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Recherche : La haine

Recherche – La peur du voleur dans les année 30, étudiée par Geoffrey Fleuriaud. Par Anne Béraud, photo : Franck Gérard ;

Le spectre de la Commune. Selon Charles-Alexandre Krauskopf, étudiant à l’Université de Poitiers, l’opposition entre partisans et opposants de la Commune reste vivace jusqu’en 1914. Par Anne Béraud, photo : Franck Gérard ;

La haine pour horizon. Un colloque sur l’histoire et l’actualité de la haine réunit des historiens (dont Frédéric Chauvaud), des philosophes, des sociologues et des psychologues. Par Anne Béraud, photo de Franck Gérard issu de la collection « Autoportrait, juillet 1999″.

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    recherche
    La peur du voleur dans les années 1930 I l est presque impossible aujourd’hui de ressentir ce que fut la haine du voleur durant l’entre-deux-guerres. Une h a i n e féroce et violente qu’étudie Geoffrey Fleuriaud à partir de la presse locale de la Vienne et de rapports de police. Ce jeune chercheur en histoire de l’Université de Poitiers est soutenu par une allocation de recherche de la Région Poitou-Charentes. Objet de haine, le voleur est méprisé. Il est considéré comme un étranger, un accapareur et un affairiste. Voleur à la sauvette ou escroc, il est représenté comme un déclassé ou un nomade. C’est un nuisible qui jouit personnellement d’objets de luxe, comme par exemple en utilisant le taxi, symbole de futilité. Quant à la femme voleuse, elle est considérée comme une «aventurière» pervertie par le sexe. Cette haine du voleur se manifeste par des articles violents et insultants, car les journalistes reflètent la pensée dominante. La violence faite aux voleurs est aussi
    Franck Gérard
    physique et nous parvient par des rapports de police. Ce sont par exemple des coups et des railleries exercés sur le voleur pendant les trajets à pied entre la prison de Poitiers, dans le quartier de la Pierre Levée, et le centre-ville. Par ses recherches sur la figure du voleur,
    Geoffrey Fleuriaud trace en filigrane les peurs de cette époque d’entre-deux-guerres. La société, obsédée par le droit de la propriété, est en récession. Elle est bousculée par le modernisme et la rupture des solidarités, symbolisée par cette figure du voleur. A.B.
    Le spectre de la Commune L a Commune de Paris (1871) est un moment historique unique. Autant porteuse d’espoir que de peur, elle cristallise le ressentiment entre ses partisans et ses opposants. Charles-Alexandre Krauskopf, étudiant en master 2 à l’Université de Poitiers, s’est focalisé sur les commémorations de la Commune dans la Vienne, à partir d’articles de la presse locale, de rapports de préfets et de commissaires de police.
    Pendant la Commune, Poitiers la conservatrice, la rurale, l’alliée de Thiers envoie des troupes combattre les communards. Ces derniers, vaincus, éliminés et pourchassés, deviennent une figure de haine. Pourtant, à partir de 1886, ils vont être célébrés à Poitiers et à Châtellerault les 18 mars – date du début de la Commune – lors de rassemblements de plusieurs dizaines de personnes dans des cafés. Entre partisans et opposants, les haines sont vivaces. Pour les uns, la Commune est porteuse d’espoir car elle promeut la modernité et l’égalité. Pour ses nombreux adversaires, la Commune fait peur car elle apparaît comme source d’anarchie et de violences. La figure du communard cristallise la haine et la peur : c’est un ennemi de l’intérieur, complice des Prussiens, un barbare. Il est aussi considéré comme un analphabète et un ivrogne. Pire encore sont les insultes pour les femmes communardes, à l’image des prostituées et des incendiaires.
    Cette haine, vivace jusqu’à la Première Guerre mondiale, est alimentée par l’absence de réconciliation nationale, malgré les amnisties. C’est seulement avec la nouvelle donne politique intérieure et extérieure que cette haine s’estompe. Les sentiments de haine sont renouvelés et dirigés vers d’autres groupes, comme par exemple «les planqués», ces soldats restés loin du front en 14-18. A.B
    COLLOQUE Le colloque sur la haine est organisé du 11 au 13 octobre par quatre laboratoires de l’Université de Poitiers et coordonné par JeanClaude Bourdin (Centre de recherche sur Hegel et l’idéalisme allemand), Frédéric Chauvaud (Groupe d’études et de recherches historiques du Centre-Ouest), Ludovic Gaussot (Savoirs, cognition et rapports sociaux ), Christian Hoffmann (Equipe de recherche en psychopathologie clinique).
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    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 78 ■
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    04/10/2007, 15:52
    colloque
