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Des bactéries résistantes aux antibiotiques apparaissent depuis plusieurs années. L’équipe Région-Inserm ERI 23 mène des recherches pour éviter ce phénomène, en développant des modèles et des outils à destination des médecins
Par Laetitia Rouleau Photos Thierry Aimé - CHU
Pour un meilleur usage des anti-infectieux
L
Sonde de microdialyse qui, introduite dans un tissu, permet de doser les antibiotiques.
a recherche pharmaceutique consacre aujourd’hui peu de moyens à la mise au point de nouveaux antibiotiques et antifongiques. En effet, si l’on peut toujours espérer découvrir de nouvelles classes de molécules à visée anti-infectieuse (la dernière, celle du linézolide, a été découverte en 2004), il faut cependant bien constater que la plupart des besoins sont couverts et qu’il existe des marchés plus porteurs et prometteurs. «Pourtant, depuis quel-
ques années, des bactéries résistantes aux antibiotiques connus sont apparues et si l’on n’y prête pas attention, la situation pourrait devenir préoccupante rapidement», note William Couet, pharmacien, praticien hospitalier, professeur à la faculté de médecine et de pharmacie de l’Université de Poitiers et directeur de l’équipe Région-Inserm ERI 23 Pharmacologie des anti-infectieux. En effet, c’est le cas par exemple du pneumocoque, germe responsable d’infections pulmonaires et d’otites moyennes, devenu résistant à la pénicilline G et à l’érythromycine. Or, ce phénomène est favorisé par le mauvais usage des antibiotiques. Le schéma thérapeutique est primordial : il faut utiliser le bon antibiotique et à la bonne dose. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les travaux menés par l’équipe de William Couet : «Nous développons des outils et des modèles avec l’objectif de permettre au médecin de mieux utiliser ces médicaments, y compris dans le cadre de bi- ou tri-thérapies. Nous nous intéressons aussi à la diffusion des molécules au sein de l’organisme et à leur concentration dans les tissus cibles. Comment relier, chez un individu donné, la concentration sanguine à la concentration tissulaire d’un antibiotique ? Comment, à partir de ces informations, optimiser les traitements, améliorer leur efficacité, réduire leur toxicité et prévenir, dans la mesure du possible, le développement des résistances ? Telles sont les questions auxquelles nos travaux tentent de répondre.»
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Autour de cette thématique, trois approches existent au sein de l’équipe. Un premier groupe, dirigé par le professeur Olivier Mimoz (par ailleurs codirecteur de l’ERI), utilise la microdialyse, une technique pour laquelle le laboratoire est très largement reconnu. Celleci a permis de réaliser des progrès notables dans la connaissance de la diffusion tissulaire des antibiotiques et des études récentes montrent que cette technique de pointe pourrait devenir un outil précieux pour l’évaluation précoce de l’efficacité d’un traitement antibiotique et son ajustement.
MICRODIALYSE INTRACÉRÉBRALE
L’équipe vient d’obtenir un financement dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique interrégional 2008. Celui-ci va permettre la mise en œuvre d’une étude clinique de microdialyse intracérébrale chez des patients traumatisés crâniens et hospitalisés au CHU de Poitiers dans le service de neurochirurgie du professeur Françoise Lapierre. «La microdialyse intracérébrale est déjà utilisée dans d’autres CHU pour le dosage de neuromédiateurs (des molécules synthétisées par les neurones). Ceuxci peuvent être prédictifs très précocement de certaines complications chez le malade, l’ischémie par exemple, c’est-à-dire la diminution de l’apport en sang (et a fortiori en oxygène) d’un organe, précise William Couet. Nous profiterons de ce monitorage au lit du malade pour développer notre projet de dosage des antibiotiques. Et, il faut noter que c’est un exemple dans lequel la recherche sera réalisée avant tout pour apporter un bénéfice immédiat au patient.» Cette étude a été initiée grâce à une collaboration avec le docteur Claire Dayot-Fizelier qui a suivi une formation de six mois à l’Université de Cambridge, très expérimentée dans le domaine de la microdialyse pour le monitorage des patients mais peu dans celui de la diffusion des antibiotiques. La deuxième approche consiste à développer des modèles intégrés pour mieux prédire l’effet des antibiotiques en fonction du temps. «La compréhension des paramètres cinétiques d’ajustement de la dose pourraient permettre de réduire considérablement la variabilité observée d’un patient à un autre, ajoute le professeur. Dans cet objectif, nous cherchons à établir des modèles mathématiques permettant de décrire les données de diffusion des antibiotiques dans les divers tissus. Et nous testons ces modèles in vitro dans diverses conditions expérimentales.» A ce niveau aussi, l’ERI 23 développe une collaboration internationale avec l’Université de Floride où le docteur Sandrine Marchand se perfectionne cette année dans ce domaine pendant que le laboratoire accueille, grâce à l’Université de Poitiers, un étudiant américain en stage post-doctoral.
Toujours dans l’axe diffusion-concentration-posologie optimale-effet du traitement, la troisième thématique de recherche, menée par le professeur Jean-Christophe Olivier, concerne le ciblage (vectorisation) des molécules anti-infectieuses vers leurs organes cibles, le poumon en particulier. Il s’agit ici d’améliorer la formulation des médicaments en proposant par exemple des formes à libération prolongée, telles que des aoérosols, administrables en une seule inhalation quotidienne plutôt que deux ou trois, pour un meilleur confort du patient. «Du lit du malade au laboratoire, regroupant des chercheurs, médecins et pharmaciens, notre recherche est donc transversale et c’est tout son intérêt, précise William Couet. C’est grâce à la fédération d’une vingtaine de personnes autour d’une même thématique que nous sommes aujourd’hui reconnus en tant qu’ERI, dans le cadre d’un contrat Espri RégionInserm (financé à 50 % par la Région et à 50 % par l’Inserm). Nous souhaitons dans un avenir proche nous agrandir encore pour atteindre la taille d’une unité Inserm. Le CHU et l’Université de Poitiers œuvrent en ce sens.» ■
Ci-dessus : tests bactériologiques. Ci-dessous : le professeur William Couet.
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