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Livres

Culture – Economie du livre : soutenir la diversité. Par Anh-Gaëlle Truong, photo : la bibliothèque d’Alberto Manguel par Marc Deneyer ;

Libraires et bibliothécaires. Avec Sylvie Deborde, conservateur des bibliothèques de la communauté de communes Arc en Sèvre ;

Éloge du libraire.  Alberto Manguel a écrit une série de textes pour le journal espagnol El Pais, désormais traduits en français par François Gaudry, préfacés par Enrique Vila-Matas et édités par L’Escampette.

Franck Gérard et Jean-Paul Chabrier ; « C’est à peine si », un sentiment des choses. Par Dominique Moncond’huy ;

Anna Ingham, par Alain Quella-Villéger.

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    culture
    Economie du livre : soutenir la diversité D ans les dossiers que nous consacrions à l’économie du livre en octobre 2004 et à l’anniversaire de la Loi Lang1 en avril 2006, nous soulignions les difficultés auxquelles étaient confrontés libraires e t éditeurs indépendants en PoitouCharentes. Ces contraintes étaient d’une ampleur telle que chacun se demandait combien de temps il allait pouvoir tenir. En effet cette activité mêle à la fois des attentes d’intérêt public et des contraintes purement commerciales. Aujourd’hui, les contraintes économiques sont les mêmes, mais éditeurs comme libraires vont pouvoir vraisemblablement souffler un peu. En effet, le 19 novembre 2007, la commission permanente Vivre ensemble du Conseil régional Poitou-Charentes a adopté un plan inédit de soutien aux lieux de diffusion du livre concernant les librairies et les éditeurs. Ce dispositif comprend la création d’une charte et d’un label Librairies indépendantes régionales d’excellence (LIRE). L’obtention de ce label permettra aux libraires de solliciter une aide à l’exploitation plafonnée à 15 000 € par an et une aide à l’investissement plafonnée à 40 000 € par an. Les éditeurs aussi bénéficient d’aides au projet éditorial plafonnée à 10 000 € par an, à la promotion plafonnée à 5 000 € par an ou à l’investissement plafonnée à 15 000 € par an. Patrick Frêche a ouvert la Librairie du rivage en juin 2005 à Royan. Son projet : faire vivre, autour du livre, un lieu de rencontre. Il souligne l’ambiguïté de la librairie dont le succès tient parfois au fait que les gens n’y sont pas immédiatement enveloppés dans une relation commerciale. Et, pourtant, les libraires sont aussi des commerçants qui doivent maintenir la qualité du service tout en assurant une logistique millimétrée : «On se sent comme un marin qui colmate.» «La loi Lang était parfaite, dit-il, elle a sauvé la librairie indépendante mais elle n’est plus suffisante. Ce dispositif régional reconnaît nos problématiques tout en mettant, en face, des moyens pour les résoudre. Nous jugerons ensuite de son efficacité. La charte et le label mettent en avant la dimension qualitative du libraire comme partenaire de la vie culturelle et membre d’un réseau. Cet aspect se double de mesures quantitatives, innovatrices et pansant partiellement une des plaies de notre métier : une trésorerie tendue, toujours dans le rouge.» Pour Olivier Barreau, directeur de Geste éditions, «c’était urgent d’aider les libraires et les éditeurs indépendants. Et si cela n’avait pas été fait, cela aurait été comme tirer un trait sur l’exception culturelle. Aujourd’hui, les autorités et les libraires chantent d’une même voix.» D’ailleurs, sans aides, cet éditeur n’aurait pas pu se lancer dans la librairie. En association avec Stéphane Emond, libraire et propriétaire de la librairie des Saisons à La Rochelle, celui-ci a créé La Librairie à Niort en novembre 2006. D’abord installée dans l’ancien musée du Pilori, elle va prochainement emménager près du marché. «S’il n’y avait pas eu d’aides, La