    La haine pour horizon L a haine : est-ce un sentiment, une émotion, une passion ? La définition de cette exécration pour quelqu’un ou quelque chose est large et complexe. Elle peut s’exercer sur une période historique longue, être «chaude» ou «froide», se diriger vers un individu ou un groupe. Elle se distingue des autres formes d’expression du conflit social et politique que sont par exemple la violence et l’injure. «Bien que permanent à travers les âges, le sentiment de haine se renouvelle, change d’objet et se manifeste différemment suivant les lieux et les individus», souligne l’historien Frédéric Chauvaud, l’un des organisateurs du colloque de l’Université de Poitiers «Histoire et actualité de la haine : approches croisées» (11-13 octobre). Depuis les années 1960, la haine est évoquée dans les travaux historiques sans pour autant avoir fait l’objet de recherches spécifiques. Lucien Febvre a souligné qu’il faudrait un jour entreprendre une histoire de la haine qui constitue un véritable objet historique. Depuis, les historiens ont étudié les violences interpersonnelles, les modes de résolutions de conflits ou encore les formes de la régulation sociale. Les haines collectives, comme la peur de l’Autre et l’aversion pour l’étranger ont également donné lieu à des développements. Mais il n’y a pas encore eu de recherches spécifiques sur les modalités de la haine, aux lieux où elle s’exprime, à ses effets individuels et sociaux. C’est à ces questions que doit répondre le colloque de Poitiers, avec des historiens, sociologues, psychologues et philosophes. Une grande fresque historique étant impossible à brosser, Frédéric Chauvaud préfère parler «d’éclairages sur des moments historiques ou des aspects significatifs de cet objet». Le premier axe de ce colloque s’intitule «Parcours historiques». La permanence historique du sentiment de haine est étudiée, mais aussi son renouvellement suivant les époques. C’est d’abord la haine familiale dans la t r a g é d i e grecque, étudiée par Lydie Bodiou. C’est aussi au XXe siècle une h a i n e ethnique, comme le présente Fernand Numbi Kanyepa avec l’exemple du Katanga entre 1991 et 1993. Un autre axe s’attache aux «configurations et espaces» de la haine. Il vise à éclairer la question de la cristallisation des haines. Comment se forment-elles, quels sont les éléments déclencheurs ? Le fil directeur des recherches vise à répondre à la question des modalités du surgissement de la haine. En analysant la mise en place d’un ordre démocratique dans la Bretagne des années 1830 à 1930, Laurent Le Gall met en lumière les «haines électorales ordinaires». Benoît Dupin s’attache aux phénomènes de survivance, de gestion et de disqualification de la haine raciale en Afrique du Sud. Les expériences de réconciliation menées dans certains pays (Afrique du Sud, Rwanda) amènent à s’interroger moins sur les causes de la haine politique que sur ses effets sur les possibilités de passer à un nouvel ordre politique. La haine pose ainsi les problèmes du pardon, de la punition, de la mémoire et de la réconciliation en politique. Un autre questionnement traite des «supports», textes et discours qui forment les haines. Ces discours d’affrontements apportent une plus grande compréhension de la violence sociale et politique. Le chercheur Yaël Dagan s’est penché sur l’exemple de la Nouvelle Revue française face à son ennemi allemand entre 1914 et 1925. Mais ce support de haine n’est pas forcément écrit, comme le présente Célestin Musao Kalombo Mbuyu. Il analyse la haine politique à travers l’exemple des discours des stations de télévision de Kinshasa dans le contexte électoral en République démocratique du Congo. Une dernière interrogation sert de fil directeur à ce colloque. Celle-ci porte sur les «nouvelles figures» de la haine. Des haines récentes ciblent des individus ou des groupes. Ces figures sont largement méconnues : c’est par exemple la haine du voleur dans les années 1930, mais aussi la haine vis-à-vis des infirmières ou encore celle portée aux croque-morts. C’est une occasion de découvrir par ces nouvelles haines les normes, les évolutions et les peurs de notre société. Anne Béraud
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    Autoportrait, juillet 1999.
    Frédéric Chauvaud a publié en 2007 Justice et déviance à l’époque contemporaine. L’imaginaire, l’enquête et le scandale (Presses universitaires de Rennes), Histoire de la souffrance sociale XVIIe-XXe siècles (collectif, PUR), Corps submergés, corps engloutis. Une histoire des noyés et de la noyade de l’Antiquité à nos jours (collectif, Créaphis). ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 78 ■ 37
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