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Terminus !
«
Q
uand il neige à la sainte Odile, le verglas suit !», ce dicton d’une sagesse toute météorologique, est affiché derrière le comptoir d’un bar qui offre un refuge contre le froid très vif et le réconfort d’un café brûlant. Il prouve son excellence – et sa quasi-pertinence, sachant que la Bienheureuse était née aveugle en son siècle médiéval reculé – ce vendredi de la mi-décembre qui suit la fête de la sainte. S’il n’a pas neigé, le givre qui recouvre les routes, à défaut de verglas, a démontré son efficacité : deux voitures ont quitté les routes blanchies pour musarder dans les bas-côtés, au repos sur le toit. Premier terminus. En me garant au centre de Thouars, après avoir erré dans un parking – celui dédié à Jeanne d’Arc, autre sainte de grande renommée, justement proche d’une église – , un homme s’affaire autour du coffre de sa voiture à côté de la place que j’ai investie. Il bricole quelque chose de confus, quelque ennui qui ne doit pas présen-
Par Pierre D’Ovidio Photo Claude Pauquet
ter de caractère d’urgence puisqu’il est venu en voisin, ayant conservé aux pieds une paire de pantoufles à carreaux. En homme avisé, il sait la prudence de se chausser façon maison pour éviter les stations aussi inconfortables qu’infortunées sur le toit… La rue Saint-Médard, où nous avons rendez-vous, est piétonne et commerçante. Rue piétonne mais étrange, les commerces y sont de plus en plus fantomatiques puisque une vitrine sur deux affiche de grandes photos de Marc Deneyer, des vues de Thouars. Pour faire oublier, pour redonner des couleurs… Alors que nous la descendons, des chants de Noël et des airs lyriques viennent nous rappeler que les fêtes approchent : sainte Odile à la midécembre, Noël le 25 et jour de l’an le 31… Le fait est attesté et plus sûr que la neige du dicton ! Les propriétaires d’une probable ancienne boucherie/charcuterie ont aligné des pots de géraniums en fleurs (de plastique ?) dans un renfoncement de la façade au-dessus de la boutique. Pour faire plus gai, sans doute… Une autre, anciennement boutique de «lingerie fine», n’expose plus que des clichés du passé de
la ville. Elle conserve un certain charme, moins immédiat peut-être. Nous arrivons au bar Le Terminus. Un bar fermé au public. Nous sonnons. La sonnette est capricieuse, nous avertit Gersende Rouchon, et nous avons bien fait en toquant : nous serions restés à la rue. Le Terminus, à l’instar de la guinguette de la chanson de Damia a fermé ses volets depuis belle lurette… Vingttrois ans pour être précis. Et certains n’arrivent toujours pas à s’y faire. Un vieux monsieur de plus de quatre-vingts ans, à bicyclette, passe souvent la tête pour se réjouir : «Ah ! Ça rouvre !» Une plaisanterie, mais aussi l’expression de vrais regrets : on trouvait au Terminus le demi le moins cher de tout Thouars ! Monsieur Bodin se souvient : les habitués se tenaient au bout du comptoir, côté rue ; effectivement, le carrelage y est plus usé qu’ailleurs, de même que le flanc du comptoir, patiné par les chaussures des consommateurs lorsque les conversations s’animaient… Gersende est aussi fière de son prénom (d’origine provençale) que de son Terminus qu’elle a été la première à visiter. Elle a été conquise : «un vrai coup de foudre !», mais convient qu’on ne lui avait fait auparavant considérer «que des horreurs !» avant l’élu de son cœur. Elle s’est décidée, depuis deux ans, à jouer à la barmaid. Et Gersende vit à l’aise dans les trois niveaux de son bar, avec Lancelot, son fils, et Philippe Mouchard, son compagnon. Lorsqu’elle nous reçoit, elle est accompagnée de sa grand-mère, venue lui rendre visite, en toute proche voisine. Celle-ci se souvient qu’il y a encore trente ans la rue était très animée. «Maintenant, ça ferme de jour en jour.» Le salon de coiffure, le boucher et la blanchisserie vont bientôt cesser toute activité pour cause de départs en retraite… Aussi pour cause de grandes surfaces en périphérie, diagnostiquent sombrement les deux femmes. Thouars se modernise…
Pierre D’Ovidio a publié Les Enfants de Van Gogh, chez Phébus en 2007, et Claude Pauquet Au bout des Certains, au Temps qu’il fait en 2006.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 79 ■
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11/01/2008, 14:54
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