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L’historienne Martine Acerra évoque la création de l’arsenal maritime de Rochefort, grand chantier qui a développé la ville
Par Jean Roquecave
ville nouvelle du XVII siècle
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ouis XIV, en 1666, décide la création de trois villes portuaires nouvelles, Rochefort, Lorient, et Sète. «C’est un programme national, affirme l’historienne Martine Acerra, et le roi répartit les efforts. Lorient est dédiée au commerce et à la Compagnie des Indes, Rochefort à la guerre sur mer, et Sète Martine Acerra, qui enseigne l’histoire contrôle le débouché du canal du moderne à l’Université de Nantes, Midi, construit par Pierre Paul Riaprès avoir été doyenne de la Flash quet qui permet la liaison Méditerde l’Université de La Rochelle, ranée-Atlantique sans devoir faire e le tour de la péninsule ibérique.» est une spécialiste du XVII siècle. D’autres villes portuaires importanElle a consacré sa thèse à Rochefort tes existent déjà, comme Dunkeret la construction navale française (1661que, un port très important, mais 1815). Sous sa direction scientifique dangereux, avec des courants, des se tiendra à Rochefort un colloque bancs de sable et des tirants d’eau international «Arsenal et gestion insuffisants. A Rochefort, le tirant patrimoniale» du 18 au 20 septembre. d’eau est suffisant pour les plus grands navires, même à marée basse, grâce à une fosse de sept mètres dans la Charente, et sa position à l’intérieur des terres, à l’époque, était perçue comme un avantage qui mettait l’arsenal à l’abri des attaques. «Ce qui est intéressant à Rochefort, note Martine Acerra, c’est qu’on implante un arsenal avec énormément d’idées sur ce qu’il faudrait faire mais que techniquement on n’en a pas les moyens. Alors on fait avec, on s’adapte au paysage. C’est un lieu expérimental du début à la fin. Au fur et à mesure, on invente.» Si pour construire sur terrain meuble les techniques sont connues, grâce aux ingénieurs hollandais on sait construire en zone humide sur pilotis, les formes de radoub poseront des problèmes. Au départ, le fond de la vieille forme était en planches, et il devra être refait en pierre, quant à la double forme on mettra quarante ans à la rendre opérationnelle. Les plans datent de 1683, et le premier bateau sera lancé en 1728. «Un siècle plus tard, quand on construit l’arsenal de Ferrol, en Espagne, toutes les techniques sont disponibles. Entre-temps, le siècle des Lumières est passé par là, avec le développement de la réflexion scientifique et la montée des sciences. Désormais, on sait résoudre ces problèmes d’ingénieurs. Mais Rochefort aura servi de modèle pour penser Toulon, et les ingénieurs espagnols s’en inspireront aussi pour Ferrol.»
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Vauban n’est pas intervenu à Rochefort. La Corderie royale et les fonderies sont l’œuvre de François Blondel, et l’enceinte est due à Louis Nicolas de Clerville, commissaire général des fortifications. «Vauban est venu deux fois à Rochefort, précise l’historienne. Il a critiqué la ceinture de fortifications de la ville, mais cela ne relevait pas de sa compétence. Rochefort dépendait de la Marine et de Colbert, alors que Vauban c’était la Guerre et Louvois. Chacun défendant son pré carré, les fortifications ont peut-être du coup été réalisées a minima pour que la Guerre ne s’en empare pas.»
UNE VILLE CHAMPIGNON
Rochefort, comme Sète et Lorient, est une ville qui part de rien, sinon quelques ruines qui seront rasées. La ville elle-même au début n’est que le chantier de l’arsenal, qui emploie deux mille ouvriers en 1669. Cette année-là, trois ans après le début des travaux de l’arsenal, un arrêt du conseil du roi délimite les îlots à construire. «Rochefort, avec son plan orthonormé, est bâtie sur le modèle classique des villes européennes. C’est un schéma de réflexion venu d’Italie au Moyen Age, et où on retrouve aussi la volonté d’ordonner l’espace des bastides médiévales. On construira des villes sur le même schéma dans les colonies, au Canada, à Saint-Domingue ou à Pondichéry. Mais la ville de Rochefort, contrairement à l’arsenal, ne servira pas de modèle. Il n’y a pas de Rochefort bis.» Au début, il s’agit de faire venir des habitants, même les plus modestes. «C’est probablement dans ce but, souligne Martine Acerra, qu’en 1669 l’autorisation est donnée aux particuliers de construire des bâtiments sans aucune obligation en matière de normes
de construction ou de matériaux, la seule contrainte étant de respecter l’alignement.» La ville se développe rapidement, on compte seize îlots en 1678, quarante-neuf en 1688, et au tournant du siècle la population atteint vingt mille habitants, un chiffre important pour l’époque. «C’est une ville champignon comme celles du Far West et comme construire en pierre était trop cher, on utilise le bois et le torchis pour édifier des maisons de construction médiocre, qui sont souvent insalubres.» En 1688, Michel Bégon est nommé intendant et il obtient en 1689 un arrêt du conseil du roi qui donne un an aux propriétaires des maisons pour les bâtir en pierre : c’est le premier plan d’urbanisme de Rochefort. «La ville prend une belle allure, mais la population ouvrière quitte le centre pour se fixer dans le faubourg. A la fin du XVIIe siècle, la ville s’étend largement au-delà des remparts, où sera d’ailleurs construit l’hôpital en 1783.» Alors que la plupart des villes font tomber leurs remparts au XIXe siècle, Rochefort attendra 1926 pour commencer à les abattre. ■
UNE NOUVELLE CANDIDATURE À L’UNESCO
Le gouvernement français n’ayant pas retenu son dossier de candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, Rochefort a engagé une nouvelle démarche. En s’appuyant sur le travail réalisé avec le projet européen Navarch qui réunissait les villes-arsenal de Karlskrona en Suède, Chatham en GrandeBretagne, Suomenlina-Helsinki en Finlande et Rochefort pour partager leur expérience historique et réfléchir à la mise en valeur de leur patrimoine, les responsables
Dessin de Nicolas Berquin, 1690. Musée d’art et d’histoire de Rochefort.
rochefortais s’orientent désormais vers une candidature collective. Karlskrona et Suomenlina étant déjà pour partie classées par l’Unesco, Rochefort travaille désormais sur l’idée d’une candidature internationale sur le thème des arsenaux, avec Chatham et l’arsenal de Ferrol en Espagne, à laquelle pourrait se joindre Cronstadt en Russie. Le dossier n’en est qu’à ses débuts, et une équipe internationale doit en préciser les contours, en mettant notamment en avant le thème du projet industriel que représentent les arsenaux.
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