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Culture

Culture – Léon Perrault vu par Monique Tello. Par Jean-Luc Terradillos, photos Christian Vignaud – Musées de Poitiers;

Jean-Paul Chabrier publie « Vers le Nord ». Par Astrid Deroost, photo Claude Pauquet;

Jean Rolin publie « L’or du scaphandrier », par Jean-Luc Terradillos;

La  peinture de Rutault expose celle de Jean Gorin. Par Dominique Truco, photo Ville de Nantes, C. Clos;

Jean-Pierre Bobillot.

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    culture 1908-2008 Léon Perrault vu par Monique Tello L éon Perrault n’est même pas classé peintre académique ou «pompier», comme son maître et ami William Bouguereau, parce qu’on l’a oublié. Y compris à Poitiers, où il est né en 1832. C’est vrai qu’à la fin de sa vie, il préféra la côte Atlantique. Il est mort à Royan en 1908. Repéré par le directeur de l’école municipale de dessin, le jeune Perrault bénéficie d’une bourse de la ville en 1853 pour aller à Paris où il entre dans l’atelier de Picot. En 1861, il commence à exposer au Salon, première étape d’une brillante carrière. Ainsi, quand la municipalité de Poitiers rêve de somptueux décors pour le nouvel hôtel de ville, elle fait appel à des artistes célèbres parmi lesquels Puvis de Chavannes et Léon Perrault qui peindra la salle des mariages entre 1882 et 1884. Après sa mort, un hommage officiel lui est rendu : le Monument à Léon Perrault, de Raymond Sudre, est inauguré en 1910 dans le parc de Blossac. Route de la Cassette à Poitiers, une plaque commémorative signale la maison de Léon la toile puisque tout ce qui l’entoure est sombre et en mouvement, l’eau figée dans la tempête, le minéral gris comme de la cendre. Bouche ouverte, livré au spectateur, il crie sa peur, et tout se fige comme sous le regard de Méduse. Il y a une fascination de la mort. Mais j’aime bien voir là où s’appuie la ligne d’horizon. Elle est à hauteur de l’œil du spectateur, sur la droite une petite ligne jaune, comme une échappée. Dans ce plein minéral, dans cette matière peinte à la Gustave Moreau, il y a ce point d’ouverture ou de fuite.» Donné au musée de Poitiers par Madame veuve Perrault en 1909, Le premier meurtre fut longtemps déposé au palais de justice. Ce grand tableau sombre est maintenant au musée SainteCroix, dans l’ombre. «De superbes tons gris, souligne Monique Tello. On voit la scène en contre-plongée. Le corps du mort est au sol, les pieds en haut, la tête à l’envers. Il pose la verticalité du tableau. C’est la leçon de Manet. Le mort est en pleine lumière, aupremier plan, et le vivant, dos tourné, part vers le fond à gauche. Et le fond du tableau part vers le haut à droite. Ce sont là deux belles diagonales qui structurent le tableau. C’est un beau dessin… Il y a un élément que l’on retrouve dans Le petit naufragé à peu près au même endroit : une ligne de terre rouge apparaît sur la droite, comme un point de fuite. » Jean-Luc Terradillos Jeune baigneur surpris par la marée ou Le petit naufragé (1874), don du peintre au musée de Poitiers en 1887. Christian Vignaud – Musées de Poitiers Le premier meurtre (1899). Perrault. Elle est habitée par une artiste, Monique Tello – pure coïncidence. A priori, aucune passerelle possible entre les deux. Dans le XIXe siècle, Monique Tello irait plutôt voir chez Delacroix ou Cézanne. Pourtant, elle affectionne deux grands tableaux de Léon Perrault conservés au musée Sainte-Croix de Poitiers : Jeune baigneur surpris par la marée ou Le petit naufragé (1,94 x 1,31 m, 1874) et Le premier meurtre (2,45 x 2 m, 1899). «Chez cet adolescent pris par la tempête, il y a une expression incroyable, dit-elle. Fragile, sans défense, d’une blancheur presque translucide, il est en réserve dans Christian Vignaud – Musées de Poitiers LES SAVOIRS INÉDITS L’association Les savoirs inédits a pour objet principal le partage des connaissances par la publication et la diffusion de travaux de recherche élaborés par des étudiants de formation initiale ou continue. Créée par Richard Wittorski et Thierry Perreau dans le nord de la Vienne (Le Verger beau - 86120 Ternay), cette association est soutenue par le Fonds social européen. Le premier livre vient de paraître : Entre parents et enseignants : la médiation de l’assistance sociale scolaire, de Françoise Sigonneau. www.lessavoirsinedits.fr LE SIÈCLE DE LOUIS XIV Via Patrimoine organise son université de printemps à Angoulême du 14 au 18 avril sur le thème «Le siècle de Louis XIV», sous la direction scientifique de Dominique Peyre, conservateur des monuments historiques. www.patrimoine-charente.com 6 AGUIAINE Dans son n° 264, la revue de la Sefco publie le récit de voyage de Charles Bourdin, fantassin du corps expéditionnaire embarqué en 1881 pour la Cochinchine. L’homme est né en 1858 à Loizé (Deux-Sèvres). Son manuscrit a été confié à Raymond Servant par la famille. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ Actu80.pmd 6 03/04/2008, 17:30 JEAN-PAUL CHABRIER Fantaisie nordique ans doute Max Orme, personnage de roman, avait-il usé d’arguments convaincants pour s’attirer le concours d’une telle plume. D’abord parce que le portrait de son personnage était flatteur, et la langue, de facture classique néanmoins facétieuse, propre à transporter – au sens le plus jubilatoire du terme – le lecteur Vers le Nord. S Max n’était-il pas présenté comme un jeune homme distrait, doux, un peu à part de la vie à force de délicatesse, et doué d’une inextinguible faculté d’imagination. Il était donc un être gratifié, à l’inverse du si sage Henryk, de toutes les qualités qui font les histoires et les amours idéales. Puisque telle était sa quête. Max, qui peinait à initier autant son roman que sa vie amoureuse, avait trouvé là un parfait complice. Il fallait bien l’avouer, ce Jean-Paul Chabrier, écrivain reconnu, vivant à Angoulême, grand admirateur de Tchekhov, s’était approprié les deux choses, en réalité même, avec une dextérité peu commune et, pour tout dire, un peu décourageante. Etudiant en littérature, Max doutait de parvenir un jour à cette maîtrise de la narration. A peine avait-il imaginé de consigner dans son roman tel ou tel moment de la mémorable journée, d’aimer telle ou telle jeune fille parmi toutes celles – forcément délicieuses – rencontrées, ou d’aimer, plus prudemment, l’idée de les aimer, que M. Chabrier rapportait fidèlement l’intention. Et parfois même la précédait. Quant à la façon de restituer ses errements littéraires et amoureux, somme toute ordinaires pour qui a l’âge d’espérer tous les possibles, l’écrivain le faisait avec légèreté et bienveillance. Aurait-on voulu se moquer de Max, de ses sempiternelles hésitations, le traiter de velléitaire que l’on aurait ri de sa propre jeunesse. Aurait-on voulu pleurer, lorsque son aimée Frederikke se glisse au bras d’un autre, que l’on aurait, peutêtre, péché par excès de gravité. Du télégramme refusé par son destinataire au dénouement, Jean-Paul Chabrier avait tout raconté des flâneries rêveuses et des incroyables péripéties du jeune homme. Un «roman d’adolescent» avait en définitive confié l’écrivain, enviant probablement, secrètement, à Max, son sens inégalé de la fantaisie. Astrid Deroost Vers le Nord, de Jean-Paul Chabrier, L’Escampette éditions, 315 p., 29 € LE ROI DES ZOULOUS Lu dans le Journal de la Sirène cette forme brève, un modèle dans le genre nouvelles en trois lignes : «Jean-Jacques Salgon – que le sujet décidément fascine – publie chez Verdier Le roi des Zoulous, qui nous entraîne sur la piste d’une danse rituelle aux figures magiques, qu’exécuta magistralement JeanMichel Basquiat avant d’exploser en plein vol.» Point n’est besoin de connaître les peintures de Basquiat pour apprécier cet excellent livre. Les lecteurs de L’Actualité (n° 78) retrouveront «Boom for real» dans le dernier chapitre, soit une visite du LHC, le plus grand accélérateur de particules. Et bientôt, un autre livre, en mai : Papa fume la pipe, à l’Escampette. Dans la veine de 07 et autre récits, son premier livre, publié chez Verdier en 1993. Claude Pauquet L’or du scaphandrier C ’est le deuxième livre de Jean Rolin, publié en 1983 par Jean-Claude Lattès, réédité en 2008 par L’Escampette. L’or du scaphandrier est un livre baroque qui assume les longues phrases savantes, les détours inattendus, les énumérations insolites, les mots qui vibrionnent. Evidemment le trésor du scaphandrier reste introuvable pour qui tente de ne pas se perdre dans les méandres de ces péripéties, car il est dans la langue. Le roman semble écrit à «l’heure trouble où la bière et le 12,5 degrés font germer sous les crânes obtus des plantes carnivores». Dans des lieux à l’écart, qu’il s’agisse de bars crasseux en Afrique, d’une clinique mouroir en banlieue parisienne ou des bas-fonds portuaires de la côte belge. Lire en parallèle L’homme qui a vu l’ours (POL, 2006), la compilation des reportages de Jean Rolin. Libération a publié en 1980 «En remontant le fleuve Congo», son premier grand reportage, un récit hallucinant. C’est dans ces barges où s’entassent d’incroyables populations humaines et animales, et dans bien d’autres reportages, notamment en Belgique, que Jean Rolin a puisé la matière première de son roman. Grand reporter, couronné par le prix Albert Londres en 1988, ou grand écrivain ? Même talent. J.