Librairie n’aurait pas pu se rapprocher de l’hypercentre près du marché à Niort ni doubler sa surface de vente. Nous aurions eu du mal à fonctionner et nous ne passerions pas de 3 à 5 libraires.» Aux conseils d’AnneMarie Carlier, venue des réputées Sandales d’Empédocle de Besançon, viendront s’ajouter les éclairages de 4 autres libraires. «Nous voulons que cette librairie réponde à deux exigences : expertise et temps accordé au client.» Loïc Néhou des éditions Ego Comme X, à Angoulême, spécialisées dans la bande dessinée intimiste, a ouvert une section littéraire en septembre 2006 avec L’illusionniste de Virginie Cady, Sida Mental de Lionel Tran et une réédition de Projet d ’ é d u c a t i o n prioritaire de Vincent Ravalec. Toujours guidé par son intérêt pour le récit de l’intime, les mémoires et les autobiographies. «Nous publions les livres que nous pensons nécessaires. Si nous ne le faisions pas, ces livres n’existeraient pas.» L’activité est donc rythmée par la nécessité et… les finances : «Nous ne faisons des livres que quand nous avons de l’argent. De fait, sans aides nous sommes énormément retardés. Le montant annuel maximum de l’aide au projet éditorial est de 10 000 €. Ce qui représente le coût d’impression d’un livre.» Anh-Gaëlle Truong www.librairie-du-rivage.com http://lalibrairieniort.hautetfort.com www.ego-comme-x.com
    1. Cette loi du 10 août 1981 fixe un prix unique du livre.
    Marc Deneyer
    La bibliothèque d’Alberto Manguel.
    ELOGE DU LIBRAIRE Alberto Manguel a écrit une série de textes pour le journal espagnol El Pais, désormais traduits en français par François Gaudry, préfacés par Enrique Vila-Matas et édités par L’Escampette (78 p., 12 €). Chaque texte est un éloge, de la Bible, du blasphème, de l’horreur, du plaisir, des animaux, etc. Voici un extrait de son éloge du libraire : «On a dit que les prêtres de l’Egypte ancienne furent les premiers libraires car ils offraient aux familles des défunts le Livre des morts, qui était ensuite déposé sur la tombe de l’être cher pour guider son âme à travers le règne des ténèbres. Cette fonction, cette obligation, cette tâche est, aujourd’hui encore, celle de nos libraires. Les œuvres qu’ils nous vendent – avec enthousiasme, passion, affection – peuvent devenir, pour ceux qui savent s’en servir, des compagnons de voyage, des guides ou des conseillers pour traverser le royaume de ce monde et, pour ceux qui y croient, le royaume du monde à venir.»
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    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 79 ■
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    11/01/2008, 15:05
    Franck Gérard
    Libraires et bibliothécaires S ylvie Deborde, conservateur des bibliothèques de la communauté de communes Arc en Sèvre (La Crèche et Saint-Maixent), livre son point de vue sur la relation nécessaire entre libraires et bibliothécaires. «Je ne peux pas imaginer ne pas travailler avec les libraires les plus proches de nos bibliothèques. D’une part c’est pratique, d’autre part ce peut être enrichissant : les libraires sont au courant de l’actualité, ils peuvent nous conseiller et ce sont des partenaires privilégiés. Or, nos modes de consultation,
    FRANCK GÉRARD ET JEAN-PAUL CHABRIER Le photographe Franck Gérard a voyagé sur la ligne de bus n° 7 pour saisir le mouvement de la ville de Poitiers puis il a réalisé 57 portraits dans la cité Pierre-Loti. Les photographies ont été exposées à la galerie Louise-Michel, dans les bus et divers lieux. De grands portraits fixés sur des immeubles de la cité Loti sont toujours visibles. JeanPaul Chabrier, qui vient de publier un Vers de Nord (L’Escampette), a écrit un texte à partir des photographies de Franck Gérard intitulé «La vie rêvée, la vie photographiée». A paraître début 2008.
