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Saveurs : le poiron

Saveurs – Le grand retour du poirion. Par Denis Montebello, photo : Marc Deneyer.

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    saveurs
    Par Denis Montebello Photo Marc Deneyer
    Le grand retour du poirion on nom devenu opaque, il fallait bien le remotiver. Montrer le saint sauvant mais quoi ? Quel miracle pouvait-il accomplir, qui fît ce village moins obscur, ces campagnes plus amènes malgré le remembrement ? Saint Aignan soignant la teigne, c’était déjà pris. Et Claire par ceux qui voulaient voir. Ici, à Saint-Sauvant, on ne trouvait rien. Que ces petites poires sauvages qu’on ne cueillait plus. D’abord parce que les poiriers avaient quasiment disparu du paysage, ou plutôt avec lui. Avec les haies qu’on avait arrachées pour faire place nette. Ensuite parce que les poires qui
    S
    restaient, qui résistaient, étaient réputées peu sucrées, peu juteuses, un peu âpres. Que faire de ce fruit rustique ? Du poiré ? Il faut s’appeler Radegonde pour en boire, ne se nourrir que de légumes et d’herbes potagères, jamais de fruits ni de poisson, ni d’œufs, ni rien d’autre qui soit délectable, ne prendre aucun plaisir à entendre l’odeur du siècle. Des projectiles ? On peut toujours essayer. S’inscrire au grand tournoi de joute à l’ouillette où voleront bas les poirions chopes. Le lancer de poirion blet sur cible sera un sport national. Saint-Sauvant capitale. Du pays mélusin et seule à le savoir.
    Aujourd’hui, c’est un village. Aux confins de la Vienne et des Deux-Sèvres. Un village qui compte cent cinquante arbres. Et qui se demande quoi faire de ses poirions. Comment avec de si pauvres appâts exciter le désir. Qui répondra à son carpe diem. Quelle fête pourrait attirer le chaland. La Fête du poirion de Saint-Sauvant ? Ça ne dira rien à personne. Et l’on se retrouvera quelques membres à peine. Pas de quoi faire une confrérie. Intronisant pour la forme. Pour la presse si elle se déplace. Se regardant sourire dans la glace. Dans son habit de pénitent. Cependant, avec l’aide du ciel (particulièrement clément ce troisième dimanche de novembre), le saint lui-même brilla par ses bons mots. Donc si quelqu’un désespérait de ces poirions qu’il allait, une fois de plus, manger bouillis avec du vin, il lui disait que c’étaient pommes pérégrines et que cela le guérirait de sa langueur. Que cet aspect appelait une forme, qu’il réclamait du chèvre. Tourte au fromage de chèvre et sa compote de poirion, qu’en pense le chef ? Et en garniture de gibier ? Ou pour accompagner le magret de canard ? Croyez-moi, croyez mon cher Augustin, de ces petites poires nous faisons, nous autres saints, grand miracle. La Fête du poirion de Saint-Sauvant, dans la Vienne, aura lieu les 17 et 18 novembre 2007. Concours gastronomique le samedi, tournoi de joute à l’ouillette et autres festivités le dimanche. Mairie : 05 49 59 70 20 Les textes et photographies de cette chronique parus depuis 2004 sont réunis, avec des inédits, dans Le diable, l’assaisonnement, livre publié en février 2007 aux éditions Le temps qu’il fait (124 p., 17 €). Ce recueil fait suite à Fouaces et autres viandes célestes.
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 78 ■
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    04/10/2007, 16:01


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