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Mai 68: Bernard Ruhaud

Mai 68 – Vingt ans. L’aspiration à une vie différente dans une société qui produisait une sensation qui produisait une sensation d’étouffement.

Par Bernard Ruhaud. Photos Christian Vignaud-Musées de Poitiers.

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    mai 68 Pour montrer le basculement dans les musiques populaires, trois parcours : la création de l’UPCP, la tournée rock de Bataclan 13 et le chant contestataire d’Eric Gautier Par Philippe Guillemoteau 69 année pléthorique I l faisait beau. Un vrai temps de printemps. On le sentait dans les couloirs du collège : les surveillants nous laissaient faire ce qu’on voulait. Comme il n’y avait plus vraiment de cours, on nous avait autorisés à amener des jeux de société. Des jeux de «société» ! Un comble, au moment où la société se payait une nouvelle jeunesse. Mais vu du Pailleron tout neuf de Jonzac, il nous faudrait un peu de temps, un peu de recul, pour le comprendre. On l’avait même vu construire, ce collège, au jour le jour : on allait quand même pas le saloper ! Détruire ou construire ? Détruire pour construire ? Et si 68 n’était qu’une rotule ? Une parenthèse initiatique. Une porte à franchir entre 67 et 69 ? Entre Sergeant Pepper et le premier Stooges. Avec ce petit décalage propre à la France, un œil toujours tourné vers l’Ouest. Sans Mai 68, Gainsbourg aurait-il pu sortir 69 année érotique ? En Poitou, les choses se font et se défont souvent moins vite. Elles n’en sont pas moins profondes. Pour preuve, trois moments choisis de la création musicale régionale, trois parcours qui basculent ces années-là. Les Pibolous naissent à La Mothe-Saint-Héray en 1960. C’est d’abord une association folklorique dont l’objet est de faire vivre les «danses et chansons du Poitou». C’est aussi un groupe en costumes qui travaille dur et tourne beaucoup. Les frères Pacher (André, Yves et Maurice) enregistrent et filment pour nourrir le répertoire. Il est déjà question d’«expression d’une culture populaire paysanne» et le folklore y est abordé comme un «fait culturel et social». En 1968, les Pibolous, augmentés de membres de la Marchoise, remportent le Collier d’argent au concours folklorique de Dijon qui passe pour être alors la référence en la matière. Cette même année, à l’initiative de l’emblématique André Pacher, une autre aventure démarre, celle de l’Union pour la culture populaire en Poitou-Charentes et Vendée, dont on retiendra surtout les initiales : l’UPCP. 68 Actu80.pmd Fief / Christian Vignaud – Musées de Poitiers ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ 68 03/04/2008, 16:15 Christian Vignaud – Musées de Poitiers Autour de lui, Michel Valière et les frères Chevrier de Gençay, Jany Rouger pour l’Avant-Deux du Bocage, Marguerite et André Morisson de la Marchandelle d’Augé, Christiane Pineau des Chaboussants de Lezay et quelques autres encore. Ensemble, ils décident d’unir leurs forces et leurs compétences dans cette structure collective pour mieux diffuser cette culture populaire originale que tous ils défendent. Mais plus encore, c’est bien une équipe d’amis et de passionnés qui va aller s’étoffant avec l’arrivée de nouveaux groupes, comme par exemple les Gens de Cherves venus de la Vienne et la floraison de groupes de création, à l’image des Piboliens, des Brandous et de Guillannu. Ensuite se développeront la possibilité d’enregistrer, de diffuser (à travers la création de Geste éditions), de transmettre (avec le Cerdo) et surtout de créer. Avec, au bout de la chaîne, le festival De bouche à oreille et la Maison des cultures de pays à Parthenay. André Pacher est un symbole : celui du passage du folklore à la tradition, celui de l’abandon du costume au profit de la parole. Et si l’on connaît l’importance dans son parcours des trois années passées à la guerre d’Algérie, de 1956 à 1959, est-ce vraiment un hasard que ce pas fondateur définitivement franchi en janvier 1969 avec la création