-L. T. ERIC BACHELIER AU PARESSEUX Le journal qui «paraît peu, quand il peut» consacre ses quatre pages au 9e chapitre du roman d’Eric Bachelier. Son héros, Rico Meyer, est de retour à Angoulême le 21 mai après avoir passé dix jours en Grèce. Le Paresseux n° 29, 4 € (39, rue Paul-Bert 16000 Angoulême). 7 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ Actu80.pmd 7 03/04/2008, 17:30 culture La peinture de Rutault expose celle de Gorin riginaire des pays de la Loire, le peintre Jean Gorin avait des attaches solides en Poitou-Charentes car celui qui déclarait «l’architecture devrait être la seule forme artistique, compréhensible par tous, qui permettrait d’accéder à une société plus juste» avait réalisé son utopie dans la construction de sa maison à Niort qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1981 (L’Actualité n° 57, juillet 2002). Jusqu’au 25 mai 2008, le musée des Beaux-Arts de Nantes lui consacre une importante exposition. En effet, aux côtés des musées de Grenoble et du Musée O Exposition au musée des Beaux-Arts de Nantes jusqu’au 25 mai. Catalogue aux éditions Fage. d’art moderne de la Ville de Paris, celui de Nantes conserve – en partie grâce aux dons de l’artiste et de sa famille – l’un des plus grands ensembles d’œuvres représentatif de la carrière de Jean Gorin (18991981), acteur historique de l’abstraction géométrique. Cette collection regroupe 35 peintures, 14 reliefs, 6 constructions, des dessins et collages. Au terme d’une importante campagne de restauration des œuvres de Jean Gorin (avec le soutien de la fondation BNP Paribas), Blandine Chavanne, conservateur en chef du musée de Nantes, a confié Ville de Nantes - C. Clos au peintre Claude Rutault (originaire des Trois-Moutiers dans la Vienne) la conception de l’exposition de Jean Gorin. Proposition remarquable puisque depuis 1973 Claude Rutault confie à d’autres qu’à lui-même la réalisation de ses définitions/méthodes mettant ainsi indéfiniment en œuvre la prise en charge (individuelle et collective) de «la peinture» dans l’architecture. Claude Rutault a privilégié deux sujets : «une réplique à la composition n° 2 de 1926, et la relation peinture et architecture, sans négliger le reste de la présentation». Claude Rutault fait œuvre en donnant à lire le projet de Jean Gorin qui «rêvait» la synthèse de la peinture et de l’architecture en un art monumental «collectif et social». Au centre du patio du musée, une construction géodésique (référant à l’architecte Buckminster Fuller) abrite les constructions de Jean Gorin pour souligner le caractère utopique de son projet artistique. A la fin de ses études à l’académie des Beaux-Arts de Nantes, Jean Gorin découvre tout d’abord le cubisme entre 1923 et 1924. En 1926 il prend connaissance des théories esthétiques de Mondrian et de Van Doesburg. Dès lors son œuvre s’inscrira indéfectiblement dans le développement des grands principes du néo-plasticisme et des utopies liées aux mouvements d’avant-garde. Dominique Truco JEAN-PIERRE BOBILLOT Poèmes criés et dansés P ierre Albert-Birot inventa en 1916 le «poème à crier et à danser». Cet artiste, né à Angoulême en 1876, mort à Paris en 1967, fut un électron libre des avant-gardes historiques du XXe siècle (L’Actualité n° 49 et 55). Jean-Pierre Bobillot, universitaire et poète «bruyant», a donné une interprétation magistrale des poèmes de Pierre AlbertBirot le 4 mars à la médiathèque de Poitiers. Il était secondé par Marie-Aline Villard, danseuse, et par un groupe d’étudiants formant le chœur. Cette performance organisée à l’initiative de PierreMarie Joris, médiéviste, s’inscrivait dans le programme «A chacun son corps» de l’Université de Poitiers. L’œuvre de Pierre Albert-Birot, hélas trop méconnue, est rééditée par les éditions Jean-Michel Place (revue SIC et Grabinoulor) et par les éditions Rougerie (lire pp. 12-13) qui ont réuni les «poèmes à crier et à danser» dans Poésie 1916-1924. La Lune. L’Actualité lui a consacré plusieurs articles, notamment «Musique verbale et plastique sonore» par Michel Giroud (n° 49, juillet 2000), et un entretien avec Arlette Albert-Birot, son épouse (n° 55, janvier 2002). J.-L. T. 8 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ Actu80.pmd 8 03/04/2008, 14:18 J.-L. T.

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