient avocat au Parlement de La Rochelle. Outre cette fonction, il développe un esprit curieux de tout, hérité du goût de la connaissance et des voyages de son père, à qui il rend hommage à maintes reprises. Père et fils alimentent en effet leur érudition par le voyage. Elie I rencontre et fréquente au cours de ceux-ci de nombreux savants de son époque, tels que Conrart, premier secrétaire de l’Académie des lettres, Ray, Grew et Boyle de la Royal Society. Il suit donc l’actualité et par là l’évolution des savoirs de son temps, ayant accès à ces réseaux d’érudits par le jeu des lettres de recommandations. Il montre un grand intérêt pour les livres, rédige lui-même quelques manuscrits (sur les marais salants de l’île de Ré comme sur la transsubstantiation par exemple), s’adonne parfois à la poésie, et possède une importante bibliothèque personnelle composée de quelque 940 volumes. Il invente d’autre part une chaise sans porteurs, à quatre roues propulsées par deux pédales, dont l’utilisation en son temps n’est pas avérée mais dont on retrouve le modèle au XIXe siècle en Bavière, dans les châteaux des princes. De plus, il se passionne pour toutes les curiosités offertes par la nature. Les animaux et les plantes rapportés du Nouveau Monde et d’autres contrées lointaines intriguent et fascinent effectivement les Européens de l’époque, nouveautés circulant grâce aux ports tels que ceux de La Rochelle et de Rochefort. Certains amassent des collections de curiosités pour en faire des cabinets, véritables chambres des merveilles. Le manuscrit Histoire naturelle des végétaux et des minéraux avec un abrégé des météores (1700) d’Elie II constitue à lui seul un vaste cabinet de curiosités, composé d’articles illustrés de magnifiques
    Jean Flouret a consacré une étude aux Richard dans la Revue de la Saintonge et de l’Aunis, t XXXI, 2005. Voir aussi le site curiositas.org coédité par l’Université de Poitiers (Pierre Martin) et l’Espace Mendès France.
    II Richard est conservé à la Médiathèque MichelCrépeau de La Rochelle (ms 2715).
    Claude Pauquet
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