officielle de l’UPCP ? LE CREUSET ROCK DE SAINT-JO d’emmener les élèves de la troupe de théâtre de SaintJoseph en tournée d’été pendant plus d’un mois. Une idée un peu folle qui paraîtrait presque déplacée aujourd’hui quand on sait que la majeure partie de la troupe était encore mineure (la majorité est alors à 21 ans) ! «Boss», comme on l’appelle déjà, s’occupe de tout : contact avec les mairies pour les autorisations, budget, répartition des rôles, présentation du spectacle… Tout le monde met la main à la pâte : montage de la scène, cuisine, vaisselle, son, lumières, démontage… C’est une véritable entreprise communautaire qui prend la route avec camion-plateau et caravane de 12 places, et s’arrête chaque soir sur une nouvelle plage ou une nouvelle place. Trois années de suite. De l’opération naîtront les vocations de Michel Boutet, Lionel Dudognon, Patrick Roy et plusieurs autres. Même si l’histoire a débuté près de dix ans plus tôt avec la création des Compagnons du masque au grand séminaire de Poitiers, c’est encore en 1969 que les choses changent. DE LA CHANSON À LA POLITIQUE Cette autre scène se passe sur la côte atlantique, à La Bernerie, une station balnéaire proche de La Baule, un soir de l’été 1970. Près de 4 000 personnes sont venues assister à un spectacle gratuit le long de la plage. La nuit avance ; la foule se libère, emmenée par un orchestre de rock dont le volume s’élève. Un voisin chagrin appelle la police mais à leur arrivée, les forces de l’ordre doivent se replier devant un public qui sait les accueillir. Mémorable. Plus tard, la scène se répète à Saint-Palais, les spectateurs chahutant le mobilier des restaurateurs inquiets qui encadrent la plage. Woodstock ? Wight ? Rien de tout cela. Une simple troupe d’amateurs poitevins, Bataclan 13, qui trace sa route «de Saint-Malo à Hendaye» comme le disent les affiches. Fort d’un modeste héritage, c’est en 1969 que le père René Cateau décide d’acheter du matériel de scène et En 1968, Eric Gautier est en fac de lettres à Poitiers et taquine déjà la guitare en reprenant Ferré et Vigneault le soir à la Taverne, le bar étudiant de la rue de Blossac. On y refait le monde, comme partout à cette époque. En parallèle, il s’initie à la scène avec l’Ufolea, une association en marge de la Fédération des œuvres laïques de l’Education nationale où l’on pratique le théâtre et la poésie. A 24 ans, en 1971, entre l’enseignement et le spectacle, il choisit la voix de la chanson. Il en fait son métier jusqu’à la fin des années 1980, enchaînant albums personnels, recueils de poésie, disques pour enfants et jusqu’à une cinquantaine de spectacles par an. La Grève est l’un des titres phares de son premier album enregistré en 1976. Même si le militantisme du chanteur relève surtout d’un engagement familial fort, impossible de ne pas penser aux manifestations musclées de Mai 68 quand il écrit «Tout un cortège de police se préparait, […] ils matraquaient, […] de bons anges gardiens qui briseraient la grève». Avec la rencontre de la politique au début des années 1990, les passages en scène s’espacent. Elu maire de son village de Beaussais en 1995, puis conseiller général en 1998 avant de conduire le Pays Mellois et d’être consacré, en mars 2008, président du Conseil général des Deux-Sèvres, Eric Gautier découvre alors une autre manière de chanter sa terre. ■ Philippe Guillemoteau, né à Rochefort en 1956, vit à Niort. Il prépare une série d’ouvrages sur les musiques populaires en Poitou-Charentes depuis 1968. A paraître : Micro Faunes, 30 ans de création musicale en Deux-Sèvres (1968-2000...), éd. Patrimoines et médias (300 p., 600 ill., 40 € en souscription, 50 € après sortie). www.patrimoines-medias.fr Eric Gautier vient de publier P... comme pouvoir (Geste éditions, 160 p. 13 €). ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ 69 Actu80.pmd 69 03/04/2008, 14:35

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    Actu080avr2008_70-71.

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