    Ci-dessus : Franck Gérard,
    En l’état, Un voyage dans la ville, parc de Blossac, Poitiers 2007.
    même en marché négocié, ne facilitent pas la tâche des libraires. On leur demande une grande quantité de pièces administratives ainsi que des descriptifs substantiels et ils n’ont pas assez de temps pour monter les dossiers. Alors, à mon niveau, j’essaie de leur faciliter le travail en demandant un descriptif simple.» Sylvie Deborde souligne aussi la nécessité, pour garantir la qualité des fonds, de la présence d’un bibliothécaire dans la commission d’ouverture des plis après appel d’offres.
    CLUBS DE LECTEURS Les éditeurs font naître des livres. Les libraires et les bibliothécaires ont un rôle de passeur entre ces œuvres et leurs lecteurs. Mais les lecteurs aussi ont un rôle d’une dimension plus riche que celle de simple «receveur». Ils transmettent à leurs enfants, ils conseillent à leurs collègues et parfois se réunissent pour dialoguer autour d’un ou plusieurs livres. Dans la région, des clubs de lecture existent à Saujon, à La Rochelle ou à Ruffec. Dans cette ville charentaise, au CaFé Livre, les discussions des rencontres se sont enflammées sur Belle du Seigneur, L’Elégance du Hérisson, Le Liseur ou Le Puits de Solitude. Et, finalement, c’est d’eux-mêmes que les lecteurs parlent et de la relation unique qui s’est instaurée entre un livre, un auteur et eux. Ces échanges donnent à chacun envie de lire et surtout de relever un défi : trouver, dans sa propre bibliothèque, le titre qui conviendrait à son voisin, lui qui a tant livré de ses goûts et de ses irritations.
    PUBLIE.NET François Bon lance en janvier une plate-forme de téléchargement vouée aux textes de littérature contemporaine : publie.net. «Il ne s’agit pas d’empiéter sur le domaine du livre, prévient l’écrivain, mais d’être présent dans un écosystème différent, susceptible pourtant d’être traversé d’enjeux essentiels pour la langue, ses formes, sa friction avec le monde.» Nous reviendrons sur ce projet dans lequel on retrouve Denis Montebello et Jean-Louis Schoellkopf, Raymond Bozier, Eric Chevillard, Olivier Rolin… 7
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    11/01/2008, 14:55
    livres
    «C’est à peine si» un sentiment des choses O n n’ose parler d’une «œuvre», tant le mot paraît trop grand, déplacé même pour ces recueils de poèmes qui ponctuent l’existence de Jean-François Mathé depuis des années et paraissent s’excuser d’exister. Agrandissement des détails permet de retrouver cette voix familière, toute de discrétion, de retenue, une voix qui entend dire d’abord et seulement ce sentiment du monde à la fois intime et pleinement commun. que jamais la légèreté ne se déchire, / armure de rien qui nous protège ?» Il y a un art poétique de la légèreté, et JeanFrançois Mathé en incarne un visage. Les poèmes ont besoin de l’espace que le livre leur consent : c’est leur respiration, c’est leur façon de peser. Aux lecteurs d’accueillir un autre rythme, de s’y livrer : une telle pratique de la poésie est tout sauf frénétique, elle est au contraire exercice d’une forme de lenteur, d’abandon consenti à la marche des mots. Il faut accepter comme un don ce temps nécessaire pour s’installer dans ces vers ou ces proses, pour y faire sa place. Cette légèreté-là n’a rien de futile : elle est toute de gravité, et c’est ce poids qu’elle soutient, celui des tentations enfuies, des petites nostalgies ou des absences qui saisissent à la gorge, et il arrive que cette émotion déborde la retenue accoutumée en tel poème proprement lyrique. Ainsi du très simple et f o r t beau «Ils sont partis», poème d’adieu envisagé du point de vue de ceux qui restent, car «Pour celui qui reste, c’est à peine