// vous lisez...

Archive - auteurs : -

La fibre papetière

Charente – La fibre papetière. La papeterie charentaise connaît au XVIIe siècle un spectaculaire essor et une renommée qui lui valent d’exporter la moitié de sa production vers l’Europe du Nord.

Entretien avec Denis Peaucelle, conservateur du musée du papier à Angoulême, réalisé par Astrid Deroost. Photo : Sébastien Laval (découverte de la fabrication manuelle au Moulin du Verger à Puymayen en Charente).

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    Charente
    La papeterie charentaise connaît au
    XVIIe
    siècle un spectaculaire essor et une
    renommée qui lui valent d’exporter la moitié de sa production vers l’Europe du Nord Entretien Astrid Deroost Photo Sébastien Laval
    La fibre papetière D enis Peaucelle, conservateur du musée du papier à Angoulême, évoque l’histoire de l’activité papetière en Charente, dont les prolongements se lisent encore dans l’économie locale. L’Actualité. – Quelles sont les raisons du développement des moulins à papier en Charente ?
    navigable, permet d’atteindre Rochefort, puis d’exporter le papier vers l’Europe du Nord. Cette production est-elle renommée ?
    Marques de papetier (équivalent d’une «étiquette» d’emballage) : transcription arrangée «Papier fin fait par Pierre Jolly l’aîné au moulin de Nersac» et «Papier fin fait par Jean Gaudin au moulin de Breuty à La Couronne» (Charente), vers 1690, collection Musée du papier d’Angoulême (Le Nil, 134, rue de Bordeaux 05 45 92 73 43).
    En Charente, le premier moulin à papier date de 1516. On en compte 64 en 1656, et 80 en 1680. Les moulins à papier se sont implantés dans l’Angoumois, car il semblerait que le débit des eaux y soit propice à une activité régulière. L’eau – pure, limpide – est nécessaire pour l’énergie hydraulique, pour laver les chiffons servant, à l’époque, à la production du papier, pour mélanger les chiffons et produire la pâte à papier. La présence en Charente de matière première est déterminante. La région est relativement riche et, de ce fait, les chiffons sont facilement récupérables : du lin, du chanvre, des vieux draps ou vêtements, du blanc, de la couleur sachant qu’on fait du papier blanc avec des chiffons blancs et des papiers de couleur – de moindre qualité – avec des chiffons de couleur. On trouve aussi en Charente une main-d’œuvre compétente. En même temps que les techniques, des papetiers du Périgord dont deux exemples bien connus – Lacroix (fin XVIIe) et Laroche (plutôt fin XVIIIe) – vont également migrer vers la Charente. Autre raison de ce développement, le fleuve Charente, axe alors Denis Peaucelle. –
    Le développement de la papeterie répond à une demande locale, nationale et internationale. A partir du XVIe siècle, on consomme de plus en plus de papier. Le parchemin des actes notariés est peu à peu remplacé par le papier. La croissance de l’édition pousse les papetiers à produire davantage. La concurrence allemande, anglaise, hollandaise incite les Charentais à produire bien et mieux. Cette qualité attire des Hollandais qui vont assurer le commerce entre la Charente et leur pays... Les archives hollandaises sont pleines de papier français, les papetiers charentais vont même jusqu’à produire des papiers filigranés aux armes d’Amsterdam. Des Flamands vont également acheter des moulins en Charente pour produire eux-mêmes et exporter. L’un d’eux, Dericq Jansen, a occupé le moulin du Verger (toujours en activité) à Puymoyen. Y a-t-il une production spécifique en Charente ?
    Soixante moulins à papier qui produisent dix rames (une rame = 500 feuilles) par jour, c’est une grosse production comparée à celles d’autres régions. Et l’aspect non moins négligeable, c’est la qualité du papier : volonté d’utiliser de bonnes matières premières, de bons chiffons («peille»), bien triés, bien pourris (mis au pourrissoir pour se décomposer, pour que la cellulose émerge), bien lavés... Le collage (manipulation à base de gélatine qui supprime l’effet buvard) est également important tout comme la blancheur du papier. Toute une série de caractéristiques, comparables à celles d’une norme ISO, font du papier charentais un produit apprécié. Au XVIIe siècle, la production charentaise est exportée à 50 %, ce qui assoit sa réputation. La Charente fabrique pour 95 % des papiers blancs destinés à l’écriture et à l’édition, à différents formats, et, de façon très sporadique, des papiers pour les billets de banque et pour les cartes à jouer.
    96
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
    Actu77.pmd
    96
    30/06/2007, 19:45
    Sébastien Laval
    Pourquoi le déclin de cette activité à la find du
    XVIIe
    siècle ?
    Découverte de la fabrication manuelle au Moulin du Verger à Puymoyen, papeterie artisanale depuis 1537. www.moulinduverger.com 05 45 61 10 38
    Le déclin de la papeterie est lié aux guerres de Louis XIV et à la rupture du commerce entre la France et les autres pays d’Europe. Au XVIIIe siècle, la baisse de régime de la production (feuille à feuille) est due à l’invention de la pile à cylindre, dite pile hollandaise, qui produit plus de pâte à papier en moins de temps. Puis à la mise au point entre 1799 et 1815 de la machine à fabriquer le papier en continu. Ces machines, installées en France en 1820-1825 et en Charente en 1830, transforment l’activité artisanale en activité industrielle. La première usine – qui existe toujours – est implantée à Magnacsur-Touvre. Une vingtaine de sites industriels vont s’installer puis fonctionner pendant presque deux siècles. A partir de 18501860, il y a une diversification des productions avec l’invention du papier couché de meilleure qualité pour l’impression, du papier sulfurisé qui emballe le beurre apparu en Charente, du papier à cigarettes... Des manufactures transforment les bobine s de papier en enveloppes, registres, papier à lettres, cahiers d’écoliers, et apportent une plus-value à l’activité. Au début du XXe siècle, le cartonnage et l’emballage se développent. Autre évolution : le chiffon est un peu remplacé par la paille, puis à partir de 1870, par la pâte à papier faite à partir de bois mais qui n’est pas produite dans la région.
    L’économie du papier est toujours présente en Charente...
    Dès 1850, la papeterie charentaise fonctionne à plein. On a, pendant un siècle, une période très productrice dans l’édition, avec en plus le papier à cigarettes et notamment de gros producteurs à Angoulême, Lacroix et Bardou-Le Nil. Une industrie connexe se développe, de mécanique papetière (machines à papier, piles à cylindre...), de toile métallique, de feutre. Tout cela fait un siècle assez glorieux mais à partir de 1980 des difficultés apparaissent : choc pétrolier, problèmes d’approvisionnement en matières premières, d’investissements dans des entreprises essentiellement familiales. En 15 ans, on passe de 25 usines de fabrication de papier aux 5 qui demeurent actuellement avec une production plutôt orientée vers l’emballage à Magnac-sur-Touvre, Saint-Michel, Ruelle-sur-Touvre, La Couronne (cartonnerie) et Saint-Séverin. Et, élément intéressant, une quarantaine d’entreprises façonnent des emballages, des cartonnages, des enveloppes, des agendas, etc., et maintiennent en Charente l’activité de transformation du papier. ■ ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■ 97
    Actu77.pmd
    97
    30/06/2007, 19:45


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (302 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu77juil2007_96-97

Discussion

Aucun commentaire pour “La fibre papetière”

Poster un commentaire