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Routes : Au rythme des Bretonnes

Routes – Au rythme des Bretonnes. Texte de Pierre d’Ovidio, photo : Claude Pauquet.

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    routes
    Au rythme des Bretonnes I l fait froid pour un samedi de printemps. Etrange samedi. Jusqu’à ce matin, les températures étaient réputées trop élevées pour la saison ; le fait que ce jour soit veille de second tour d’élections présidentielles jouerait-il un rôle dans cette bizarrerie du climat ? Deux personnes s’activent autour de Gitane et Lisa qui attendent, puissantes et calmes ; ces Bretonnes que mon ignorance aurait juré être d’authentiques Boulonnaises. Gitane et Lisa, 800 kg chacune, se laissent harnacher complaisamment, répondant docilement à la pression d’une main, d’une tape. Il faut leur puissance pour tirer une remorque capable de transporter jusqu’à vingt-cinq personnes. Notre équipage de ce matin, plus modeste, n’en compte qu’une quinzaine. Il n’empêche : Fred, leur cocher et propriétaire, a beau nous assurer que Gitane et Lisa peuvent tirer jusqu’à deux fois leur propre poids, je me lance dans les calculs mentaux et j’additionne remorque, enfants et adultes comme d’autres carottes, choux-fleurs et navets pour trouver l’âge du capitaine. Je renonce vite : les juments aux larges croupes et aux pattes massives devraient faire face... A propos d’âge, Gitane a 12 ans et Lisa 7. De vraies jeunesses ! Comme notre équipage s’ébranle, deux hongres également massifs, galopent le long de la clôture pour nous faire un bout de conduite et il me semble deviner à leur allure leurs regrets de ne pas être des nôtres. Ils ne sont pas plus bretons que boulonnais, mais comtois et ardennais : la robustesse n’est pas d’un terroir particulier... Partis de la ferme de Fred et Nanou, après avoir dépassé un carrefour marqué d’une croix de pierre, notre train paisible nous conduit dans les sentiers, à travers les champs emblavés ou plantés de colza qui ont perdu leur couleur acide, à couper
    Par Pierre D’Ovidio Photo Claude Pauquet
    une voie romaine. Elle franchit la Gartempe au Gué de Sciaux sur un axe reliant Poitiers à Bourges via Chauvigny. On aperçoit, au loin, la flèche de SaintSavin en laissant sur la gauche cette fameuse voie romaine. Bien agréable de voyager ainsi dans le passé : on a tout le temps de se rêver pèlerin, fourbu et content d’apercevoir cette flèche, synonyme de halte prochaine. «Allez les filles, c’est fini !» lance Fred à Gitane et Lisa pour les faire patienter le temps que Claude Pauquet saute pour quelques clichés. «On a versé ici, faites attention !» plaisante-t-il alors que notre chemin s’étire en plat pays, les Bretonnes frissonnent doucement, comme pour approuver la blague. Au bout du chemin, un panneau de randonnée indique trois directions différentes pour La vigne aux moines : Saint-Savin, Antigny et le Bois Morand. Les vignes, comme les voies du seigneur sont dures à suivre, sinon impénétrables ! Nous traversons Antigny. Sur le bitume, les fers des sabots des Bretonnes claquent joyeusement, frappant parfois en cadence, parfois décalés. Les gens lèvent la tête, certains parmi nous les apostrophent et ils nous sourient, abandonnant leur tâche du moment. «Allez, les filles !», nous accélérons à la sortie d’Antigny, empruntant des chemins creux, des sous-bois à la Courbet. A proximité du château de Bois Morand, Nanou évoque les plantes tinctoriales dont elle s’occupe dans un espace plus ou moins expérimental, mais qu’elle souhaite voir adoptées et cultivées à grande échelle ; elle cite des noms : garance, réséda, cosmos, coréopsis… Mon imagination vagabonde… leurs débouchés naturels ? La cosmétique et le textile. Les Enfants du Paradis, Arletty et Prévert sont loin. Nous arrivons au terme de notre balade : un moulin sur la Gartempe qui servait aussi de guinguette. Les musiciens se tenaient à l’abri d’une grange et les gens dansaient sur l’herbe, croit se souvenir l’un des participants à notre balade ; le bruit de l’eau devait être le même. Cela se passait dans le temps. Il y a loin. Au rythme des Bretonnes, il est facile de s’égarer…
    Attelages de la Grange des Bornais, La Pinotière 86310 Antigny 05 49 84 52 63
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    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 77 ■
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    30/06/2007, 19:43


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