si, / entre le vin et le bord du verre, / il y a place pour la soif. // Où qu’il aille c’est (à pas d’oiseau) / jusqu’au bout d’une branche / pour toucher l’espace / où vibrent les absences.» Le recueil se construit autour, et comme depuis ces absences, et depuis l’interrogation qu’elles suscitent quant à soi, quant à sa propre absence annoncée. D’une certaine manière, on peut la jouer là, la mettre en jeu, la mettre en scène – et la moquer, tenter de la moquer comme on se joue d’un adversaire, mais en vain, toujours. «Parfois je me suis retrouvé dos à dos avec moimême, sans pistolet pour le duel, mais avec l’intention de me retourner à dix pas, et d’attendre la balle tirée d’en face pour qu’il ne reste plus que moi.» On serait tenté de lire ce court poème comme une métaphore même du livre, ce champ clos où tenter seulement d’affirmer un rapport aux sens et au sensible, aigu de sa simplicité même, où poser un regard muet d’impuissance et d’autant plus désireux d’éprouver. Ces détails en effet, s’ils méritent d’être agrandis par les mots, c’est qu’en réalité ils font le prix et la nature des choses telles qu’on les éprouve : ce que l’on observe, ce que l’on ressent, nous confirme encore que l’on est là. Alors on peut s’approcher de telle forme poétique, tourner autour du sonnet ou pratiquer le haïku : qu’importe l’élan du souffle et son ampleur pourvu que le sentiment des choses, et de ces choses énigmatiques de leur présence même, s’impose et se pratique. Tel est l’exercice du poème tel que le conçoit JeanFrançois Mathé. «La plus haute feuille de l’arbre appartient au ciel, pas à l’arbre» Dominique Moncond’huy
    Agrandissement des détails, éd. Rougerie, 2007, 78 p., 13 €
    Claude Pauquet
    ANNA INGHAM Une seule auteure, mais certains textes ont été écrits en français, d’autres sont traduits de l’anglais ou de l’allemand. De toute façon, elle est turque ! Ce recueil de poèmes, malgré son titre, puise beaucoup dans les souvenirs d’une vie riche et nomade (Le Voyage à travers l’oubli, Les Poètes français, 2007). Des puits artésiens de la mémoire, parmi les instants, les constats, les définitions, jaillissent des formules aux allures d’injonctions par lesquelles la poésie «ressent soudain du remords à traverser la rue». Ainsi, «Berkeley est un verre d’eau bu d’un coup par une bouche impatiente». Turque, Anna, Ada ou Aysel, Ingham ou Özakin (prénom et nom varient sur les couvertures, selon le genre et le pays de publication) est surtout une Européenne. Attachée à Poitiers (voir L’Actualité n° 53, été 2001), elle écrit actuellement un roman dont l’action se situera dans les années 1960 de cette ville, où elle fut étudiante, sans y négliger l’ombre de Sainte-Radegonde… A.-Q. V. Alain Quella-Villéger vient de publier un roman «nomade» chez Kailash : Vous, d’horizons.
    La voix est familière parce que les mots ici disposés s’offrent en partage, qu’un «je» s’impose en confidence retirée aussitôt que dite, ou que les choses paraissent parler d’elles-mêmes. Les années passant, oui, le sentiment du temps qui fuit, l’automne aussi gagnent du terrain – et des ombres éloignées traversent ici et là comme autant de figures à distance et néanmoins présentes. Comme tout vrai livre de poèmes, celui-ci a besoin de ses silences, des blancs qu’il s’offre, des pauses qu’il ménage. «Qu’estce qui nous fut aujourd’hui épargné / pour
    POÉSIE La Maison de la poésie de Poitiers invite Antoine Emaz le 24 janvier et Jacques Roubaud le 31, cinq poètes québécois Claude Beausoleil, Stéphane Despatie, Dyane Léger, France Mongeau, Yolande Villemaire les 12 et 13 mars. L’association est présidée par le poète Jean-Claude Martin (06 17 35 27 49). 8
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